{"id":343,"date":"2016-04-17T00:00:00","date_gmt":"2016-04-16T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/juliettecharpentier.fr\/gertrudes\/peindre-des-coquillages-p867464\/"},"modified":"2016-04-17T00:00:00","modified_gmt":"2016-04-16T22:00:00","slug":"peindre-des-coquillages-p867464","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/juliettecharpentier.fr\/gertrudes\/peindre-des-coquillages-p867464\/","title":{"rendered":"Peindre des coquillages."},"content":{"rendered":"<p><span style=\"font-size: 12pt;\"><span style=\"font-family: times new roman,times;\"><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp; <span style=\"font-family: arial black,avant garde;\">Texte dit lors de la vid&eacute;o de l&rsquo;article <em>D&eacute;rive<\/em><\/span><\/strong><\/span><\/span><span style=\"font-size: 12pt;\"><span style=\"font-family: times new roman,times;\"><strong>, 19\/08\/2008<\/strong><\/span><\/span><span style=\"font-size: 12pt;\"><span style=\"font-family: times new roman,times;\"><strong><\/p>\n<p> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Quand j&rsquo;ai r&eacute;alis&eacute; cette vid&eacute;o, mon intention premi&egrave;re &eacute;tait de lui laisser sa bande son originale ; Un peu comme ce que j&rsquo;ai pu faire pr&eacute;c&eacute;demment avec le bruit du m&eacute;tro, le parcours en voiture, ou encore le d&eacute;fil&eacute; du quatorze juillet ; une sorte de collage de r&eacute;alit&eacute; avec tout ce que cela comporte d&rsquo;impr&eacute;visible, de fortuit et d&rsquo;improbable. Ces derni&egrave;res performances (telles que je les appelle) &eacute;taient provoqu&eacute;es et sc&eacute;naris&eacute;es.<br \/> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; L&agrave;, c&rsquo;est un peu diff&eacute;rent : non seulement la vid&eacute;o t&eacute;moigne de certaines de mes activit&eacute;s en vacances, mais les bruits, les conversations qui en font partie, concernent essentiellement ma vie priv&eacute;e et celle des personnes qui accompagnent ma r&eacute;alit&eacute;. Je crois que mon d&eacute;sir de les laisser entendre relevait certes de mon int&eacute;r&ecirc;t pour tous ces petits riens, ces sons, ces mots de tous les jours, de ceux que l&rsquo;on ne per&ccedil;oit plus mais qui prennent tant de sens quand on daigne y pr&ecirc;ter un peu d&rsquo;attention mais aussi essentiellement de l&rsquo;affection que je porte aux personnes qui sont dans le hors champ de cette vid&eacute;o, et de la fiert&eacute; un peu &eacute;go&iuml;ste que je ressens aux moindres indices de leur existence.<br \/> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Cette derni&egrave;re motivation n&rsquo;a rien &agrave; voir avec ce que je veux montrer sur le blog de Gertrude qui, je le rappelle est enti&egrave;rement d&eacute;di&eacute; &agrave; un vieux cr&acirc;ne humain ; ce cr&acirc;ne n&rsquo;a ni famille ni affect &agrave; part ceux que l&rsquo;on veut bien de temps &agrave; autre, lui fantasmer. Donc, tant pis pour les conversations parfois savoureuses tenues sur ce balcon &agrave; la situation surplombante et id&eacute;ale aux &eacute;tudes ethnologiques, jeux favoris auxquels nous nous livrons avec les esprits caustiques et frondeurs qui m&rsquo;entourent.<br \/> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; La p&eacute;riode dite des vacances, est toujours pour moi l&rsquo;occasion de d&eacute;contextualiser en quelque sorte ma pratique, donc de proc&eacute;der autrement qu&rsquo;&agrave; mon habitude. Je prends ainsi un v&eacute;ritable plaisir &agrave; pr&eacute;parer tout un mat&eacute;riel pour mon voyage, de quoi peindre, dessiner, bricoler. Cela ne m&rsquo;emp&ecirc;che pas d&rsquo;oublier toujours quelque chose. J&rsquo;am&egrave;ne aussi des clich&eacute;s de Gertrude, faute d&rsquo;apporter le cr&acirc;ne v&eacute;ritablement. J&rsquo;ai toujours une appr&eacute;hension quand je laisse Gertrude derri&egrave;re moi, car j&rsquo;ai la hantise