{"id":127,"date":"2009-10-03T00:02:02","date_gmt":"2009-10-02T22:02:02","guid":{"rendered":"http:\/\/juliettecharpentier.fr\/gertrudes\/2009\/10\/03\/gertrude-compte-a108953086\/"},"modified":"2009-10-03T00:02:02","modified_gmt":"2009-10-02T22:02:02","slug":"gertrude-compte-a108953086","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/juliettecharpentier.fr\/gertrudes\/gertrude-compte-a108953086\/","title":{"rendered":"Gertrude compte."},"content":{"rendered":"<div style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-family: arial black,avant garde;\"><strong><\/p>\n<p> <span style=\"font-size: 36pt;\">Il &eacute;tait une fois<\/span><\/strong><\/span><\/div>\n<div style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-family: arial black,avant garde;\"><strong><span style=\"font-size: 36pt;\"><br \/> la Princesse<\/span><\/strong><\/span><\/div>\n<div style=\"text-align: center;\">&nbsp;<\/div>\n<div style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-family: arial black,avant garde;\"><strong><span style=\"font-size: 36pt;\"> Gertrude<\/span><\/strong><\/span><span style=\"font-size: 24pt;\"><br \/><\/span> <\/div>\n<p> <\/p>\n<div style=\"text-align: right;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"margin: 3px auto; display: block; clear: both;\" src=\"https:\/\/juliettecharpentier.fr\/gertrudes\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/c7CCr9WZYmVOr-90v5Lp_0pgkFM@600x365.jpg\" width=\"600\" height=\"365\" alt=\"\"\/> <span style=\"font-size: 8pt;\"><span style=\"font-family: times new roman,times;\"><strong>Les Talismans ont &eacute;t&eacute; offerts &agrave; la Princesse Gertrude par une F&eacute;e.<\/strong><\/span><br \/><\/span><\/div>\n<p> <\/p>\n<p> <!--StartFragment--> <\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12pt;\"><strong><span style=\"font-family: times new roman,times;\">Il &eacute;tait une fois une princesse qui s&rsquo;appelait Gertrude.<\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12pt;\"><strong><span style=\"font-family: times new roman,times;\">Enfin, ce n&rsquo;&eacute;tait pas tout &agrave; fait une princesse, tout juste peut-&ecirc;tre les restes d&rsquo;une princesse. Car Gertrude &eacute;tait un cr&acirc;ne, et, qui plus est, un cr&acirc;ne sans corps. Une princesse, en g&eacute;n&eacute;ral, poss&egrave;de un corps parfait, un joli visage, de longs cheveux fins et blonds comme de l&rsquo;or, un teint de lys o&ugrave; circule le d&eacute;licat incarnat de la vie, une bouche douce comme le corail&nbsp;; elle est v&ecirc;tue de robes magnifiques orn&eacute;es des pierres pr&eacute;cieuses et de dentelles fines. De plus, une princesse ne meurt jamais. Mais Gertrude ignorait tout de sa vie pass&eacute;e et se plaisait &agrave; imaginer qu&rsquo;elle &eacute;tait princesse, que ses parents &eacute;taient roi et reine et l&rsquo;avaient d&eacute;sir&eacute;e comme le tr&eacute;sor le plus pr&eacute;cieux. N&rsquo;allez pas croire pour autant que Gertrude &eacute;tait royaliste, elle r&ecirc;vait juste &agrave; une famille comme dans les contes de f&eacute;es. Gertrude n&rsquo;avait plus aucun souvenir au fond de sa bo&icirc;te vide, pas la moindre petite photo &eacute;pingl&eacute;e sur la paroi de son os, pas le moindre bibelot poussi&eacute;reux &agrave; la surface de son occiput&nbsp;; elle n&rsquo;avait donc pas besoin de s&rsquo;encombrer d&rsquo;une m&eacute;moire banale, elle &eacute;tait libre d&rsquo;inventer l&rsquo;histoire qui lui convenait, son histoire.<\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12pt;\"><strong><span style=\"font-family: times new roman,times;\">Il &eacute;tait une fois une princesse qui se nommait Gertrude.