{"id":232,"date":"2016-04-17T00:00:00","date_gmt":"2016-04-16T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/juliettecharpentier.fr\/gertrudes\/la-verite-en-gertrude-p941516\/"},"modified":"2016-04-17T00:00:00","modified_gmt":"2016-04-16T22:00:00","slug":"la-verite-en-gertrude-p941516","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/juliettecharpentier.fr\/gertrudes\/la-verite-en-gertrude-p941516\/","title":{"rendered":"La v\u00e9rit\u00e9 en Gertrude"},"content":{"rendered":"<div id=\"global\" style=\"position: relative;\">\n<div id=\"ln_0\" class=\"ln\">&nbsp;<\/div>\n<div id=\"ln_1\" class=\"ln\">\n<div id=\"cl_1_0\" class=\"cl\">\n<div class=\"column_content\">\n<div class=\"page\">\n<div class=\"beforePage\">&nbsp;<\/div>\n<div class=\"divPageTitle\">\n<h2>La v&eacute;rit&eacute; en Gertrude.<\/h2>\n<\/p><\/div>\n<div class=\"pageContent\">\n<div style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-size: 12pt;\"><span style=\"font-family: times new roman,times;\">Texte lu dans la vid&eacute;o de l&rsquo;article:<\/span><\/span><br \/> <span style=\"font-size: 12pt;\"><strong><span style=\"font-family: times new roman,times;\"><em>La V&eacute;rit&eacute; en Gertrude<\/em><\/span><\/strong><\/span><\/div>\n<p> <span style=\"font-size: 12pt;\"><strong><span style=\"font-family: times new roman,times;\"><br \/> &laquo; Je vous dois la v&eacute;rit&eacute; en peinture et je vous la dirai. &raquo;<br \/> Aujourd&rsquo;hui je fais mienne cette magnifique phrase de C&eacute;zanne en rempla&ccedil;ant le mot Peinture par Gertrude ; ce qui pour moi &eacute;quivaut &agrave; la m&ecirc;me chose&hellip;<br \/> Si C&eacute;zanne d&eacute;tenait certainement la v&eacute;rit&eacute; en peinture, (pour moi il est le plus grand), je ne d&eacute;tiens pas la v&eacute;rit&eacute; en Gertrude (encore moins en peinture) mais cela ne m&rsquo;emp&ecirc;che pas de vous la devoir, et de vous la dire.<br \/> Si je prends la parole aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;est qu&rsquo;en Gertrude je me trouve &agrave; la crois&eacute;e des chemins. La crois&eacute;e des chemins, c&rsquo;est la rupture brusque de la traverse qui m&rsquo;offre sa fuite dans le doute de la rectitude, c&rsquo;est aussi la continuit&eacute; dans une hallucinante logique articulaire. C&rsquo;est ce qui n&rsquo;&eacute;tait pas pr&eacute;vu mais qui devait arriver ; ce qui &eacute;tait n&eacute;cessaire et inesp&eacute;r&eacute;.<br \/> &Agrave; cette crois&eacute;e je me suis arr&ecirc;t&eacute;e ; j&rsquo;ai &eacute;crit un texte.<\/p>\n<p> Je d&eacute;die ce texte &agrave; Renato et &agrave; Domy. Ce sont deux personnes, ou devrais-je dire deux &ecirc;tres humains rencontr&eacute;s sur Internet. En des circonstances fort diff&eacute;rentes.<br \/> Sont-ils mes amis, je n&rsquo;en sais rien. Mais je sais par contre que chacun, &agrave; sa fa&ccedil;on, a su me toucher. Je sais &eacute;galement, et c&rsquo;est en cela que cette d&eacute;dicace prend tout son sens, qu&rsquo;en ce lieu pourtant totalement immat&eacute;riel, les barri&egrave;res tombent entre les personnes qui livrent, sans l&rsquo;entrave des apparences, directement, violemment, dangereusement non pas leurs identit&eacute;s mais ce qu&rsquo;ils sont au fond d&rsquo;eux, en tant qu&rsquo;&ecirc;tres. Je peux ainsi affirmer que ces deux &ecirc;tres humains poss&egrave;dent chacun une beaut&eacute; int&eacute;rieure, comme un cristal nich&eacute; au sein de leur fragilit&eacute; ; Il se trouve aussi que ces deux-l&agrave; connaissent mieux que quiconque les blogs de Gertrude, qu&rsquo;ils en ont explor&eacute; les coins sombres, arpent&eacute;s les m&eacute;andres, inventori&eacute; tous les tiroirs, examin&eacute; les contradictions, &eacute;cout&eacute; tous les bruits secrets. Chacun, d&rsquo;une mani&egrave;re diff&eacute;rente, presque oppos&eacute;e, a apport&eacute; &agrave; Gertrude sa part de chair, de sang, de souffrance, d&rsquo;humanit&eacute; et d&rsquo;&acirc;me. Ils sont tous les deux &agrave; pr&eacute;sent, malgr&eacute; eux, malgr&eacute; moi, quoi qu&rsquo;il arrive, quoiqu&rsquo;ils en pensent, li&eacute;s &agrave; Gertrude. Car l&rsquo;aventure de Gertrude aurait &eacute;t&eacute; autre sans eux ; comme un battement d&rsquo;aile de papillon transform&eacute; en temp&ecirc;te au fond de son cr&acirc;ne, ils ont chang&eacute; &agrave; jamais le cours de son destin; Leur contribution m&rsquo;ont fait avancer sur le fleuve tumultueux, entre les rives du r&eacute;el et du virtuel. Juste parce qu&rsquo;ils sont humains, trop humains, r&eacute;els trop r&eacute;els dans ce monde virtuel.<br \/> Puissent mes d&eacute;risoires &eacute;lucubrations trouver le chemin de leurs c&oelig;urs.<br \/> J&rsquo;en profite &eacute;galement pour saluer un jeune batracien philosophe de la Toile. Ce dernier saura entendre mes propos avec humour, regarder ma vid&eacute;o avec son &oelig;il distanci&eacute; et appr&eacute;cier le tout avec sa grande finesse d&rsquo;esprit.<\/p>\n<p> Vous pouvez vous demander, vous qui regardez en ce moment cette vid&eacute;o et &eacute;coutez mes paroles, pourquoi j&rsquo;ai choisi de lire ce texte plut&ocirc;t que de vous le laisser lire. Pourquoi, accompagnant ces mots, je laisse entendre ma voix. Je pense que l&agrave;, il m&rsquo;est encore plus important, plus important que dans d&rsquo;autres vid&eacute;os o&ugrave; je l&rsquo;ai d&eacute;j&agrave; fait, de donner &agrave; votre perception l&rsquo;empreinte du son de ma voix, autrement dit d&rsquo;une partie de ma r&eacute;alit&eacute;. Pour que ce contact avec ma r&eacute;alit&eacute; soit encore plus direct, je m&rsquo;adresse &agrave; vous comme si vous &eacute;tiez en face de moi.<br \/> Ne pensez pas que j&rsquo;ai de la complaisance &agrave; m&rsquo;&eacute;couter parler ; je d&eacute;teste le son de ma voix ; entendre le son de ma voix me procure une sorte de g&ecirc;ne comme si je me surprenais dans une attitude d&eacute;plac&eacute;e, impudique ; Pourtant si vous &eacute;tiez en face de moi en r&eacute;alit&eacute;, ce serait un des &eacute;l&eacute;ments de ma personne qui vous serait le plus directement perceptible.<br \/> De plus, lire un texte est en soi une sorte de performance ; je sais et j&rsquo;appr&eacute;hende que ma voix au fil des mots soit parfois complice, parfois tra&icirc;tresse ; qu&rsquo;elle glissera sur certains termes et tr&eacute;buchera sur d&rsquo;autres ; qu&rsquo;elle s&rsquo;emparera de mes &eacute;motions alors m&ecirc;me que je tenterai de la contr&ocirc;ler.