d&rsquo;un cambriolage possible de mon appartement &agrave; Paris, circonstances pendant lesquelles elle pourrait &ecirc;tre vol&eacute;e ou d&eacute;t&eacute;rior&eacute;e. Je crois qu&rsquo;on pourrait tout me d&eacute;rober sauf elle ; c&rsquo;est pour cela, qu&rsquo;avant de partir, je la cache tr&egrave;s soigneusement. La perte de Gertrude serait pour moi tout &agrave; fait dramatique ; s&ucirc;rement pas aussi grave que la perte d&rsquo;un &ecirc;tre cher, mais du m&ecirc;me ordre. Le temps des vacances et la d&eacute;localisation qu&rsquo;il entra&icirc;ne me permettent, en quelque sorte, une distance avec l&rsquo;objet Gertrude et d&rsquo;aborder Gertrude un peu moins du c&ocirc;t&eacute; du sens et un peu plus du point de vue formel ; d&rsquo;&ecirc;tre plus dans sa topographie en tant que physionomie de l&rsquo;os ; donc, de retrouver dans ma pratique plus de picturalit&eacute;, de plaisir de peindre ou de dessiner ; et m&ecirc;me une certaine l&eacute;g&egrave;ret&eacute; &agrave; redonner &agrave; Gertrude son statut d&rsquo;objet. Emporter des photographies &agrave; la place de Gertrude est comme emporter un souvenir, donc quelque chose qui est d&eacute;j&agrave; lointain.<br \/> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Gertrude est parfois lourde &agrave; porter, m&ecirc;me si c&rsquo;est avec d&eacute;lices que je me noie r&eacute;guli&egrave;rement dans l&rsquo;incommensurable vide que contient son cr&acirc;ne. Travailler sur elle, avec elle, dans elle, c&rsquo;est me laisser, d&rsquo;une certaine fa&ccedil;on, glisser dans un tourbillon, o&ugrave; le sujet Gertrude se confond avec le mien, dans une in&eacute;vitable et vertigineuse perte de contr&ocirc;le, dans l&rsquo;exp&eacute;rience qui consiste &agrave; m&rsquo;&eacute;chapper de moi-m&ecirc;me et du cadre de ma raison. Il m&rsquo;arrive de caresser l&rsquo;id&eacute;e que je m&rsquo;appelle Gertrude, que je suis Gertrude dans l&rsquo;abolition totale du facteur temps, dans la f&eacute;licit&eacute; de l&rsquo;infini immobile que sous entend l&rsquo;&eacute;tat de mort ou dans l&rsquo;ambigu&iuml;t&eacute; d&eacute;licieuse d&rsquo;une personnalit&eacute; emprunt&eacute;e.<br \/> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mais rassurez-vous, il n&rsquo;y a aucune folie l&agrave;-dedans ; c&rsquo;est avec toute ma lucidit&eacute;, en toute conscience et enti&egrave;rement consentante que je m&rsquo;immerge dans cette sensation, que je me livre &agrave; ce jeu tout &agrave; fait similaire aux jeux secrets et int&eacute;rieurs de mon enfance.<br \/> Il est, je crois, inutile de dire que le blog de Gertrude n&rsquo;a fait que pousser le ph&eacute;nom&egrave;ne &agrave; l&rsquo;extr&ecirc;me et r&eacute;pond au-del&agrave; de toutes mes esp&eacute;rances &agrave; mes aspirations dans cette aventure.<br \/> L&rsquo;&eacute;loignement du blog, si je puis m&rsquo;exprimer ainsi, participe aussi de l&rsquo;&eacute;loignement de Gertrude. J&rsquo;ai d&eacute;cid&eacute; ainsi que le blog de Gertrude, ce lieu fictif et virtuel, restait &agrave; Paris. Certes Internet ne participe d&rsquo;aucun lieu g&eacute;ographique pr&eacute;cis et il est th&eacute;oriquement impossible de s&rsquo;en &eacute;loigner en terme de distance r&eacute;elle ; Internet, en cela, serait peut-&ecirc;tre le contraire du lieu du g&eacute;ographe et serait certainement plus proche du lieu illusionniste du peintre. Dans la r&eacute;alit&eacute;, il est tout &agrave; fait envisageable de jalonner un parcours, un voyage et o&ugrave; qu&rsquo;on aille, de visites sur Internet.