{"id":153,"date":"2016-04-17T00:00:00","date_gmt":"2016-04-16T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/juliettecharpentier.fr\/gertrudes\/gertrude-ou-le-complexe-de-la-tignasse-p867450\/"},"modified":"2016-04-17T00:00:00","modified_gmt":"2016-04-16T22:00:00","slug":"gertrude-ou-le-complexe-de-la-tignasse-p867450","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/juliettecharpentier.fr\/gertrudes\/gertrude-ou-le-complexe-de-la-tignasse-p867450\/","title":{"rendered":"Gertrude ou le complexe de la tignasse"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong><span style=\"color: #000000; font-size: 14pt;\">&nbsp;Gertrude ou le complexe de la tignasse, mai 2010<br \/><\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img decoding=\"async\" src=\"..\/ekladata.com\/dUs100AHFiS0_IFurU1qXfchBLo@250x203.jpg\" alt=\"Gertrude ou le complexe de la tignasse\"\/><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><span style=\"font-family: times new roman,times;\"><strong>&nbsp;&nbsp; Le Capitaine se r&eacute;veille ce matin en pleine crise d&rsquo;angoisse&nbsp;: une question cruciale et crucifiante lui taraude le foie, lui fait brusquement monter une boule dans le gosier, lui vide la t&ecirc;te, lui dess&egrave;che la peau, lui liqu&eacute;fie le bulbe, lui tourne les sangs, lui craquelle les os. Il lui semble m&ecirc;me que cette question est &laquo;&nbsp;La&nbsp;&raquo; question, la seule, l&rsquo;unique question autour de laquelle elle tourne depuis pr&egrave;s de deux ans et demi, semant dans les espaces improbables d&rsquo;Internet son impuissance &agrave; y r&eacute;pondre, promenant son d&eacute;sespoir en de vaines et interminables conversations avec des inconnus, causant des dommages collat&eacute;raux chez ses lecteurs.<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><span style=\"font-family: times new roman,times;\"><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><span style=\"font-family: times new roman,times;\"><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Cette question pourrait se r&eacute;sumer &agrave;&nbsp;:<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><span style=\"font-family: times new roman,times;\"><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &laquo;&nbsp;Mais, enfin, qu&rsquo;a-t-elle de plus que Gertrude&nbsp;?&nbsp;&raquo;<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><span style=\"font-family: times new roman,times;\"><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><span style=\"font-family: times new roman,times;\"><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Avec, bien s&ucirc;r, en filigrane, l&rsquo;id&eacute;e qu&rsquo;en fin de compte, elle n&rsquo;a rien, mais alors rien de plus que Gertrude, elle, le Capitaine, elle qui croie mener la barque, qui se pense ma&icirc;tresse des lieux et de sa destin&eacute;e, certaine de tenir ferme le cap de ses intentions. Le Capitaine n&rsquo;est-elle pas l&rsquo;&ecirc;tre, et le cr&acirc;ne la chose&nbsp;? Le Capitaine n&rsquo;est-elle pas dou&eacute;e de pens&eacute;e face &agrave; cette bo&icirc;te vide d&rsquo;o&ugrave; toute substance s&rsquo;est &eacute;chapp&eacute;e &agrave; jamais&nbsp;? Et pourtant, objectivement, qu&rsquo;a-t-elle de plus que ce vieux machin poussi&eacute;reux et ricanant dont la m&acirc;choire &eacute;dent&eacute;e la nargue quotidiennement du haut de son &eacute;tag&egrave;re&nbsp;? Et plus encore, depuis que ce reste est en ligne sur Internet et se prend pour l&rsquo;Os &eacute;lu, se fantasmant un croupion de vie sociale.