<br \/> Je tiens ainsi, aujourd&rsquo;hui, dans cette lecture, &agrave; m&eacute;langer sciemment la r&eacute;alit&eacute; et le virtuel, &agrave; cr&eacute;er quelques remous &agrave; la fronti&egrave;re de l&rsquo;interface ; car c&rsquo;est cela que je vais aborder aujourd&rsquo;hui, cette incroyable et fascinante interp&eacute;n&eacute;tration entre le r&eacute;el et le virtuel, entre le tangible et l&rsquo;illusion, entre le mat&eacute;riel et l&rsquo;immat&eacute;riel.<br \/> Car l&rsquo;exp&eacute;rience de Gertrude, qui &eacute;tait dans un fragile &eacute;quilibre, suspendue au-dessus de cette fronti&egrave;re intangible de l&rsquo;interface, vient d&rsquo;atteindre son point critique, l&rsquo;in&eacute;vitable irr&eacute;versibilit&eacute; de sa logique.<br \/> Pour reprendre la m&eacute;taphore cosmique que je me plais &agrave; utiliser de temps en temps, la bulle virtuelle en entrant brutalement en collision avec les scories du r&eacute;el, a implos&eacute; ; il est advenu une brusque d&eacute;pressurisation de l&rsquo;illusion, plongeant Gertrude dans un &eacute;tat de stase.<br \/> En cela, je crois &agrave; pr&eacute;sent pouvoir affirmer que cette aventure est all&eacute;e, dans son inach&egrave;vement, jusqu&rsquo;&agrave; son complet ach&egrave;vement. L&rsquo;obstacle sur son parcours, la traverse qui le croise, les sentes invisibles qui &agrave; pr&eacute;sent se r&eacute;v&egrave;lent sont des choix. L&rsquo;obstacle est libert&eacute;.<br \/> Mais avant d&rsquo;aborder ce point crucial, je vous dois cette histoire depuis son d&eacute;but.<\/p>\n<p> En 1983, j&rsquo;&eacute;tais &eacute;l&egrave;ve &agrave; l&rsquo;&eacute;cole des Beaux-arts. Mon travail plastique, &agrave; l&rsquo;&eacute;poque, tournait autour de l&rsquo;autoportrait pictural et photographique.<br \/> J&rsquo;&eacute;tais jeune, timide, rebelle, et tr&egrave;s provocatrice ; je sais aussi que je devais avoir un certain pouvoir de s&eacute;duction qui m&rsquo;embarrassait plut&ocirc;t, car j&rsquo;en craignais ses effets que je ne ma&icirc;trisais pas ; j&rsquo;avais (et j&rsquo;ai encore s&ucirc;rement) une personnalit&eacute; paradoxale : j&rsquo;&eacute;tais une vraie sauvage misanthrope et solitaire, mais aussi quelqu&rsquo;un capable des pires audaces et des exp&eacute;riences les plus extr&ecirc;mes. Cela justifie peut-&ecirc;tre qu&rsquo;un jour, j&rsquo;ai pouss&eacute; la porte de la morgue de l&rsquo;h&ocirc;pital de la ville et que je me suis pris en pleine figure la vision de mon premier cadavre.<br \/> &nbsp;&nbsp;&nbsp; Je me rappelle tr&egrave;s bien de cette forme allong&eacute;e d&rsquo;une couleur jaune et d&rsquo;une immobilit&eacute; impressionnante ; je me rappelle tr&egrave;s bien du creux que je ressentis au niveau de mon diaphragme ainsi que de la sensation de bourdonnement dans mes oreilles, Je me souviens &eacute;galement m&rsquo;&ecirc;tre avanc&eacute;e vers le fond de cette salle immense. Des personnes &eacute;taient l&agrave;, que des hommes, en train de travailler. Goguenards, &eacute;berlu&eacute;s. &Eacute;tait-ce bien moi qui osai leur parler ?<br \/> Maintenant j&rsquo;essaye d&rsquo;imaginer ce qui a pu passer dans la t&ecirc;te de ces pr&eacute;parateurs quand ils virent d&eacute;barquer cette jeune femme incongrue et gauche aux cheveux en bataille et aux v&ecirc;tements tach&eacute;s de peinture ; je ne sais pourquoi ils accept&egrave;rent sans difficult&eacute; ma demande, non moins incongrue, de venir r&eacute;guli&egrave;rement peindre et dessiner en cet endroit. Fallait-il que je sois anim&eacute; d&rsquo;un sentiment de d&eacute;fi envers moi-m&ecirc;me et le monde, pour affronter, pendant un an, chaque semaine la vue des cadavres, l&rsquo;odeur du formol, les mani&egrave;res on ne peut plus carabines et machistes des ma&icirc;tres des lieux.<br \/> Je fus de plus en plus fascin&eacute;e par mes mod&egrave;les, de plus en plus inspir&eacute;e par l&rsquo;expression de leurs derniers instants cristallis&eacute;s dans l&rsquo;immobilit&eacute; marmor&eacute;enne de leurs visages. J&rsquo;&eacute;tais balay&eacute;e par l&rsquo;&eacute;motion de l&rsquo;ouverture obsc&egrave;ne des corps, de cet abandon de cette chair par l&rsquo;&ecirc;tre, des b&eacute;ances de leur d&eacute;livrance.<br \/> Face &agrave; eux, mon crayon parcourait, vivait, respirait mieux qu&rsquo;ailleurs ; je me sentais bien, je pouvais les toucher.<br \/> J&rsquo;appris &agrave; mieux conna&icirc;tre ces hommes qui travaillaient quotidiennement dans ces lieux ; leur grossi&egrave;ret&eacute; &eacute;tait n&eacute;cessaire ; un humour truculent qui exorcisait les peurs et contrebalan&ccedil;ait leur sensibilit&eacute;, leur g&eacute;n&eacute;rosit&eacute; ; ces hommes parlaient aux morts ; ils n&rsquo;entreprenaient jamais les outrages de leurs d&eacute;coupes sans prononcer quelques mots.<br \/> Je me liai d&rsquo;amiti&eacute; avec eux, ils me taquin&egrave;rent beaucoup, nous plaisantions constamment ensemble. Les macchab&eacute;es faisaient l&rsquo;objet de notre ironie. Il &eacute;tait bien s&ucirc;r impossible d&rsquo;en faire abstraction. Nous glosions particuli&egrave;rement sur leur sagesse ; sagesse du mod&egrave;le &agrave; l&rsquo;immobilit&eacute; id&eacute;ale que la douleur de la pose avait abandonn&eacute; ; (&eacute;tant mod&egrave;le moi-m&ecirc;me pour arrondir mes fins de mois, je savais dans mon corps les crampes et le froid qui vous envahissent &agrave; garder la m&ecirc;me position, sagesse de leurs sens sous les caresses du regard et de la main, et tant d&rsquo;attention port&eacute;e par moi ; sagesse de la noblesse que conf&egrave;re la mort purificatrice des vicissitudes pass&eacute;es. Sagesse, c&rsquo;&eacute;tait aussi et essentiellement, ce que ces morts savaient et ne diraient jamais, ce qu&rsquo;ils avaient &eacute;t&eacute; et que nous ne saurions jamais.<br \/> Combien &eacute;tranges &eacute;taient ces d&eacute;funts, qui par leur volont&eacute; de donner leurs corps &agrave; la Science, avaient priv&eacute; leurs proches de leurs d&eacute;pouilles, pour les livrer &agrave; des mains et des regards inconnus ; entre le myst&egrave;re d&rsquo;une vie pass&eacute;e anonyme et fantasm&eacute;e et l&rsquo;&eacute;tat de carcasse animale ouverte, d&eacute;membr&eacute;e, d&eacute;pouill&eacute;e.<br \/> Forte du sentiment d&rsquo;immortalit&eacute; de la jeunesse, je restais l&agrave;, en cet endroit &eacute;trangement serein, des heures durant, dans un temps suspendu, dans la contemplation de ce paradoxal vis-&agrave;-vis.