<br \/> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; L&rsquo;exp&eacute;rience qui consiste pour moi de laisser Internet et le blog de Gertrude bas&eacute;s et attach&eacute;s en un seul lieu, est, dans la pratique de Gertrude, autant charg&eacute;e de sens que de laisser le cr&acirc;ne dans son endroit habituel ; comme si d&eacute;placer le blog, comme d&eacute;placer le cr&acirc;ne, d&eacute;sacraliserait l&rsquo;&ecirc;tre de Gertrude, en banalisant sa pr&eacute;sence. Pour souligner cette appartenance &agrave; un lieu, j&rsquo;ai programm&eacute; pendant mon absence la sortie r&eacute;guli&egrave;re d&rsquo;articles que j&rsquo;ai intitul&eacute;s &laquo; cartes postales &raquo;. Les cartes postales g&eacute;n&eacute;ralement t&eacute;moignent d&rsquo;un d&eacute;placement, celles-ci ont fait le contraire : elles ont affirm&eacute; la localisation de Gertrude tout en montrant son effacement momentan&eacute;. Elles ont &eacute;galement confirm&eacute;, non seulement mon attachement &agrave; cette ville magique qu&rsquo;est Paris, mais aussi la facult&eacute; du blog &agrave; continuer &agrave; compter le temps, m&ecirc;me hors du temps ; le fameux syndrome de la clepsydre, m&eacute;taphore si pertinente et si magn&eacute;tique.<br \/> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Cependant le fait d&rsquo;avoir programm&eacute; ces articles, a eu un effet un peu pervers, celui de me faire garder &agrave; l&rsquo;esprit le calendrier, justement, de cette programmation sans me permettre d&rsquo;oublier le blog.<br \/> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Comme les rep&eacute;rages dans le temps &ndash; il y a ainsi des dates cl&eacute;s qui rythment la logique du blog &ndash; le rep&eacute;rage des lieux me semble tout aussi important m&ecirc;me si cette topographie est assujettie &agrave; des distances virtuelles et tout &agrave; fait paradoxales. Il est ainsi n&eacute;cessaire que je fixe dans une r&eacute;alit&eacute; cette plasticit&eacute; du lieu virtuel pour v&eacute;ritablement prendre des distances.<br \/> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Paris me semble &ecirc;tre le lieu r&eacute;el id&eacute;al justement par son irr&eacute;ductible irr&eacute;alit&eacute; ; il concentre, pour moi, tous les ingr&eacute;dients de la polymorphie, de l&rsquo;insaisissable, d&rsquo;un constant renouveau. Je l&rsquo;aime et le hais &agrave; la fois. Je n&rsquo;y ai pas de racines mais cette ville me manque d&egrave;s que je la quitte ; mon &acirc;me d&rsquo;exil&eacute;e se sent chez elle au-del&agrave; de ma raison.<br \/> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Malgr&eacute; cela, j&rsquo;&eacute;prouve de temps en temps le besoin imp&eacute;rieux de m&rsquo;en &eacute;loigner. La nature, la terre, la mer sont des &eacute;l&eacute;ments vitaux dont je ne saurais me passer. Il est pour moi impossible que je finisse ma vie &agrave; Paris. Je ne peux concevoir la derni&egrave;re partie de mon existence sans l&rsquo;id&eacute;e de poss&eacute;der un lopin de terre m&ecirc;me s&rsquo;il n&rsquo;y a qu&rsquo;une cabane dessus. Mais pour cela, je sais qu&rsquo;il me faudra faire le deuil de Paris, la seule ville indiff&eacute;rente &agrave; la diff&eacute;rence.<br \/> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Quant &agrave; la mer, elle m&rsquo;est li&eacute;e &agrave; jamais et je ne peux la penser que comme l&rsquo;oc&eacute;an sauvage, aux vagues violentes et aux &eacute;tendues vastes et d&eacute;sertes des c&ocirc;tes malgaches de mon enfance, ou comme les r&eacute;cifs du Vanuatu o&ugrave; j&rsquo;ai pass&eacute; mon adolescence ; r&eacute;cifs sur lesquels j&rsquo;ai d&eacute;pens&eacute; le plus clair de mon temps &agrave; la recherche de coquillages, activit&eacute; que je pla&ccedil;ais bien avant mes &eacute;tudes et les relations humaines.<br \/> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; J&rsquo;ai toujours &eacute;t&eacute; fascin&eacute;e par la perfection naturelle des coquillages, aussi bien par leurs formes organiques d&rsquo;exosquelettes, qui sont comme la m&eacute;moire de la chair qui les a quitt&eacute;s, dans la d&eacute;monstration absolue de leur fonctionnalit&eacute;, que leurs couleurs et leurs motifs &eacute;tranges et presque artificiels.