<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><span style=\"font-family: times new roman,times;\"><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><span style=\"font-family: times new roman,times;\"><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Non, ne commen&ccedil;ons pas &agrave; &eacute;voquer la vie sociale de Gertrude devant le Capitaine, ce serait un terrain glissant&hellip;Ce serait m&ecirc;me finir de l&rsquo;accabler, car &agrave; ce stade, elle n&rsquo;est pas loin de penser que Gertrude la surpasse en ce domaine, et que dans cette entreprise, elle la manipule, voire l&rsquo;instrumentalise. En effet, ce jeu de superposition auquel le Capitaine s&rsquo;adonne depuis le d&eacute;but de l&rsquo;aventure ne se serait-il pas invers&eacute; de fa&ccedil;on irr&eacute;m&eacute;diable&nbsp;? Le Capitaine a bien peur que le masque se soit substitu&eacute; &agrave; son propre visage, que Gertrude, peu &agrave; peu, se soit gliss&eacute;e dans sa peau, que Gertrude se soit empar&eacute;e subrepticement de la barre du rafiot, et qu&rsquo;elle-m&ecirc;me ne soit plus qu&rsquo;un Capitaine d&rsquo;Os Douce ou d&rsquo;Os Perette (aux peaux &agrave; laid).<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><span style=\"font-family: times new roman,times;\"><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Et si c&rsquo;&eacute;tait Gertrude qui finalement la menait en bateau&nbsp;?<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><span style=\"font-family: times new roman,times;\"><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Aussi, il est urgent pour le Capitaine de se singulariser, de trouver enfin ce qui la distingue d&eacute;finitivement de Gertrude, ce qui l&rsquo;&eacute;loigne de cette maudite t&ecirc;te de mort&nbsp;; ce qui fera qu&rsquo;il n&rsquo;y aura plus aucune confusion possible, le d&eacute;tail qui fera peut-&ecirc;tre, bien qu&rsquo;&agrave; pr&eacute;sent, cela soit un peu tard, qu&rsquo;elle soit aim&eacute;e pour elle-m&ecirc;me et non en tant que substitut ou interface de Gertrude. Le Capitaine ne demande pas grand-chose, juste un petit rien, une diff&eacute;rence &laquo;&nbsp;inframince&nbsp;&raquo; comme dirait Marcel, l&rsquo;infime qui la rendra moins cr&acirc;ne.<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><span style=\"font-family: times new roman,times;\"><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Alors, le Capitaine se met &agrave; chercher. &Agrave; chercher partout. &Agrave; ouvrir les armoires, &agrave; sortir les cadavres des placards, &agrave; &eacute;plucher les archives, &agrave; peler la molesquine de ses carnets, &agrave; fouiller dans les poubelles&nbsp;; elle descend m&ecirc;me avec une &eacute;chelle de corde, et sans filet, au fond des puits virtuels de Gertrude, gratte la boue des histoires tr&eacute;pass&eacute;es, affrontent les vieux d&eacute;mons.<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><span style=\"font-family: times new roman,times;\"><strong>Mais rien&hellip; Elle ne trouve rien.<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><span style=\"font-family: times new roman,times;\"><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Puis elle se met &agrave; fouiner, les narines dilat&eacute;es dans les blogs amis. Enfin, vous savez, ces lieux virtuels o&ugrave; il est si doux, &agrave; travers Gertrude, de se complaire dans quelques illusions de sentiments, de se forger des certitudes d&rsquo;intelligence, de se vautrer dans la fatuit&eacute; et l&rsquo;autosatisfaction de ses traits d&rsquo;esprit, de son pseudo pouvoir de s&eacute;duction, dans la flatterie de l&rsquo;attention d&rsquo;autrui. Car, en ces lieux, le Capitaine marche dans l&rsquo;ombre de Gertrude, nourrissant peu &agrave; peu les frustrations