<br \/> C&rsquo;est l&agrave; que j&rsquo;achetai un cr&acirc;ne, celui d&rsquo;une femme ; je le pr&eacute;nommai Gertrude. Il me fut vendu cinquante francs, un prix d&rsquo;ami. Les pr&eacute;parateurs m&rsquo;offrir, en plus, un minuscule tube &agrave; essai contenant les trois osselets de l&rsquo;oreille interne, peut-&ecirc;tre celle de Gertrude.<\/p>\n<p> Des ann&eacute;es apr&egrave;s, je ne peux regarder Gertrude sans &eacute;voquer cette p&eacute;riode de ma vie ; elle est le troph&eacute;e, la Relique, le souvenir inoubliable de ce face &agrave; face avec la mort et avec moi-m&ecirc;me ; elle porte attach&eacute;e &agrave; ses os toute la cosmogonie des sentiments qui m&rsquo;habitaient ; elle contient &agrave; elle toute seule le pouvoir de leur r&eacute;surgence.<br \/> Gertrude, depuis que je l&rsquo;ai, a &eacute;t&eacute; le bibelot de mes insouciantes fanfaronnades, l&rsquo;objet de toutes mes m&eacute;ditations, le mod&egrave;le de mes inspirations, parfois laiss&eacute;e &agrave; la poussi&egrave;re, parfois lustr&eacute;e par d&rsquo;incessantes manipulations, parfois enferm&eacute;e dans une caisse &agrave; la cave, elle n&rsquo;a jamais &eacute;t&eacute; oubli&eacute;e. M&ecirc;me invisible dans ma peinture, elle fut toujours sous-jacente, m&ecirc;me absente, elle fut pr&eacute;sente.<br \/> Depuis quelques ann&eacute;es, Gertrude est revenue triomphante &agrave; la lumi&egrave;re ; est-ce parce que j&rsquo;ai senti sur ma nuque le souffle suave des ailes de la mort, que j&rsquo;eu le besoin imp&eacute;rieux de sortir Gertrude de sa cachette ; que je m&rsquo;abandonne &agrave; elle ; que je me livre &agrave; tous les voyages dans son cr&acirc;ne.<br \/> Du dessin en passant par la peinture, j&rsquo;&eacute;prouvai le besoin de la sacraliser, d&rsquo;ench&acirc;sser sa pr&eacute;ciosit&eacute;, sa raret&eacute; dans des dispositifs de plus en plus sophistiqu&eacute;s. J&rsquo;avais, dans une bo&icirc;te, un verre de montre de chimie ; j&rsquo;eus l&rsquo;id&eacute;e de placer une petite peinture de Gertrude sous cette coupelle convexe ; c&rsquo;&eacute;tait en m&ecirc;me temps une mise sous verre et sous loupe ; comme une focalisation sur Gertrude ; brusquement cette peinture, isol&eacute;e de notre espace, prenait l&rsquo;intemporalit&eacute; d&rsquo;un objet sacerdotal, d&rsquo;une petite ic&ocirc;ne.<br \/> Cette exp&eacute;rience m&rsquo;amena &agrave; rechercher de nouveaux verres de montres, puis des cadres &agrave; verres bomb&eacute;s ; je fr&eacute;quentai assid&ucirc;ment les vides greniers, puis les ventes aux ench&egrave;res sur Internet. Tr&egrave;s vite, ce qui &eacute;tait au d&eacute;part un moyen de se procurer des objets prit une autre dimension ; lors des achats sur un vide greniers, je soupesais et palpais les marchandises, je parlais directement aux personnes. Les transactions sur Internet, elles, commencent dans l&rsquo;immat&eacute;rialit&eacute; du virtuel, la mesure de l&rsquo;objet dans l&rsquo;illusion de sa photographie et de sa projection mentale, le vendeur se r&eacute;duit &agrave; un pseudonyme, les ench&egrave;res sont un jeu irr&eacute;el, le paiement est un clic de souris.<br \/> Puis l&rsquo;objet arrive ; tant&ocirc;t envoy&eacute; par la poste, tant&ocirc;t livr&eacute;, quelquefois par le vendeur lui-m&ecirc;me qui peut prendre brusquement corps dans une r&eacute;alit&eacute; que je crois pr&eacute;serv&eacute;e par l&rsquo;&eacute;cran du virtuel.<br \/> Quelle que soit la fa&ccedil;on dont mon acquisition me parvient, elle est toujours une surprise, une sorte d&rsquo;apparition : je la vois pour la premi&egrave;re fois. Mais pas seulement.<br \/> &Agrave; chaque objet est attach&eacute; un peu de la r&eacute;alit&eacute; de celui qui l&rsquo;a envoy&eacute; ; quelques indices dans l&rsquo;emballage, dans les petits mots parfois amicaux qui les accompagnent. Un pr&eacute;nom, une odeur de poussi&egrave;re qui flotte, des attentions particuli&egrave;res port&eacute;es &agrave; l&rsquo;enveloppe racontent les personnalit&eacute;s, les habitudes, les manies des solitudes, les petites d&eacute;votions qui accompagnent ces objets d&eacute;risoires confi&eacute;s &agrave; l&rsquo;inconnu.<br \/> Il y a l&agrave; comme une connexion entre ce vendeur et moi, une connivence dans la passation de l&rsquo;objet et de son destin. Son histoire commenc&eacute;e l&agrave;-bas, se continue ici.<br \/> Au d&eacute;part, c&rsquo;&eacute;tait des cadres qui n&rsquo;&eacute;taient pr&eacute;vus que pour mettre en valeur mes r&eacute;alisations sur Gertrude ; peu &agrave; peu, je n&rsquo;ai pu faire l&rsquo;&eacute;conomie de ce qu&rsquo;ils contenaient &agrave; l&rsquo;origine. Path&eacute;tiques bouquets de fleurs s&eacute;ch&eacute;es, souvenirs baln&eacute;aires, images pieuses, autant de messages, de fragments de vie, de petits miracles &eacute;chou&eacute;s sur ma table de travail.<br \/> Gertrude en vis-&agrave;-vis ne pouvait que se fondre, se confondre dans l&rsquo;image sp&eacute;culaire que lui renvoyaient ces brins d&rsquo;humanit&eacute;. Du simple dispositif de pr&eacute;sentation, l&rsquo;objet est devenu rencontre fortuite avec Gertrude, la moiti&eacute; essentielle d&rsquo;un collage surr&eacute;aliste entre deux au-del&agrave;, conjonction entre deux chemins qui se croisent.<br \/> Mes recherches d&rsquo;objets se firent plus sophistiqu&eacute;es et il m&rsquo;apparut que ce qui se donnait &agrave; voir dans ces collages &eacute;tait justement ce qui n&rsquo;&eacute;tait pas visible ; histoire de Gertrude, histoire de l&rsquo;objet, dont je ne sais rien, qui pourtant se cristallise dans l&rsquo;assemblage.<br \/> L&rsquo;achat d&rsquo;un objet est rarement motiv&eacute; par un projet, mais proc&egrave;de plut&ocirc;t d&rsquo;une sorte d&rsquo;intuition du regard, l&rsquo;accroche de mon &oelig;il comme un &eacute;cho dans mon espace m&eacute;moriel que je n&rsquo;identifie pas sur le champ mais dont je devine les tissages avec les fils de Gertrude. Un lien se tend depuis le vendeur, emporte les bribes de ce qu&rsquo;il est, passe par cet instant fugace de la transaction virtuelle jusqu&rsquo;&agrave; la r&eacute;ception r&eacute;elle de l&rsquo;objet.<br \/> Il arrive que l&rsquo;objet reste de longs mois sur l&rsquo;&eacute;tag&egrave;re dans le m&ecirc;me espace que Gertrude, dans une proximit&eacute; indiff&eacute;rente, jusqu&rsquo;&agrave; enfin croiser son regard.<br \/> Je ne sais par quel miracle, un jour, l&rsquo;&eacute;vidence de leur rencontre surgit. L&rsquo;ad&eacute;quation se fait aussi bien dans un embo&icirc;tement de la mat&eacute;rialit&eacute; de l&rsquo;objet avec la repr&eacute;sentation de Gertrude que dans le bricolage d&rsquo;un espace commun impalpable, immat&eacute;riel, virtuel o&ugrave; se rejoignent les lambeaux de m&eacute;moire ; ceux de l&rsquo;objet, ceux de Gertrude.