<br \/> &nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp; J&rsquo;ai retrouv&eacute; un peu la m&ecirc;me sensation avec le cr&acirc;ne de Gertrude dont je ne me lasse pas de suivre les contours, les articulations, les m&eacute;andres, les soudures. Gertrude est comme un grand coquillage, avec, bien s&ucirc;r, l&rsquo;&eacute;norme diff&eacute;rence d&rsquo;avoir &eacute;t&eacute; un v&eacute;ritable &ecirc;tre humain bien loin d&rsquo;un simple mollusque. Sa fonctionnalit&eacute; est d&rsquo;autant plus &eacute;nigmatique, qu&rsquo;au-del&agrave; de la chair pr&eacute;sum&eacute;e, il y a tout ce qui a trait &agrave; sa nature humaine encore attach&eacute;e aux moindres indices de son anatomie. De la m&ecirc;me fa&ccedil;on qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas deux coquillages semblables, car chacun a &eacute;t&eacute; fa&ccedil;onn&eacute; par son parcours particulier, le cr&acirc;ne de Gertrude ne peut t&eacute;moigner que de son existence unique. C&rsquo;est bien pour cette raison qu&rsquo;il me para&icirc;trait compl&egrave;tement invraisemblable et pitoyable de lui faire endosser le r&ocirc;le de &laquo; t&ecirc;te de mort &raquo;, sorte de st&eacute;r&eacute;otype absurde d&rsquo;un &eacute;tat de reste humain uniformis&eacute;. La v&eacute;rit&eacute; de Gertrude ne peut &ecirc;tre qu&rsquo;une &laquo; contre Vanit&eacute; &raquo;.<br \/> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Comme les grands espaces, la chasse aux coquillages me manque &eacute;norm&eacute;ment. Je crois que si j&rsquo;habitais encore pr&egrave;s d&rsquo;un r&eacute;cif, on pourrait me trouver l&agrave; &agrave; retourner les pierres &eacute;ternellement. C&rsquo;est une activit&eacute; qui se pratique en solitaire, loin des pr&eacute;occupations du monde, avec le seul bruit du ressac comme compagnie ; et, au fond, c&rsquo;est le seul &eacute;tat v&eacute;ritable auquel j&rsquo;aspire de tout mon &ecirc;tre. &Eacute;tat &eacute;videmment impossible, la vie en ayant d&eacute;cid&eacute; autrement pour moi. Une telle r&eacute;flexion pourrait para&icirc;tre totalement paradoxale de la part de quelqu&rsquo;un ayant fond&eacute; une famille, habitant une grande ville et exer&ccedil;ant un m&eacute;tier essentiellement centr&eacute; sur l&rsquo;humain. Mais parfois je me dis que c&rsquo;est ce manque, cette frustration, l&rsquo;inaccessibilit&eacute; si terrible de cet id&eacute;al qui me fait marcher si fort et qui me persuade que jamais je ne dispara&icirc;trai.<br \/> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; La proximit&eacute; de la mer entrouvre pour moi, &agrave; chaque fois, la porte de cet &eacute;tat d&rsquo;&acirc;me. Ce sont des retrouvailles avec les sentiments qu&rsquo;elle soul&egrave;ve, mais aussi la confirmation de la perte &agrave; jamais d&rsquo;un univers.<br \/> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le littoral fran&ccedil;ais est bien loin des &eacute;tendues sauvages de mon enfance, et malgr&eacute; que la mer ne cesse, o&ugrave; qu&rsquo;elle soit, de rappeler sa nature indomptable, elle n&rsquo;agit l&agrave; sur moi que comme la r&eacute;miniscence fugitive de sensations &eacute;parses et rarement comme le sentiment de pl&eacute;nitude d&rsquo;une contr&eacute;e retrouv&eacute;e. C&rsquo;est tant&ocirc;t l&rsquo;espace momentan&eacute;ment d&eacute;gag&eacute;e de la gr&egrave;ve, ou le fracas des vagues et sa bouff&eacute;e d&rsquo;embruns, ou l&rsquo;odeur du sel, ou le contact br&ucirc;lant du sable sous mes pieds. L&rsquo;instant reste fugace, et bien vite, d&rsquo;autres ph&eacute;nom&egrave;nes parasites sont l&agrave; pour resituer les lieux dans leur r&eacute;alit&eacute;. Je passerai ainsi rapidement sur tout ce qui appartient au concept de la plage, ensemble d&rsquo;activit&eacute;s qui consiste &agrave; s&rsquo;&eacute;taler sur le sable, en rangs plus ou moins serr&eacute;s, dans des tenues plus ou moins avantageuses (souvent plut&ocirc;t moins que plus, en tout cas en ce qui me concerne&hellip;) pour se cramer la peau au soleil, ponctuant ces s&eacute;ances de quelques trempettes dans l&rsquo;eau de mer. Je me livre r&eacute;guli&egrave;rement, comme beaucoup &agrave; cet exercice, et j&rsquo;avoue n&rsquo;y trouver qu&rsquo;un int&eacute;r&ecirc;t moyen si ce n&rsquo;est celui de satisfaire ma nature contemplative dans l&rsquo;observation, cach&eacute;e derri&egrave;re des lunettes noires, de mes cong&eacute;n&egrave;res dans leurs us et coutumes.