de son propre nombrilisme refoul&eacute;. Et il est si bon de s&rsquo;adonner encore et encore &agrave; cette d&eacute;ambulation sous n&rsquo;importe quel pr&eacute;texte, y compris celui des qu&ecirc;tes d&eacute;sesp&eacute;r&eacute;es d&rsquo;un Capitaine &agrave; la d&eacute;rive. Et, &agrave; nouveau, c&rsquo;est toujours avec un plaisir et un &eacute;merveillement sans &eacute;gal qu&rsquo;elle s&rsquo;abandonne aux pentes s&eacute;ductrices des&nbsp; liens virtuels, au point de presque oublier l&rsquo;objet de sa recherche. Ainsi, elle relit les belles histoires extralucides de la Magicienne, s&rsquo;envole sur les tapis volants du verbe de Plaiethore, exerce ses mots laids chez Vincent, se rit (jaune) des mis&egrave;res d&rsquo;&Eacute;mile, fait la b&ecirc;te dans le cirque armengolien, se la joue vaine et virtuelle (et non vertueuse) chez Anne Hecdoth, brode quelque frivolit&eacute; au fil rouge de la Merci&egrave;re, s&rsquo;enivre de rhum sur le pont du Cap&rsquo;tain Tote&nbsp;, prend un bain de soleil chez Sophie, &eacute;met un popouet retentissant chez Ledif, fait une cure de thalasso (pour une remise en forme) dans la mare &agrave; Krapo, tricote en compagnie de Clothogancho&nbsp;; Enfin, elle pleure abondamment sur les navigateurs disparus.<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><span style=\"font-family: times new roman,times;\"><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><span style=\"font-family: times new roman,times;\"><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mais rien, toujours rien, aucun signe ne semble indiquer que le Capitaine diff&egrave;re de Gertrude.<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><span style=\"font-family: times new roman,times;\"><strong>Au contraire, ce p&eacute;riple ne fait que la conforter dans l&rsquo;id&eacute;e que la confusion est totale, confusion de leurs identit&eacute;s et par l&agrave; m&ecirc;me confusion de son propre esprit, de son pauvre entendement de plus en plus emm&ecirc;l&eacute;, brouill&eacute;, en vrac. Force est de constater que, o&ugrave; qu&rsquo;elle aille, ses moindres paroles sont sign&eacute;es &laquo;&nbsp;Gertrude&nbsp;&raquo;, que Gertrude se constitue comme la seule raison d&rsquo;&ecirc;tre de ses propos, le seul motif &agrave; son expression. C&rsquo;est une &eacute;vidence contre laquelle elle ne peut pas lutter&nbsp;: ne s&rsquo;est-elle pas proclam&eacute;e &laquo;&nbsp;Capitaine&nbsp;&raquo; parce que son unique cargaison &eacute;tait Gertrude&nbsp;? Que Gertrude &eacute;tait le seul objet qu&rsquo;elle avait &agrave; offrir au regard du monde&nbsp;? N&rsquo;&eacute;tait-il pas pr&eacute;visible et m&ecirc;me pr&eacute;vu que l&rsquo;entreprise lui &eacute;chapp&acirc;t&nbsp;? La machine, dans ses illusions de ma&icirc;trise, s&rsquo;est inexorablement emball&eacute;e&nbsp;: Gertrude parle au fond de sa t&ecirc;te, souffre, aime&nbsp;; elle est moqueuse, cynique&nbsp;; elle se joue tellement du Capitaine que sans r&eacute;fl&eacute;chir cette derni&egrave;re s&rsquo;oublie en d&eacute;posant un baiser sur le cr&acirc;ne pel&eacute; d&rsquo;Hedgarallaan, comme s&rsquo;il s&rsquo;agissait de son propre amoureux&nbsp;! Pour vous dire &agrave; quel point elle a perdu pied&nbsp;! Heureusement que ce cr&acirc;ne extraterrestre, d&rsquo;origine douteuse, est &eacute;pousset&eacute; r&eacute;guli&egrave;rement par un V&eacute;g&eacute;tarien maniaque et id&eacute;aliste.