<br \/> Par l&rsquo;action de mes mains, ces assemblages deviennent reliques, comme ces objets de d&eacute;votion qui se situent en deux espaces simultan&eacute;s et incompatibles. Inclusion dans mon espace r&eacute;el, dans mon pr&eacute;sent d&rsquo;un espace mythique, d&rsquo;un presque rien miraculeux, inaccessible, insaisissable.<br \/> Ce paradoxe devenait de plus en plus pr&eacute;sent et incontournable dans ce qui se tramait autour du cr&acirc;ne de Gertrude.<br \/> Il m&rsquo;a sembl&eacute; indispensable de mener l&rsquo;exp&eacute;rience plus loin, de lui faire franchir une nouvelle &eacute;tape. C&rsquo;est dans cet objectif que le trois janvier deux mille huit, je mis Gertrude en ligne sur Internet. Je cr&eacute;ai un Blog, ce qui signifie &laquo; journal intime &raquo;, terme paradoxal pour d&eacute;signer une intimit&eacute; dans le lieu le moins intime du monde. Le blog de Gertrude, le journal intime de Gertrude. Un intitul&eacute; qui sied compl&egrave;tement &agrave; Gertrude.<\/p>\n<p> &Agrave; pr&eacute;sent, je marque un temps d&rsquo;arr&ecirc;t, pour vous avertir, sympathique visiteur, vous qui &agrave; cet instant m&ecirc;me, &ecirc;tes en train de m&rsquo;&eacute;couter et de regarder cette vid&eacute;o. Vous qui allez peut-&ecirc;tre &eacute;crire un commentaire sous cet article, vous qui allez peut-&ecirc;tre parcourir les blogs de Gertrude en qu&ecirc;te d&rsquo;informations suppl&eacute;mentaires, vous qui laisserez des traces de votre passage, sachez que vous &ecirc;tes d&eacute;j&agrave; inscrit dans l&rsquo;histoire de Gertrude, que vous faites d&eacute;j&agrave; partie de ses plans, que vous &ecirc;tes un &eacute;l&eacute;ment de sa strat&eacute;gie. Ce que vous allez entendre maintenant est l&agrave; pour vous d&eacute;montrer que sans vous, sans votre humanit&eacute;, cet espace virtuel n&rsquo;aurait aucun sens. Car je vais vous raconter une incroyable histoire ; ce qui fait de ce blog une aventure unique et qu&rsquo;il m&rsquo;est impossible &agrave; ce stade du r&eacute;cit de passer sous silence. S&ucirc;rement, aurez-vous le sentiment de vous retrouver voyeur, presque pi&eacute;g&eacute;, et de surprendre Gertrude dans son intimit&eacute;. Il me plait de vous placer dans cette situation d&eacute;licate, car il est aussi de mes intentions de vous d&eacute;ranger, de vous provoquer. Cependant, rien de ce que je vais vous raconter n&rsquo;&eacute;chapperait &agrave; l&rsquo;&oelig;il averti et l&rsquo;oreille attentive qui saurait parcourir pas &agrave; pas les m&eacute;andres des blogs de Gertrude. Peut-&ecirc;tre, &agrave; l&rsquo;&eacute;coute de mes paroles, vous appr&ecirc;tez-vous en ce moment &agrave; appuyer sur le bouton de d&eacute;connexion. &Agrave; votre guise. Mais c&rsquo;est trop tard ; cela peut aussi vous arriver : vous &ecirc;tes dans la toile de Gertrude.<\/p>\n<p> En trois clics de souris, avec une facilit&eacute; de mise en &oelig;uvre d&eacute;concertante, l&rsquo;aventure de Gertrude sur Internet commen&ccedil;a, son blog fut cr&eacute;&eacute;.<br \/> Mais il n&rsquo;&eacute;tait pas question de faire de ce site une vitrine ou un nouveau dispositif de pr&eacute;sentation pour mes r&eacute;alisations sur Gertrude. Mais plut&ocirc;t d&rsquo;utiliser Internet comme un nouveau m&eacute;dium, de faire de ce blog la r&eacute;alisation m&ecirc;me.<br \/> Au d&eacute;part j&rsquo;avais des pr&eacute;jug&eacute;s assez n&eacute;gatifs sur ces sites personnels et sur toutes ces nouvelles formes de communications virtuelles.<br \/> Je ne savais pas du tout &agrave; quoi m&rsquo;attendre dans cette mise en ligne, je voulais juste qu&rsquo;il se produise quelque chose. Avec Gertrude en point central.<br \/> Le message initial &eacute;tait clair : Gertrude attendait dans son site que quelqu&rsquo;un passe ; elle annon&ccedil;ait qu&rsquo;elle r&eacute;pondrait &agrave; tous les commentaires. C&rsquo;&eacute;tait comme une invitation &agrave; ce monde inconnu d&rsquo;Internet, comme dans une parodie ou une fiction de possibles relations sociales.<br \/> Dans ce monde virtuel des blogs, chacun poss&egrave;de son espace ; autant de petits territoires juxtapos&eacute;s qui peuvent se rejoindre dans des communaut&eacute;s d&rsquo;id&eacute;es ou d&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t, bien souvent improbables et superficielles. Chacun man&oelig;uvre, navigue dans cette mosa&iuml;que de petits lieux entre visites de courtoisie, v&eacute;ritables affinit&eacute;s ou petits r&egrave;glements de compte.<br \/> Gertrude, elle, a choisi : elle est misanthrope, comme moi. Il n&rsquo;est pas question pour elle d&rsquo;aller &eacute;grener des banalit&eacute;s sous pr&eacute;texte de conna&icirc;tre du monde ; elle pr&eacute;f&egrave;re &ecirc;tre seule que mal accompagn&eacute;e, m&ecirc;me si c&rsquo;est au d&eacute;triment du taux de fr&eacute;quentation de son blog. J&rsquo;avoue piteusement que ce taux stagne lamentablement depuis le d&eacute;but de cette aventure et qu&rsquo;il est au plus bas en ce moment.<br \/> Cela ne m&rsquo;emp&ecirc;che pas d&rsquo;en consulter quotidiennement toutes les donn&eacute;es statistiques ; je suis fascin&eacute;e par ces visites anonymes souvent silencieuses, ces recherches improbables dont une branche de l&rsquo;arborescence aboutit quelquefois dans mon minuscule terrain de jeu au milieu de l&rsquo;immense nulle part d&rsquo;Internet.<br \/> Gertrude, pourtant, un mois apr&egrave;s sa mise en ligne, s&rsquo;inscrivit dans quelques communaut&eacute;s &agrave; vocations plus ou moins artistiques. Puis elle attendit. Pas tr&egrave;s longtemps.<br \/> &Agrave; la mi-f&eacute;vrier, quelqu&rsquo;un laissa un commentaire sous un article. L&rsquo;article s&rsquo;intitulait &laquo; Une apparition de Gertrude &raquo;, c&rsquo;&eacute;tait une vid&eacute;o de quelques secondes ;<br \/> C&rsquo;est quelque chose de vraiment &eacute;trange. Une personne dans un lieu inconnu, dans une autre r&eacute;alit&eacute;, &eacute;crit avec son clavier des mots qui concerne ce que j&rsquo;ai r&eacute;alis&eacute;. Peut-&ecirc;tre est-il l&agrave; dans un temps simultan&eacute; au mien.<br \/> &Agrave; ce commentaire sont attach&eacute;s une signature et un lien vers un autre site. Un clic suffit et mon espace bascule. Je me retrouve dans le territoire de l&rsquo;autre, la sensation de m&rsquo;introduire dans un espace priv&eacute;.