<br \/> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ainsi j&rsquo;ai remarqu&eacute; que les groupes d&rsquo;individus retrouvaient chaque jour &agrave; peu pr&egrave;s le m&ecirc;me emplacement sur une plage, et chaque &eacute;t&eacute;, je m&rsquo;amuse &agrave; me concentrer sur une tribu et essayer de deviner, plut&ocirc;t d&rsquo;imaginer ce qui en constitue les liens, les motivations, ce qui serait leur histoire et leur devenir. J&rsquo;ai, cet &eacute;t&eacute; contempl&eacute; pendant une dizaine de jours, un groupe de personnes passionnant, dont la composition autour du noyau constant d&rsquo;un couple et de ses deux enfants, changeait selon les jours, les arrivages ou d&eacute;part de cousins, fr&egrave;res ou amis. L&rsquo;un d&rsquo;eux, par exemple, est rest&eacute; vingt-quatre heures. C&rsquo;&eacute;tait une forte personnalit&eacute; et je l&rsquo;avais surnomm&eacute; l&rsquo;homme de l&rsquo;Atlantide, car il avait visiblement la facult&eacute; de rester sous l&rsquo;eau tr&egrave;s longtemps. Il est arriv&eacute; au cours d&rsquo;un apr&egrave;s-midi et n&rsquo;est rest&eacute; que jusqu&rsquo;&agrave; la fin de la journ&eacute;e suivante. Ne le voyant pas revenir, je lui ai invent&eacute; un habitat sous-marin dans lequel il devait passer son temps &agrave; remplir des grilles de ce jeu de logique math&eacute;matique &agrave; la mode actuellement. Certains jouent au ballon sur la plage, personnellement, je d&eacute;teste cela, mais je ne m&rsquo;ennuie pas pour autant.<br \/> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Tous les ans je m&rsquo;en vais marcher en solitaire au bord de l&rsquo;eau, peut-&ecirc;tre dans le d&eacute;risoire espoir de d&eacute;couvrir des territoires inconnus ou des tr&eacute;sors enfouis.<br \/> Les vagues sont les promesses d&rsquo;&eacute;l&eacute;ments impr&eacute;vus charri&eacute;s depuis le large. Quand j&rsquo;&eacute;tais enfant, j&rsquo;ai bien du jeter &agrave; la mer quelques bouteilles contenant des dessins ou des messages&hellip;<br \/> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le large, l&rsquo;&eacute;tendue de la mer, la vision de l&rsquo;horizon, l&rsquo;id&eacute;e de la masse incroyable et incommensurable de l&rsquo;oc&eacute;an m&rsquo;ont toujours procur&eacute; un sentiment de fascination m&ecirc;l&eacute; &agrave; une terreur d&eacute;licieuse. Une terreur qui prend racine, du plus loin que je me souvienne, dans une petite gravure noir et blanc, entrevue dans une encyclop&eacute;die chez mes grands parents, repr&eacute;sentant un raz de mar&eacute;e au Japon, une vague gigantesque comme une montagne pr&ecirc;te &agrave; s&rsquo;abattre sur une population &agrave; la taille de fourmis.<br \/> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Plus tard, &agrave; bord des paquebots des Messageries Maritimes qui nous ramenaient &agrave; Madagascar, apr&egrave;s nos vacances en France (Mes parents adoraient ces voyages qui duraient plus d&rsquo;un mois, qui &eacute;courtaient passablement leurs s&eacute;jours en M&eacute;tropole, mais qui &eacute;taient tellement plus passionnants que l&rsquo;alternative des douze heures d&rsquo;avion &ndash;) je me souviens avoir ressenti de brusques bouff&eacute;es d&rsquo;angoisse &agrave; l&rsquo;id&eacute;e de ce navire pos&eacute; comme un f&eacute;tu de paille sur l&rsquo;immensit&eacute; de l&rsquo;oc&eacute;an, comme &agrave; la surface de l&rsquo;&eacute;piderme d&rsquo;une b&ecirc;te monstrueuse susceptible de s&rsquo;&eacute;brouer &agrave; tout moment. Malgr&eacute; ce sentiment d&rsquo;horreur sacr&eacute;e o&ugrave; je pouvais me trouver p&eacute;trifi&eacute;e comme devant une manifestation divine, je n&rsquo;aurais renonc&eacute;, moi non plus pour rien au monde &agrave; ces croisi&egrave;res dont je tirais beaucoup de fiert&eacute;.