<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><span style=\"font-family: times new roman,times;\"><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Justement, au moment o&ugrave; elle r&eacute;fl&eacute;chit douloureusement &agrave; ces tristes constats, la voici en train d&rsquo;errer dans le blog du susdit V&eacute;g&eacute;tarien, blog non moins tentaculaire et labyrinthique que celui de Gertrude. Pour tout vous avouer, elle aime bien s&rsquo;y perdre de temps en temps et y chercher quelques &eacute;chos &agrave;&nbsp; ses noires pens&eacute;es.<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><span style=\"font-family: times new roman,times;\"><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; C&rsquo;est alors qu&rsquo;elle a perdu tout espoir de trouver solution &agrave; son probl&egrave;me, qu&rsquo;au fond d&rsquo;une all&eacute;e sombre, presque une impasse, elle tombe sur cette phrase&nbsp;: &laquo;&nbsp;<em>C&rsquo;est d&eacute;cid&eacute;. Je laisse filasser &agrave; la pouffiniaque mes cheveux&hellip;<\/em>&nbsp;&raquo; Ce qui pourrait &ecirc;tre traduit en banal langage panam&eacute;en dans le cerveau lent d&rsquo;un Capitaine par une formule un peu simplifi&eacute;e de ce genre&nbsp;: &laquo;&nbsp;&Agrave; partir de maintenant, je me laisse pousser la tignasse.&nbsp;&raquo; Le mot &laquo;&nbsp;tignasse&nbsp;&raquo; semble particuli&egrave;rement appropri&eacute; &agrave; l&rsquo;arrogance du propos original et condense &agrave; lui seul, pour le Capitaine, le concept de l&rsquo;id&eacute;al inaccessible. Car cette assertion lanc&eacute;e par son auteur avec une grande d&eacute;sinvolture, comme une &eacute;vidence presque futile, la renverse&nbsp;! Et pour &ecirc;tre tout &agrave; fait honn&ecirc;te, cela fait maintenant un certain temps, et un temps certain, que le Capitaine tra&icirc;ne ses gu&ecirc;tres dans cet article et y revient r&eacute;guli&egrave;rement. Et c&rsquo;est &agrave; chaque fois un choc&nbsp;! Un vrai choc&nbsp;! D&rsquo;abord un sentiment d&rsquo;intense jalousie la submerge. Une tignasse&nbsp;! Pensez-vous, une tignasse&nbsp;! Ce genre d&rsquo;attribut que certains ou certaines arborent sur leurs t&ecirc;tes naturellement, sans aucun effort et qui narguent ceux et celles comme le Capitaine qui ont en guise de cheveux quelques t&eacute;guments pendants et ternes. Et particuli&egrave;rement aujourd&rsquo;hui, en ce mois de mai, cette lecture devient intol&eacute;rable &agrave; un Capitaine, d&eacute;j&agrave; d&eacute;prim&eacute;e et d&eacute;fris&eacute;e par ses derni&egrave;res cogitations&nbsp;: Elle se sent perdre non seulement les quelques illusions de chevelure que lui procurait le printemps, mais aussi les quelques cheveux de plus qui, quotidiennement, restent lamentablement accroch&eacute;s&nbsp; &agrave; la brosse.<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><span style=\"font-family: times new roman,times;\"><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Pourtant le mois de mai est le moment privil&eacute;gi&eacute; de l&rsquo;ann&eacute;e o&ugrave; le Capitaine quitte ce qu&rsquo;il lui plait, y compris la cagoule en laine dans laquelle elle garde son cuir fragile et chevelu au chaud tout l&rsquo;hiver, afin de faire un &eacute;tat des lieux capillaires aux reflets des premiers soleils. C&rsquo;est aussi toujours &agrave; cette &eacute;poque de l&rsquo;ann&eacute;e qu&rsquo;elle casse son petit cochon volant, tirelire qu&rsquo;elle a laborieusement remplie tout l&rsquo;hiver, dans un traitement luxueux et on&eacute;reux mais &agrave; l&rsquo;usage fastidieux et &agrave; long terme, dont le superbe packaging vente les vertus miraculeuses, toute convaincue qu&rsquo;elle est d&rsquo;acqu&eacute;rir au final la somptueuse crini&egrave;re luisante de la blondasse sur la photo. Les seules choses qui lui donnent bonne conscience dans cet achat dispendieux et d&eacute;sesp&eacute;r&eacute; aux effets incertains, c&rsquo;est, d&rsquo;une part, de pouvoir pr&eacute;tendre avoir tent&eacute; d&rsquo;inverser l&rsquo;in&eacute;luctable destin de son cuir chevelu, d&rsquo;autre part la satisfaction de garder les petits flacons vides du pr&eacute;cieux produit, contenants aux multiples possibilit&eacute;s taxinomiques et gertrudiennes.