<br \/> Je ne sais pourquoi je n&rsquo;ai jamais r&eacute;pondu &agrave; ce premier commentaire ; par contre je sais que j&rsquo;ai arpent&eacute; attentivement le blog de cet interlocuteur &agrave; la recherche de ses motivations envers le blog de Gertrude. J&rsquo;&eacute;tais assez perplexe devant les images de ce site tr&egrave;s contrast&eacute;, dans lequel je ne comprenais pas tout et dont je ne saisissais pas d&rsquo;embl&eacute;e la coh&eacute;rence ; j&rsquo;en retenais surtout certaines couleurs violentes, certaines images et propos provocants et des textes po&eacute;tiques.<br \/> J&rsquo;&eacute;tais suffisamment intrigu&eacute;e pour entreprendre la r&eacute;alisation d&rsquo;une Relique, la Relique Bling-Bling. Cette initiative &eacute;tait totalement in&eacute;dite ; c&rsquo;&eacute;tait la premi&egrave;re relique r&eacute;alis&eacute;e en fonction de cette mise en ligne, motiv&eacute;e par un &eacute;v&eacute;nement s&rsquo;y produisant, et un site ext&eacute;rieur. Je fabriquai cette relique, bien s&ucirc;r, &agrave; partir d&rsquo;un objet achet&eacute; sur Internet, des mois auparavant, objet auquel je n&rsquo;avais pas encore trouv&eacute; d&rsquo;usage, d&rsquo;autant plus que la transaction s&rsquo;&eacute;tait assez mal pass&eacute;e et s&rsquo;av&eacute;rait &ecirc;tre une arnaque. Ce dernier d&eacute;tail fonctionnait assez bien avec le c&ocirc;t&eacute; clinquant et provocateur que je souhaitais donner &agrave; cette relique.<br \/> Je publiai une photographie de ma r&eacute;alisation et for&ccedil;ais le trait en la d&eacute;diant ouvertement &agrave; mon nouvel interlocuteur. C&rsquo;&eacute;tait mon premier acte interactif. La r&eacute;ponse ne se fit pas attendre et &eacute;tait &agrave; la hauteur de mes esp&eacute;rances. Cette fois je r&eacute;pondis &agrave; ce long commentaire original et plein d&rsquo;humour, qui me plut d&rsquo;embl&eacute;e.<br \/> Je compris &agrave; l&rsquo;instant m&ecirc;me o&ugrave; je lisais ces mots que j&rsquo;avais gagn&eacute; mon pari, celui de faire de ce blog un &eacute;v&eacute;nement permanent. La conduite de Gertrude en ligne se dessinait clairement. Le blog devenait &eacute;ponge de ce qui lui &eacute;tait apport&eacute;, les articles seraient r&eacute;ponses et adaptations aux situations.<br \/> Ce fut imm&eacute;diatement une nouvelle issue et un formidable moteur &agrave; ma pratique qui s&rsquo;engageait dans une course effr&eacute;n&eacute;e, presque une fuite en avant. De plus je d&eacute;couvrais les fabuleuses possibilit&eacute;s de mise en r&eacute;seau de ces espaces qui pouvaient rester &agrave; s&rsquo;ignorer, ou au contraire, pouvaient multiplier les liens, les raccourcis magiques, les passages secrets.<br \/> J&rsquo;&eacute;prouvai rapidement une v&eacute;ritable passion pour cette activit&eacute; envers laquelle j&rsquo;avais auparavant tant de d&eacute;fiance ; je voulais que la construction en soit parfaite dans l&rsquo;espace et dans le temps, qu&rsquo;elle ob&eacute;isse &agrave; une coh&eacute;rence irr&eacute;prochable, &agrave; une logique articulaire imparable. J&rsquo;y passai beaucoup de temps et pris &eacute;norm&eacute;ment de notes. C&rsquo;&eacute;tait presque une exp&eacute;rience scientifique o&ugrave; j&rsquo;agissais et en m&ecirc;me temps je me regardai agir.<br \/> Mon premier interlocuteur fut &eacute;galement celui qui participa &agrave; cette construction durant de longs mois ; par la force des choses, malgr&eacute; lui, malgr&eacute; moi, il se trouve donc li&eacute; &agrave; cette aventure. Nous &eacute;change&acirc;mes de fa&ccedil;on quasi quotidienne sur un mode de plus en plus exclusif, multipliant astuces et jeux de mots, cr&eacute;ant tout un code et un bestiaire dont nous sommes seuls &agrave; d&eacute;tenir les arcanes. La po&eacute;sie surr&eacute;aliste, l&rsquo;esprit Dada, les Chants de Maldoror et bien d&rsquo;autres r&eacute;f&eacute;rences furent autant de terrains de jeu au maniement du verbe et des images, que nous nous renvoyions en miroirs dans nos blogs, et &agrave; ce dialogue passionnant qui se poursuivaient &agrave; tous les &eacute;tages de nos deux espaces virtuels respectifs.<br \/> Ces propos devinrent aussi importants que le contenu des articles eux-m&ecirc;mes, c&rsquo;en &eacute;taient des r&eacute;ponses autant que des catalyseurs d&rsquo;&eacute;v&eacute;nements.<br \/> J&rsquo;avais souhait&eacute; tout &agrave; fait clairement et sciemment le blog de Gertrude comme provocant ; dans le sens o&ugrave; il devait susciter la r&eacute;action de la part des visiteurs. Ce qui s&rsquo;est instaur&eacute; d&rsquo;embl&eacute;e avec ce premier interlocuteur inesp&eacute;r&eacute; et tr&egrave;s vite incontournable, m&rsquo;encouragea naturellement dans ce sens. Ainsi je n&rsquo;h&eacute;sitai pas &agrave; utiliser toutes les ficelles de la s&eacute;duction, du suspens, de l&rsquo;&eacute;nigme, de l&rsquo;intrigue ; et je le reconnais, avec un certain succ&egrave;s. Et ceci, gr&acirc;ce au talent de mon interlocuteur qui &eacute;tait &agrave; la hauteur de mes ambitions.<br \/> Je pense que ce dernier, de fa&ccedil;on intuitive, comprit imm&eacute;diatement la nature de mon jeu et c&rsquo;est bien pour cela que je me permets de vous en parler, car s&rsquo;il m&rsquo;&eacute;coute, il saura exactement de quoi je parle, car il sait qu&rsquo;il a su man&oelig;uvrer sans v&eacute;ritablement se faire pi&eacute;ger. Il entra sans r&eacute;ticence dans le dispositif Gertrude mais sans pour autant se faire instrumentaliser et tout en gardant ce qui le rendait si int&eacute;ressant, son impr&eacute;visibilit&eacute;.<br \/> Je composai et construisais d&rsquo;&eacute;v&eacute;nements en &eacute;v&eacute;nements, toujours sur le fil de cet impr&eacute;vu ; la devise de Gertrude devint : &laquo; rien n&rsquo;&eacute;tait pr&eacute;vu, mais rien ne sera laiss&eacute; au hasard &raquo;. Mon but &eacute;tait donc d&rsquo;exploiter au maximum tout ce qui pouvait entrer en r&eacute;sonance avec Gertrude.<br \/> Je reconnais qu&rsquo;au d&eacute;but de cette aventure, cette derni&egrave;re &eacute;tait dans une telle ad&eacute;quation &agrave; mon projet, que je consid&eacute;rais cet interlocuteur comme un des param&egrave;tres essentiels de l&rsquo;exp&eacute;rience, oubliant qu&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;une personne. Il &eacute;tait pour moi tout &agrave; fait envisageable de pousser ma provocation tr&egrave;s loin et, par l&agrave; m&ecirc;me, de mener le blog &agrave; l&rsquo;implosion. Ce dernier pouvait dispara&icirc;tre au bout de quelques semaines et apr&egrave;s moi, le d&eacute;luge. Peu m&rsquo;importait ce que pouvait penser un visiteur anonyme de passage. ; peu m&rsquo;importait surtout son ressenti ou ses v&eacute;ritables intentions.