<br \/> Les bateaux ont toujours &eacute;t&eacute; pour moi synonymes d&rsquo;aventure et de d&eacute;couverte et, plus encore, le symbole de l&rsquo;insolente audace de l&rsquo;humain bravant l&rsquo;Infini. Cette conception mythique a &eacute;t&eacute; largement aliment&eacute;e par la l&eacute;gende que j&rsquo;avais forg&eacute;e autour de mon p&egrave;re, ancien marin marchand avant ma naissance, devenu professeur de math&eacute;matiques par d&eacute;faut pour rester aupr&egrave;s de sa famille, mais que je soup&ccedil;onne d&rsquo;avoir v&eacute;cu dans le regret permanent d&rsquo;un m&eacute;tier qui se conjuguait si bien avec Libert&eacute;. Mon p&egrave;re &eacute;tait litt&eacute;ralement attir&eacute; comme par un aimant, par la mer et les bateaux. Je ne l&rsquo;ai jamais connu comme marin, mais seulement &agrave; travers ce d&eacute;sir qu&rsquo;il n&rsquo;a jamais r&eacute;ussi &agrave; dissimuler. Le personnage que je m&rsquo;en &eacute;tais constitu&eacute;, ainsi que les r&eacute;cits qu&rsquo;il nous relatait, naviguait &agrave; travers mes lectures d&rsquo;enfant, de Jules Vernes &agrave; Melville en passant par Herg&eacute;.<br \/> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Seule, &agrave; la fronti&egrave;re de l&rsquo;eau, face &agrave; l&rsquo;oc&eacute;an, je retrouve cette attirance m&ecirc;l&eacute;e de peur pour cet infini maritime qui s&rsquo;&eacute;tend au-del&agrave; de ma vision, le sentiment &eacute;galement d&rsquo;avoir &eacute;t&eacute; oubli&eacute;e l&agrave;, sur le rivage, par mon vrai destin.<br \/> Le sable que je sens fuir sous mes pieds &agrave; mesure que l&rsquo;incessant mouvement de l&rsquo;eau le creuse, rec&egrave;le obligatoirement, dans son insondable profondeur, les vestiges des myst&egrave;res venus du large.<br \/> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mes r&eacute;coltes se limitent pourtant &agrave; quelques coquilles roul&eacute;es par les vagues, us&eacute;es par le sable, qui ne sont, certes, que les succ&eacute;dan&eacute;es des flamboyants coquillages tropicaux, mais auxquels je trouve une &eacute;mouvante beaut&eacute; antique de vieux pl&acirc;tres &eacute;br&eacute;ch&eacute;s.<br \/> Le contact glac&eacute; de la nacre disparue a laiss&eacute; place &agrave; un toucher doux et ti&egrave;de ; les couleurs att&eacute;nu&eacute;es sont voil&eacute;es d&rsquo;une l&eacute;g&egrave;re pellicule blanche ; les coquilles aux bords arrondis, aux contours &eacute;mouss&eacute;s ont d&eacute;j&agrave; entam&eacute; leur m&eacute;tamorphose vers le stade impalpable et min&eacute;ral du sable qui les engloutit peu &agrave; peu. Si elles ne poss&egrave;dent pas la magnificence des coquillages des mers chaudes, l&rsquo;orgueilleux &eacute;talage de leurs ornements, ces coquilles ont la modestie des simples mat&eacute;riaux, de ceux &agrave; qui il est possible de donner une seconde vie. J&rsquo;ai ainsi quelques souvenirs d&rsquo;objets fabriqu&eacute;s, d&rsquo;assemblages de coques ternes maladroitement coll&eacute;es entre elles par de petites mains lors de longues journ&eacute;es pluvieuses, r&eacute;alisant des coffrets et des poup&eacute;es pr&eacute;cieusement gard&eacute;s dans les familles comme autant de reliques poussi&eacute;reuses d&eacute;di&eacute;es &agrave; l&rsquo;amour filial. Ou encore dans des vitrines de grands-m&egrave;res, de coquillages peints, souvenirs de cit&eacute;s baln&eacute;aires m&eacute;diterran&eacute;ennes, qui n&rsquo;&eacute;merveillent plus que les tr&egrave;s jeunes et les tr&egrave;s anciens avec