<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><span style=\"font-family: times new roman,times;\"><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il r&eacute;side cependant un paradoxe dans ces vell&eacute;it&eacute;s r&eacute;currentes et illusoires du Capitaine &agrave; transformer ses pi&egrave;tres phan&egrave;res en &laquo;&nbsp;chevelure&nbsp;&raquo; ou mieux encore en &laquo;&nbsp;tignasse indomptable&nbsp;&raquo; ou en quelques fantasmes &laquo;&nbsp;pouffiniaquistes&nbsp;&raquo;, ph&eacute;nom&egrave;nes dont certains se plaignent pour mieux se r&eacute;jouir du d&eacute;sappointement de la masse d&rsquo;individus &agrave; poils rares qui les envient avec un grand sentiment d&rsquo;injustice&nbsp;: D&rsquo;une part elle d&eacute;pense des fortunes, qu&rsquo;elle n&rsquo;a pas, dans des produits de haute technicit&eacute; pour fortifier les bulbes de ses maigres attributs capillaires, et, par ailleurs, elle ne laisse &agrave; ces derniers aucune chance de se d&eacute;velopper au del&agrave; d&rsquo;une demi-douzaine de centim&egrave;tres&nbsp;; ou, si elle l&rsquo;a fait un jour, c&rsquo;est qu&rsquo;elle &eacute;tait tr&egrave;s jeune, totalement inconsciente ou indiff&eacute;rente &agrave; l&rsquo;effet d&eacute;sastreux que produisait sur le genre masculin sa coiffure informe, l&agrave; o&ugrave; d&rsquo;autres filles, &agrave; la piti&eacute; satisfaite et aux cheveux l&acirc;ch&eacute;s comme des lions, pla&ccedil;aient leur principal atout de s&eacute;duction.<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><span style=\"font-family: times new roman,times;\"><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Bref, de ces quelques r&eacute;solutions &eacute;touff&eacute;es dans l&rsquo;&oelig;uf (ou plut&ocirc;t sur l&rsquo;&oelig;uf) qui auraient &eacute;t&eacute; &agrave; m&ecirc;me de prouver la constance d&rsquo;un Capitaine dans la longueur et la suite de ses id&eacute;es, il ne reste pas grand-chose, car elle opte vite pour la solution &agrave; court terme et sans grand lendemain de faire tailler aussi t&ocirc;t fait et le plus court possible ses poils de t&ecirc;te, histoire d&rsquo;en faire oublier par la structure de la coupe, la nature peu g&eacute;n&eacute;reuse.<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><span style=\"font-family: times new roman,times;\"><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Et pourtant, tout ce soin et cette attention port&eacute;es, cet argent et cette &eacute;nergie d&eacute;pens&eacute;s pour ce qui appara&icirc;t comme si peu de choses, toute cette mise en action de moyens et de strat&eacute;gies pour de si maigres r&eacute;sultats, pour des effets si t&eacute;nus que seule le Capitaine peut les constater, prouvent bien que ce &laquo;&nbsp;peu&nbsp;&raquo; tient une place particuli&egrave;re dans le sens de sa vie, que l&rsquo;importance qu&rsquo;elle donne &agrave; ses attributs capillaires n&rsquo;est pas proportionnel &agrave; leur abondance mais plut&ocirc;t &agrave; leur valeur symbolique.<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><span style=\"font-family: times new roman,times;\"><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Sa crise de d&eacute;pit pass&eacute;e, elle peut se saisir pleinement de ce nouvel &eacute;clairage et relire enfin la phrase de son ami Plaiethore dans tout ce qu&rsquo;elle contient d&rsquo;espoir, de vitalit&eacute;, de force, de libert&eacute; et de singularit&eacute;.