<\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12pt;\"><strong><span style=\"font-family: times new roman,times;\">Il se pouvait tout &agrave; fait que la princesse ne se nomm&acirc;t pas Gertrude et que ses parents eussent choisi un autre pr&eacute;nom plus joli, surtout s&rsquo;ils l&rsquo;avaient d&eacute;sir&eacute;e, ce dont Gertrude n&rsquo;&eacute;tait pas tout &agrave; fait sure&#8230; Mais Gertrude n&rsquo;allait pas perdre tout le temps qui lui restait et qui &eacute;tait ind&eacute;termin&eacute;, pour se perdre en conjectures sur un d&eacute;tail qui ne changeait rien &agrave; sa pr&eacute;sence&nbsp;; car le plus important &eacute;tait qu&rsquo;elle fut l&agrave;, pour inventer cette histoire. Ce qui &eacute;tait s&ucirc;r, par contre, c&rsquo;est que quelque chose s&rsquo;&eacute;tait produit dans sa vie, sinon elle ne serait pas l&agrave; &agrave; se rappeler ce dont elle ne se souvenait pas. Elle caressait m&ecirc;me l&rsquo;id&eacute;e que le surnaturel e&ucirc;t pu se pencher sur son berceau de b&eacute;b&eacute;&nbsp;; hormis la certitude, somme toute rassurante, que sa structure osseuse &eacute;tait obligatoirement pass&eacute;e par ce tendre &eacute;tat, Gertrude avait la conviction que son destin s&rsquo;&eacute;tait infl&eacute;chi &agrave; ce moment crucial et qu&rsquo;une certaine fatalit&eacute; expliquait l&rsquo;apparition de l&rsquo;accident dans son parcours de femme. Aussi, pouvait-elle des causes supposer tous les possibles, mais de l&rsquo;effet n&rsquo;en faire que le constat. Car il fallait bien admettre, qu&rsquo;&agrave; l&rsquo;instar d&rsquo;une princesse, la situation de Gertrude &eacute;tait hors du commun. Le cr&acirc;ne Gertrude avait perdu la totalit&eacute; du reste de son corps, son identit&eacute;, la date de sa naissance, celle de sa mort, enfin tout ce qui accompagne le commun des d&eacute;funts dans sa derni&egrave;re demeure et qui permet de rassembler la compassion de ses proches. Il lui fallait &eacute;galement consid&eacute;rer que cet &eacute;tat &eacute;tait la cons&eacute;quence directe d&rsquo;un choix de son vivant, plut&ocirc;t le choix d&rsquo;une femme vivante, projetant sa mort ou se projetant dans la mort. Celui, conscient, d&rsquo;offrir la d&eacute;pouille inerte et amorphe de ce que sera son corps &agrave; pr&eacute;sent vivant, non pas &agrave; la d&eacute;votion fun&eacute;raire et &agrave; son fantasme de m&eacute;moire, mais &agrave; la r&eacute;ification de la Science.<\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12pt;\"><strong><span style=\"font-family: times new roman,times;\">Il &eacute;tait une fois la Princesse Gertrude.<\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12pt;\"><strong><span style=\"font-family: times new roman,times;\">M&ecirc;me si la destin&eacute;e d&rsquo;une Princesse semble trac&eacute;e et &eacute;crite d&rsquo;avance et semble d&eacute;couler des cheminements les plus merveilleux, elle n&rsquo;en reste pas moins compl&egrave;tement assujettie &agrave; l&rsquo;impr&eacute;vu. La princesse que fut Gertrude avait choisi de soustraire ses futurs restes &agrave; la n&eacute;buleuse incertaine d&rsquo;une &eacute;motion cultuelle autour d&rsquo;une s&eacute;pulture que peut-&ecirc;tre nul n&rsquo;arroserait de larmes. Elle avait pr&eacute;f&eacute;r&eacute; livrer sa substance charnelle et osseuse aux &eacute;prouvettes et aux bocaux, &agrave; l&rsquo;&oelig;il analytique du microscope, au cadre de la d&eacute;finition scientifique. Gertrude, l&agrave; aussi, &eacute;tait impuissante &agrave; affirmer quel &eacute;v&eacute;nement pouvait amener &agrave; une telle d&eacute;cision, quelle &eacute;tait la part de d&eacute;sespoir, d&rsquo;id&eacute;alisme, de pragmatisme, de provocation, de romantisme ou de&nbsp; je ne sais quoi encore qui pouvait entrer dans cette d&eacute;marche. Mais elle en arrivait quand m&ecirc;me &agrave; la conclusion que ce choix ante mortem, et, qui plus est, ce choix de la Science, relevait d&rsquo;un d&eacute;sir de ma&icirc;trise sur un devenir in&eacute;luctable qui nous voue tous &agrave; l&rsquo;informe. Force lui &eacute;tait aussi de constater que cette ma&icirc;trise n&rsquo;&eacute;tait qu&rsquo;illusion de vivant sur ce qui essentiellement nous &eacute;chappe&nbsp;; car il n&rsquo;y a pas grande diff&eacute;rence pour un mort &agrave; passer de la taxinomie des st&egrave;les des cimeti&egrave;res &agrave; celle de l&rsquo;&eacute;tiquetage des bocaux. La diff&eacute;rence n&rsquo;existe que pour les vivants dont le corps des morts et leur prochain corps mort seront supports de leur m&eacute;moire de vivants. La Princesse Gertrude, &agrave; l&rsquo;&eacute;vidence, a fait le choix de l&rsquo;an&eacute;antissement de ce corps en tant que support, l&rsquo;offrant au&nbsp; d&eacute;membrement du scalpel, &agrave; une certaine obsc&eacute;nit&eacute; de la d&eacute;coupe qui lui ferait perdre toute humanit&eacute;, toute possibilit&eacute; de retour sur son identit&eacute;.