leurs couleurs criardes de chromos et leurs noms &eacute;vocateurs au parfum de mimosas et de bruit de cigales. Enfant, j&rsquo;ai toujours associ&eacute; les coquillages fran&ccedil;ais &agrave; ce rajout d&rsquo;ornementation, pensant na&iuml;vement qu&rsquo;il fallait peindre ces coquillages pour qu&rsquo;ils puissent rivaliser en beaut&eacute; avec leurs cousins tropicaux ; inversant ainsi la finalit&eacute; de l&rsquo;objet, je croyais que les paysages et les souvenirs, qui y &eacute;taient figur&eacute;s, n&rsquo;&eacute;taient que pr&eacute;texte &agrave; cette essentielle intervention. Je pense &agrave; pr&eacute;sent &agrave; ces modestes artisans dont le travail consiste &agrave; peindre minutieusement ces coquillages pour fournir les magasins pour touristes. Ce qui devait &ecirc;tre &agrave; l&rsquo;&eacute;poque une industrie locale n&rsquo;a probablement pas &eacute;chapp&eacute; &agrave; quelque d&eacute;localisation dans des pays extr&ecirc;me-orientaux, o&ugrave; l&rsquo;on peut imaginer des chinois en train de peindre des vues de la C&ocirc;te d&rsquo;Azur qu&rsquo;ils ne verront jamais sur des coquilles Saint Jacques.<br \/> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; J&rsquo;ai pourtant connu, en quelque sorte, le contre-exemple de cet obscur m&eacute;tier. Quand j&rsquo;habitais, adolescente, sur l&rsquo;&icirc;le d&rsquo;Espiritu Santo au Vanuatu (&agrave; l&rsquo;&eacute;poque cela s&rsquo;appelait Les Nouvelles-H&eacute;brides), il y avait un artiste local qui avait pignon sur rue, la seule rue de l&rsquo;unique village de l&rsquo;&icirc;le. Il avait une grande notori&eacute;t&eacute; et &eacute;tait riche et estim&eacute;. M&eacute;tis m&eacute;lan&eacute;sien, tahitien, et vietnamien, aux confins de toutes les cultures du Pacifique sud, il r&eacute;alisait des tableaux, fabriquait des bijoux, peignait et sculptait des coquillages, du corail, des dents et des m&acirc;choires de requins, des d&eacute;fenses de cochons, des &eacute;cailles de tortues. Il n&rsquo;h&eacute;sitait pas &agrave; polir, peindre ou ciseler des coquillages ou des objets d&eacute;j&agrave; magnifiques naturellement. Je poss&egrave;de ainsi, confectionn&eacute; par ses soins, un bracelet en corail noir constitu&eacute; d&rsquo;une branche chauff&eacute;e et enroul&eacute;e dont l&rsquo;extr&eacute;mit&eacute; a &eacute;t&eacute; sculpt&eacute;e en forme de t&ecirc;te de dragon. Ce personnage, haut en couleur et connu dans tout l&rsquo;archipel, semblait tirer de la transformation de tous ces &eacute;l&eacute;ments une in&eacute;puisable inspiration. Sa boutique, qui &eacute;tait aussi son atelier, &eacute;tait une vraie caverne d&rsquo;Ali Baba ; je me souviens, entre autres, de l&rsquo;&eacute;norme m&acirc;choire de requin qui, suspendue au mur d&rsquo;en face, semblait menacer le visiteur de sa pr&eacute;sence imposante et surplombante. Moi qui collectionnais passionn&eacute;ment les coquillages, je trouvais cependant un peu sacril&egrave;ge les m&eacute;tamorphoses que faisait subir cet artiste &agrave; certains sp&eacute;cimens.<br \/> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je comprends &agrave; pr&eacute;sent que la d&eacute;marche qui consiste &agrave; collectionner les coquillages n&rsquo;est pas moins d&eacute;naturante que celle de les peindre ou les sculpter. Pr&eacute;lever un coquillage dans son environnement, le choisir pour des raisons aussi diverses que des crit&egrave;res de perfection, de raret&eacute;, et m&ecirc;me d&rsquo;anomalies, l&rsquo;exposer ou le ranger dans une bo&icirc;te, l&rsquo;&eacute;tiqueter, c&rsquo;est de toute fa&ccedil;on changer son statut d&rsquo;&eacute;l&eacute;ment naturel, lui conf&eacute;rer toute l&rsquo;ambigu&iuml;t&eacute; d&rsquo;un objet entre esth&eacute;tique et scientifique, c&rsquo;est lui modifier son destin en l&rsquo;excluant du cycle de la vie et de la mort.