<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><span style=\"font-family: times new roman,times;\"><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Car il s&rsquo;agit bien de cela, ne serait-ce que quand avec &eacute;motion, elle d&eacute;couvre, apr&egrave;s deux mois d&rsquo;enveloppements fastidieux, une fragile ligne de petits cheveux&nbsp; &agrave; la lisi&egrave;re de son implantation, elle ne peut se d&eacute;fendre d&rsquo;un sentiment de victoire et d&rsquo;une puissance agissante. Car quoi de mieux que ses cheveux et la forme qu&rsquo;elle leur choisit pour jouer de sa personnalit&eacute; et, &agrave; travers ses apparences, en balancer le manifeste &agrave; la face du monde, pour mettre en exergue par leur coupe l&rsquo;&eacute;vidence de leur croissance incessante et proclamer ainsi son &eacute;tat de vivante&nbsp;;et surtout exercer ce pouvoir que la mort n&rsquo;aura pas&nbsp;: la libert&eacute; de d&eacute;cider dans une minute , dans une heure, dans un an et dans tous les temps qu&rsquo;elle aura vol&eacute; &agrave; la Faucheuse de se faire pousser la tignasse, de l&acirc;cher cette merveilleuse ingrate dans le naturel de sa pousse sauvage.<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><span style=\"font-family: times new roman,times;\"><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Et, l&agrave;, Gertrude, que la vie a quitt&eacute; comme toute id&eacute;e de chevelure, peut toujours essayer de se coller quelque postiche sur l&rsquo;occiput, elle n&rsquo;aura jamais plus la sensation fantastique de l&rsquo;&eacute;volution de ce ph&eacute;nom&egrave;ne capillaire et rebelle sur son cr&acirc;ne pel&eacute;.<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img decoding=\"async\" src=\"..\/ekladata.com\/pJrbEydDQD3SGbVtL7RZHTnIMlc@250x188.jpg\" alt=\"Gertrude ou le complexe de la tignasse\"\/><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; &nbsp;Gertrude ou le complexe de la tignasse, mai 2010 &nbsp;&nbsp; Le Capitaine se r&eacute;veille ce matin en pleine crise d&rsquo;angoisse&nbsp;: une question cruciale et crucifiante lui taraude le foie, lui fait brusquement monter une boule dans le gosier, lui vide la t&ecirc;te, lui dess&egrave;che la peau, lui liqu&eacute;fie le bulbe, lui tourne les sangs, &hellip; <a href=\"https:\/\/juliettecharpentier.fr\/gertrudes\/gertrude-ou-le-complexe-de-la-tignasse-p867450\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;Gertrude ou le complexe de la tignasse&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-153","page","type-page","status-publish","hentry"],"post_mailing_queue_ids":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/juliettecharpentier.fr\/gertrudes\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/153","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/juliettecharpentier.fr\/gertrudes\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/juliettecharpentier.fr\/gertrudes\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliettecharpentier.fr\/gertrudes\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliettecharpentier.fr\/gertrudes\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=153"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/juliettecharpentier.fr\/gertrudes\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/153\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/juliettecharpentier.fr\/gertrudes\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=153"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}