<\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12pt;\"><strong><span style=\"font-family: times new roman,times;\">Il &eacute;tait une fois une Princesse&nbsp;: Gertrude.<\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12pt;\"><strong><span style=\"font-family: times new roman,times;\">Or les choix d&rsquo;une Princesse am&egrave;nent toujours &agrave; l&rsquo;infime improbable de la rencontre&nbsp;; ainsi une princesse, guid&eacute;e par la fatalit&eacute;, ira se piquer le doigt au seul fuseau existant dans le royaume et s&rsquo;endormira, non pas pour l&rsquo;&eacute;ternit&eacute; comme l&rsquo;aura pr&eacute;dit la m&eacute;chante sorci&egrave;re mais pour cent ans, car une gentille f&eacute;e cach&eacute;e derri&egrave;re le rideau pourra d&eacute;faire en partie le mal&eacute;fice. La Princesse Gertrude malgr&eacute; la d&eacute;cision radicale de s&rsquo;offrir le n&eacute;ant en guise d&rsquo;&eacute;ternit&eacute; n&rsquo;avait pas pr&eacute;vu de &laquo;&nbsp;rencontrer&nbsp;&raquo; apr&egrave;s sa mort la seule &laquo;&nbsp;fileuse&nbsp;&raquo; de la salle de dissection, celle qui ignorait tout des &eacute;dits de la Science, et qui faisait fi du pragmatisme usit&eacute; en ces lieux.. Et c&rsquo;est ainsi qu&rsquo;elle quitta les voies exactes de l&rsquo;anatomie pour p&eacute;n&eacute;trer dans les souterrains obscurs des connivences non avou&eacute;es de la Science et de l&rsquo;Art. C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;elle se retrouva, probablement en totale contradiction avec ses desseins, non pas &agrave; dormir paisiblement dans le Temple imposant et rempli de clart&eacute; de la Science, mais l&rsquo;os en &eacute;veil, dans une obscure &eacute;tag&egrave;re poussi&eacute;reuse peupl&eacute;e des bricolages les plus invraisemblables et des id&eacute;es les plus louches. C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;elle fut plac&eacute;e non pas sous la froideur de la pens&eacute;e analytique mais au centre d&rsquo;un maelstr&ouml;m &eacute;motionnel et affectif. C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;au lieu d&rsquo;&ecirc;tre soumise aux seuls calculs de ses mensurations objectives, elle se retrouva dans les d&eacute;comptes subjectifs des d&eacute;sordres d&rsquo;une m&eacute;moire fantasm&eacute;e, dans la reconstruction d&rsquo;un temps non pr&eacute;vu, dans l&rsquo;attente d&rsquo;une forme d&rsquo;&eacute;v&eacute;nement qui situerait un avant et un apr&egrave;s dont, de son vivant, elle avait voulu faire table rase.<\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12pt;\"><strong><span style=\"font-family: times new roman,times;\">La Princesse Gertrude attendait, comme les princesses attendent le Prince Charmant, l&rsquo;accomplissement de la promesse de d&eacute;livrance qu&rsquo;elle avait oubli&eacute; de se faire.<\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p> <!--EndFragment--> <\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div style=\"text-align: center;\">\n<div style=\"text-align: right;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"margin: 3px auto; display: block; clear: both;\" src=\"https:\/\/juliettecharpentier.fr\/gertrudes\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/AFr099JOstDc_Cr7Oao4Jouk8w8@500x303.jpg\" width=\"500\" height=\"303\" alt=\"\"\/> <span style=\"font-family: times new roman,times;\"><span style=\"font-size: 8pt;\"><strong>JC, mine de plomb.<\/strong><\/span><\/span><\/div>\n<p> <span style=\"font-size: 24pt;\"><span style=\"font-family: arial black,avant garde;\"><strong>Gertrude compte en ligne<br \/> depuis vingt et un mois<\/p>\n<p> <span style=\"font-size: 18pt;\">La Princesse Gertrude<br \/> re&ccedil;oit aussi sur<br \/> <span style=\"text-decoration: underline;\">gertruderose<\/span><br \/> et sur<br \/> gertrudenoire<\/span><\/strong><\/span><\/span><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il &eacute;tait une fois la Princesse &nbsp; Gertrude Les Talismans ont &eacute;t&eacute; offerts &agrave; la Princesse Gertrude par une F&eacute;e. 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