<br \/> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; La fronti&egrave;re est tr&egrave;s mince entre de tels objets de collection et quelque chose qui serait &laquo; objet d&rsquo;art &raquo; ; a ce propos, j&rsquo;avais &eacute;t&eacute; terriblement vex&eacute;e d&rsquo;une remarque d&rsquo;un de mes camarades de Beaux-arts, &agrave; qui j&rsquo;avais montr&eacute; cette collection dont je suis tr&egrave;s fi&egrave;re : &laquo; Tu verras que tu finiras par peindre des coquillages. &raquo; m&rsquo;avait-il dit.<br \/> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le m&ecirc;me raisonnement que sur l&rsquo;objet collectionn&eacute; ou collect&eacute; pourrait s&rsquo;appliquer au cr&acirc;ne de Gertrude dont la destin&eacute;e &eacute;trange est de se retrouver dans une &eacute;tag&egrave;re r&eacute;elle et dans une vitrine virtuelle &agrave; la merci de mes fantaisies monomaniaques dont l&rsquo;acharnement est s&ucirc;rement du au fait que l&rsquo;essentiel de Gertrude justement m&rsquo;&eacute;chappe. Cependant, le cr&acirc;ne de Gertrude pourrait ne pas &ecirc;tre Gertrude, s&rsquo;il avait suivi les voies ordinaires de retour &agrave; la poussi&egrave;re de tout reste humain ou animal, s&rsquo;il n&rsquo;y avait eu au d&eacute;part le choix d&rsquo;un &ecirc;tre humain de donner son corps &agrave; la science.<br \/> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mais cela fait s&ucirc;rement partie d&rsquo;une autre histoire ; histoire dont, avec la mienne, je chercherai en vain la co&iuml;ncidence et par un incessant arpentage de la topographie des d&eacute;tails toujours renouvel&eacute;s du cr&acirc;ne de Gertrude, je poursuivrai ma qu&ecirc;te.<br \/> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; De cette d&eacute;rive improbable, les &eacute;tapes pourraient, de la fa&ccedil;on la plus absurde et la plus logique, se trouver inscrites dans la mati&egrave;re de ces petites coquilles qui pars&egrave;ment ma route.<\/p>\n<p><\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<div style=\"text-align: right;\"><span style=\"font-size: 12pt;\"><span style=\"font-family: times new roman,times;\"><strong>&nbsp;&nbsp;<span style=\"font-size: 8pt;\">&nbsp; Juliette Charpentier, Beynac, treize aout deux mille huit<\/span><\/strong><\/span><\/span><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Texte dit lors de la vid&eacute;o de l&rsquo;article D&eacute;rive, 19\/08\/2008 &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Quand j&rsquo;ai r&eacute;alis&eacute; cette vid&eacute;o, mon intention premi&egrave;re &eacute;tait de lui laisser sa bande son originale ; Un peu comme ce que j&rsquo;ai pu faire pr&eacute;c&eacute;demment avec le bruit du m&eacute;tro, le parcours en voiture, ou encore le d&eacute;fil&eacute; du quatorze juillet ; &hellip; <a href=\"https:\/\/juliettecharpentier.fr\/gertrudes\/peindre-des-coquillages-p867464\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;Peindre des coquillages.&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-343","page","type-page","status-publish","hentry"],"post_mailing_queue_ids":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/juliettecharpentier.fr\/gertrudes\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/343","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/juliettecharpentier.fr\/gertrudes\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/juliettecharpentier.fr\/gertrudes\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliettecharpentier.fr\/gertrudes\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliettecharpentier.fr\/gertrudes\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=343"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/juliettecharpentier.fr\/gertrudes\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/343\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/juliettecharpentier.fr\/gertrudes\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=343"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}