<br \/> Ce qui m&rsquo;importait, c&rsquo;&eacute;tait la m&eacute;tamorphose de Gertrude : d&rsquo;objet elle devenait sujet et, pour elle, il s&rsquo;agissait d&rsquo;aller le plus loin possible dans cette qu&ecirc;te de suppl&eacute;ment d&rsquo;&acirc;me qu&rsquo;elle avait entreprise dans les reliques ; &agrave; ce stade et face &agrave; un tel interlocuteur, il &eacute;tait impensable de faire l&rsquo;&eacute;conomie d&rsquo;une exp&eacute;rience plus dangereuse, celle de l&rsquo;affect. Il &eacute;tait trop tentant de faire perdre un peu de raison &agrave; Gertrude au profit du sentiment.<br \/> Et c&rsquo;est l&agrave; que tout devint plus complexe, et que l&rsquo;aventure du blog de Gertrude perdit sa clart&eacute; de d&eacute;monstration ; Mais c&rsquo;&eacute;tait in&eacute;vitable, car rendre Gertrude plus entreprenante dans sa progression, sous entendait, bien s&ucirc;r, engager ma propre personne, cette personne qui se faisait passer pour Gertrude, mais &agrave; qui en v&eacute;rit&eacute; l&rsquo;interlocuteur s&rsquo;adressait. J&rsquo;&eacute;tais jusque-l&agrave; soigneusement et confortablement cach&eacute;e derri&egrave;re le personnage de Gertrude. Je d&eacute;cidai pourtant de me montrer un peu plus et juste ce qu&rsquo;il fallait.<br \/> Et ce qui caract&eacute;rise justement ce genre de d&eacute;marche, c&rsquo;est qu&rsquo;elle n&rsquo;est valable que dans une certaine perte de contr&ocirc;le. Autrement dit, j&rsquo;ai d&eacute;cid&eacute; cette perte de contr&ocirc;le, mais je l&rsquo;ai &eacute;galement subie. C&rsquo;&eacute;tait, en effet, pour moi accepter d&rsquo;&ecirc;tre vuln&eacute;rable &agrave; cette relation humaine qui s&rsquo;installait rapidement, et m&rsquo;autoriser &agrave; ressentir de l&rsquo;amiti&eacute; pour cette personne inconnue : En quelque sorte la rendre indispensable &agrave; Gertrude et par la force des choses &agrave; moi. C&rsquo;&eacute;tait aussi envisager la souffrance, la d&eacute;ception, le manque, autant d&rsquo;&eacute;motions li&eacute;es &agrave; la rencontre entre &ecirc;tres humains. C&rsquo;&eacute;tait aussi perdre de fa&ccedil;on irr&eacute;versible mon indiff&eacute;rence envers l&rsquo;avenir du blog et au ressenti de mon interlocuteur.<br \/> Il est &eacute;vident que l&agrave;, j&rsquo;ai d&eacute;cid&eacute; d&rsquo;assumer une v&eacute;ritable contradiction dans ma d&eacute;marche, que j&rsquo;ai &eacute;t&eacute; sciemment &agrave; l&rsquo;encontre de mon projet initial qui s&rsquo;&eacute;tait donn&eacute; comme r&egrave;gle justement de ne pas m&eacute;langer l&rsquo;artistique avec le personnel, de ne pas m&ecirc;ler ma personne &agrave; Gertrude, et de ne pas engager mon affect.<br \/> De plus, j&rsquo;&eacute;tais bien consciente que j&rsquo;invitais mon interlocuteur &agrave; se rapprocher dangereusement de Gertrude ; je me pose encore la question de savoir s&rsquo;il y a l&agrave; tricherie de ma part, quelle fut la part d&rsquo;illusion et de v&eacute;rit&eacute; dans cette relation virtuelle.<br \/> Mais je suis s&ucirc;re d&rsquo;une chose, et je suis tr&egrave;s fi&egrave;re de le dire, la situation n&rsquo;a jamais d&eacute;rap&eacute;. Mon interlocuteur et moi avons surf&eacute; sur l&rsquo;&eacute;quivoque, au vu et au su de tout le monde, ce qui rendait l&rsquo;aventure d&rsquo;autant plus int&eacute;ressante, nous avons chemin&eacute; avec pr&eacute;caution sur le fil tendu de nos &eacute;motions, nous avons march&eacute; pas &agrave; pas sur la fragilit&eacute; d&rsquo;un sentiment amical teint&eacute; de s&eacute;duction, mais nous avons eu la lucidit&eacute; de ne jamais tomber dans ce qui aurait &eacute;t&eacute; une relation personnelle. Nous n&rsquo;avons jamais perdu de vue qu&rsquo;il ne s&rsquo;agissait l&agrave; que d&rsquo;une complicit&eacute; intellectuelle, artistique et virtuelle.<br \/> Je salue ici la grande intelligence de cet interlocuteur, et le vrai artiste qu&rsquo;il est, qui sut toujours &ecirc;tre &agrave; l&rsquo;unisson de ma conscience, qui sut toujours &ecirc;tre &agrave; la hauteur de mon entreprise, qui sut garder suffisamment d&rsquo;ind&eacute;pendance face &agrave; l&rsquo;ambigu&iuml;t&eacute; de mes man&oelig;uvres tout en les servant merveilleusement bien.<br \/> Notre connivence fut telle que, par un accord tacite, nous &eacute;rige&acirc;mes naturellement des garde-fous, &laquo; nota bene &raquo; et autres &laquo; comit&eacute; des tiques roses &raquo;, qui proclamaient le caract&egrave;re artistique de cette interaction aussi bien &agrave; ceux qui nous lisaient qu&rsquo;&agrave; nous-m&ecirc;mes.<br \/> Je crois d&rsquo;ailleurs que nous jou&acirc;mes et sur jou&acirc;mes d&rsquo;autant plus des &eacute;quivoques de cette conversation, que cette derni&egrave;re &eacute;tait donn&eacute;e &agrave; voir au regard potentiel de tous, en ce lieu d&rsquo;Internet. Il est &eacute;vident que cet &eacute;change aurait &eacute;t&eacute; tout autre et s&ucirc;rement plus r&eacute;serv&eacute; dans le secret d&rsquo;une correspondance classique.<br \/> Maintenant je ne suis pas tout &agrave; fait s&ucirc;re que le ressenti de mon interlocuteur vis-&agrave;-vis de cet &eacute;talage soit tout &agrave; fait aussi d&eacute;tendu que le mien ; mais pour moi, ce fut l&rsquo;&eacute;blouissant et hallucinant accomplissement de mon projet Gertrude ; cette aventure allait au-del&agrave; de tout ce que j&rsquo;avais imagin&eacute; aussi bien dans sa dur&eacute;e que dans la qualit&eacute; magn&eacute;tique de la connexion.<br \/> C&rsquo;est pour cela que j&rsquo;ai d&eacute;cid&eacute; de n&rsquo;&eacute;prouver aucun sentiment de culpabilit&eacute; ni de regret, de l&rsquo;avoir v&eacute;cu, et de le raconter avec fiert&eacute; aujourd&rsquo;hui.<br \/> Tout cela pour dire que le mode de fonctionnement instaur&eacute; dans cette exp&eacute;rience virtuelle jouait et se jouait des distances paradoxales d&rsquo;Internet, d&rsquo;une part la grande proximit&eacute; o&ugrave; nous pla&ccedil;ait cette conversation, d&rsquo;autre part l&rsquo;&eacute;loignement physique r&eacute;el et l&rsquo;incommensurable de l&rsquo;inconnu. Avec entre les deux, l&rsquo;intangible fronti&egrave;re que repr&eacute;sentait l&rsquo;Interface, ce passage passionnant quasi insensible entre r&eacute;el ou virtuel, un lieu inattendu si similaire &agrave; l&rsquo;Inframince de Marcel Duchamp, qui fut une v&eacute;ritable d&eacute;couverte pour moi et qui s&rsquo;adaptait parfaitement &agrave; cette dualit&eacute; d&eacute;j&agrave; contenue dans les reliques, sortes de bricolages mat&eacute;riels des m&eacute;moires fantasm&eacute;es.<br \/> La logique &eacute;tait bien &eacute;videmment d&rsquo;aller taquiner cette fronti&egrave;re, et d&rsquo;en explorer les &eacute;ventuels points de rupture. La bulle virtuelle craqua bel et bien quand nous franch&icirc;mes un pas de plus dans l&rsquo;interaction entre nos deux blogs.<br \/> Jusqu&rsquo;ici, nous avions multipli&eacute; les liens et les glissements d&rsquo;images d&rsquo;un site &agrave; l&rsquo;autre, uniquement par le biais du virtuel, puis il arriva que nous fissions aussi circuler les objets dans la r&eacute;alit&eacute; ; ainsi deux objets furent envoy&eacute;s par la poste et franchirent la distance r&eacute;elle qui nous s&eacute;parait.<br \/> Le premier &eacute;tait une petite tirelire en fonte en forme de cochon ail&eacute;, dont la photographie faisait l&rsquo;objet d&rsquo;un article dans le blog de mon interlocuteur. Envoy&eacute;e par ce dernier, elle s&rsquo;est retrouv&eacute;e chez moi en tant que messager pr&eacute;curseur d&rsquo;une de mes r&eacute;alisations &agrave; venir, j&rsquo;en parlerai tout &agrave; l&rsquo;heure.<br \/> Le deuxi&egrave;me &eacute;tait une petite relique, la Relique Bleue, que j&rsquo;ai r&eacute;alis&eacute;e expr&egrave;s et offerte &agrave; mon interlocuteur ; je la lui envoyai dans le dessein pr&eacute;cis de provoquer une prise de vue photographique de sa part, j&rsquo;avais constat&eacute; ses talents en ce domaine, et une mise en ligne de cette photographie, avec ce que cela comportait d&rsquo;impr&eacute;visible. Je ne vous d&eacute;crirai pas les d&eacute;tails de cette exp&eacute;rience, car ils sont constatables par quiconque veut bien prendre la peine de visiter nos sites.<br \/> Ces deux actes d&rsquo;apparence anodine, ne semblaient pas comporter plus de cons&eacute;quence que les &eacute;changes d&rsquo;objets suite aux achats sur Internet, sauf que, l&agrave;, ils n&rsquo;&eacute;taient pas motiv&eacute;s par la transaction et &eacute;taient par leur gratuit&eacute;, certainement plus charg&eacute;s encore de personnel et d&rsquo;humanit&eacute;.<br \/> Ce surplus d&rsquo;&acirc;me les rendait certes plus passionnants, mais aussi nettement plus dangereux ; &agrave; ce moment, j&rsquo;ai eu des doutes quant &agrave; l&rsquo;innocuit&eacute; de mon exp&eacute;rience Gertrude. Et c&rsquo;est s&ucirc;rement pour cela que, pendant que la Relique Bleue voyageait &agrave; la rencontre de la r&eacute;alit&eacute; de mon interlocuteur, le huit mai, je cr&eacute;ai un deuxi&egrave;me blog, le blog de Gertrude Rose. En r&eacute;f&eacute;rence &agrave; Marcel Duchamp, il s&rsquo;agissait de cr&eacute;er un double approximatif de Gertrude, sorte de soupape d&rsquo;autod&eacute;rision capable de distancier les aventures de Gertrude, de les &eacute;loigner de ma personne et d&rsquo;en d&eacute;dramatiser l&rsquo;&eacute;quivoque par l&rsquo;ironie.<br \/> Ce fut aussi lors d&rsquo;une p&eacute;riode d&rsquo;incertitude, plus difficile que la pr&eacute;c&eacute;dente, que je cr&eacute;ai le quinze juillet le blog de Gertrude Noire. Ce dernier blog n&rsquo;a pas de fonction aussi pr&eacute;cise que le blog rose, mais compense peut-&ecirc;tre la volubilit&eacute;, et la fuite en avant des deux premiers. Chacun pourra associer au rose et au noir d&rsquo;une part Eros et d&rsquo;autre part Thanatos, mais je ne suis pas si s&ucirc;re que les symboles se distribuent de fa&ccedil;on aussi &eacute;vidente dans le personnage tripartite qu&rsquo;est devenue Gertrude. Les trois blogs me permettent &agrave; pr&eacute;sent de dire trois fois la m&ecirc;me chose avec des &eacute;clairages diff&eacute;rents.<br \/> Quand le blog noir est apparu, je venais de terminer ma derni&egrave;re r&eacute;alisation interactive, qui &eacute;tait aussi la plus compl&egrave;te, la plus aboutie dans cette aventure &agrave; quatre mains. Le projet en &eacute;tait n&eacute;, comme une boutade, entre mon interlocuteur et moi, parmi toutes celles &eacute;crites sous les articles des diff&eacute;rents blogs ; pour reprendre la phrase d&rsquo;Isidore Ducasse, elle devait &ecirc;tre belle &laquo; comme la rencontre fortuite sur une table de dissection d&rsquo;une machine &agrave; coudre et d&rsquo;un parapluie &raquo;. Elle devait s&rsquo;intituler R&eacute;elle Relique, car elle &eacute;tait cens&eacute;e cristalliser dans le r&eacute;el les signes, les codes, tout le vocabulaire qui s&rsquo;&eacute;tait construit au fil de cette conversation virtuelle.<br \/> Elle fut pr&eacute;figur&eacute;e au d&eacute;part par la r&eacute;union de deux petits messagers, deux objets identiques qui &eacute;taient la tirelire en fonte envoy&eacute;e par mon interlocuteur et sa jumelle achet&eacute;e par moi sur Internet. Ces deux objets portaient avec eux d&rsquo;une part toute l&rsquo;histoire de Gertrude par rapport aux achats improbables sur Internet, d&rsquo;autre part l&rsquo;interp&eacute;n&eacute;tration entre r&eacute;el et virtuel de nos tours de passe-passe d&rsquo;un blog &agrave; l&rsquo;autre ; Le petit cochon ail&eacute; apparaissait ainsi tant&ocirc;t chez l&rsquo;un, tant&ocirc;t chez l&rsquo;autre, pour parfois &ecirc;tre deux, pour r&eacute;appara&icirc;tre un enfin &agrave; son point de d&eacute;part&hellip; Deux et un, bien s&ucirc;r, comme ce qui serait mis en d&eacute;monstration dans la R&eacute;elle Relique ; deux et un, comme la connivence entre deux artistes tr&egrave;s diff&eacute;rents dont la rencontre improbable et inattendue &eacute;tait &agrave; mettre sur le compte de l&rsquo;&eacute;trange espace d&rsquo;Internet.<br \/> Cette Relique &eacute;tait comme un d&eacute;fi, celui de franchir une &eacute;tape de plus dans l&rsquo;interaction ; elle devait, dans mon id&eacute;e, un peu plus loin que la Relique Bleue, appartenir aux deux artistes concern&eacute;s et proc&eacute;der de leur intervention commune aussi bien dans sa r&eacute;alisation que dans sa mise en ligne ; mais rien, absolument rien, ne s&rsquo;est d&eacute;roul&eacute; comme je l&rsquo;avais pr&eacute;vu. Au point que j&rsquo;ai pu la qualifier, un moment de maudite.<br \/> En effet, il y eut une succession d&rsquo;&eacute;v&eacute;nements ext&eacute;rieurs mais ind&eacute;pendants les uns des autres qui entrav&egrave;rent mes projets. Ces &eacute;v&eacute;nements n&rsquo;ont aucun int&eacute;r&ecirc;t en soi et n&rsquo;ont pas &agrave; &ecirc;tres relat&eacute;s ici ; toujours est-il que j&rsquo;entrepris fin ao&ucirc;t une mise en ligne de cette relique qui n&rsquo;avait plus rien &agrave; voir avec mes intentions de d&eacute;part.<br \/> Je ne d&eacute;crirai pas cette Relique, car je ne l&rsquo;ai encore jamais publi&eacute;e en entier, dans sa globalit&eacute;, et il est possible que je ne le fasse jamais. Ce que je peux dire c&rsquo;est qu&rsquo;elle comprend neuf parties, ou neuf divisions, chacune mettant en d&eacute;bat une dualit&eacute; comme temps\/&eacute;ternit&eacute;, plomb\/plume, distance\/proximit&eacute; et c&hellip;<br \/> Des sortes de cases dialectiques qu&rsquo;on peut ouvrir comme des tiroirs, autant de paradigmes d&eacute;veloppant &agrave; chaque fois une part de la cosmogonie paradoxale n&eacute;e de la rencontre de deux espaces virtuels.<br \/> La publication en &eacute;tait progressive et comprenait le d&eacute;voilement &eacute;tape par &eacute;tape de ces neuf cases ou stations. L&rsquo;op&eacute;ration s&rsquo;est arr&ecirc;t&eacute;e &agrave; six, &agrave; une station intitul&eacute;e &laquo; l&rsquo;&Eacute;l&eacute;gance du d&eacute;sespoir &raquo;. Elle devait pourtant se terminer sur la station au chiffre invers&eacute;, neuf, et qui, contrairement au d&eacute;sespoir, ouvrait &agrave; cette relique la possibilit&eacute; de son ach&egrave;vement. Car la particularit&eacute; justement de cette r&eacute;alisation est d&rsquo;&ecirc;tre inachev&eacute;e.<br \/> En v&eacute;rit&eacute; la publication de cette relique a &eacute;t&eacute; stopp&eacute;e net par un &eacute;v&eacute;nement ext&eacute;rieur compl&egrave;tement ind&eacute;pendant de ma volont&eacute; ; &eacute;v&eacute;nement, qui encore une fois, n&rsquo;a pas &agrave; &ecirc;tre &eacute;voqu&eacute; ici.<br \/> Seuls les effets m&rsquo;int&eacute;ressent. Et il est difficile de ne pas lire les signes dans le jeu du hasard. Cet &eacute;v&eacute;nement arrive comme point final d&rsquo;une succession d&rsquo;autres &eacute;voqu&eacute;s plus haut, et comme dans une logique imparable de ce que tenterait de d&eacute;montrer cette relique, d&rsquo;une part dans son d&eacute;voilement partiel et dans son inach&egrave;vement suspendu ; Dans ses secrets jamais r&eacute;v&eacute;l&eacute;s et ses territoires laiss&eacute;s aux friches de l&rsquo;avenir, la Relique symbolise peut-&ecirc;tre l&rsquo;impossible fini de l&rsquo;espace incommensurable d&rsquo;Internet et de ses rapports &eacute;tranges. N&rsquo;est-elle pas l&rsquo;apoth&eacute;ose, le point d&rsquo;orgue de cette superbe aventure virtuelle dont l&rsquo;echo magn&eacute;tique n&rsquo;en finira pas de r&eacute;sonner au fond du cr&acirc;ne de Gertrude.<\/p>\n<p> J&rsquo;en arrive ainsi &agrave; la crois&eacute;e des chemins que j&rsquo;&eacute;voquai au d&eacute;but de ce texte. Gertrude tourne une page de son histoire ; elle va bifurquer, elle est chang&eacute;e &agrave; jamais. Elle ne sait si elle n&eacute;gociera son virage en angle droit ou si elle suivra quelque ancienne orni&egrave;re. Plus que jamais sa devise est &laquo; Rien n&rsquo;&eacute;tait pr&eacute;vu, mais rien ne sera laiss&eacute; au hasard. &raquo;<\/p>\n<p> Car des petits cailloux du hasard sem&eacute;s sur sa route, Gertrude construira son palais.<br \/> Car du hasard qui lui fera obstacle, Gertrude tirera sa force.<br \/> Gertrude est une fiction,<br \/> Ce texte est une de ses strat&eacute;gies, et vous y &ecirc;tes.<\/p>\n<p> &nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n<p><\/span><\/strong><\/span> <\/p>\n<div style=\"text-align: right;\"><span style=\"font-size: 12pt;\"><strong><span style=\"font-family: times new roman,times;\">Juliette Charpentier<\/span><\/strong><br \/> <strong><span style=\"font-family: times new roman,times;\">Paris le 29 septembre 2008.<\/span><\/strong><\/span><\/div>\n<div class=\"clear\">&nbsp;<\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<div id=\"fb-root\" class=\"fb_reset\">\n<div style=\"position: absolute; top: -10000px; height: 0px; width: 0px;\"><iframe loading=\"lazy\" id=\"fb_xdm_frame_http\" title=\"Facebook Cross Domain Communication Frame\" src=\"http:\/\/static.ak.facebook.com\/connect\/xd_arbiter\/7r8gQb8MIqE.js?version=41#channel=f2a3e3aa4c68254&amp;origin=http%3A%2F%2Fgertrude.over-blog.org\" frameborder=\"0\" scrolling=\"no\" width=\"300\" height=\"150\" allowtransparency=\"true\"><\/iframe><iframe loading=\"lazy\" id=\"fb_xdm_frame_https\" title=\"Facebook Cross Domain Communication Frame\" src=\"https:\/\/s-static.ak.facebook.com\/connect\/xd_arbiter\/7r8gQb8MIqE.js?version=41#channel=f2a3e3aa4c68254&amp;origin=http%3A%2F%2Fgertrude.over-blog.org\" frameborder=\"0\" scrolling=\"no\" width=\"300\" height=\"150\" allowtransparency=\"true\"><\/iframe><\/div>\n<div style=\"position: absolute; top: -10000px; height: 0px; width: 0px;\">&nbsp;<\/div>\n<\/p><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; &nbsp; La v&eacute;rit&eacute; en Gertrude. Texte lu dans la vid&eacute;o de l&rsquo;article: La V&eacute;rit&eacute; en Gertrude &laquo; Je vous dois la v&eacute;rit&eacute; en peinture et je vous la dirai. &raquo; Aujourd&rsquo;hui je fais mienne cette magnifique phrase de C&eacute;zanne en rempla&ccedil;ant le mot Peinture par Gertrude ; ce qui pour moi &eacute;quivaut &agrave; la &hellip; <a href=\"https:\/\/juliettecharpentier.fr\/gertrudes\/la-verite-en-gertrude-p941516\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;La v\u00e9rit\u00e9 en Gertrude&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-232","page","type-page","status-publish","hentry"],"post_mailing_queue_ids":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/juliettecharpentier.fr\/gertrudes\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/232","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/juliettecharpentier.fr\/gertrudes\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/juliettecharpentier.fr\/gertrudes\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliettecharpentier.fr\/gertrudes\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliettecharpentier.fr\/gertrudes\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=232"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/juliettecharpentier.fr\/gertrudes\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/232\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/juliettecharpentier.fr\/gertrudes\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=232"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}