{"id":295,"date":"2009-04-09T00:02:02","date_gmt":"2009-04-08T22:02:02","guid":{"rendered":"http:\/\/juliettecharpentier.fr\/gertrudes\/2009\/04\/09\/neuf-d-avril-l-exception-au-capitaine-n-2-a108953406\/"},"modified":"2009-04-09T00:02:02","modified_gmt":"2009-04-08T22:02:02","slug":"neuf-d-avril-l-exception-au-capitaine-n-2-a108953406","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/juliettecharpentier.fr\/gertrudes\/neuf-d-avril-l-exception-au-capitaine-n-2-a108953406\/","title":{"rendered":"Neuf d&rsquo;Avril: l&rsquo;Exception au Capitaine n\u00b02"},"content":{"rendered":"<div style=\"text-align: right;\"><span style=\"font-size: 10pt;\"><strong><span style=\"font-family: times new roman,times;\"><\/p>\n<p> &Agrave; <a href=\"alain-borer-mon-maieute-p874050.html\"><span style=\"text-decoration: underline;\">Alain Borer<\/span><\/a><a href=\"https:\/\/juliettecharpentier.fr\/gertrudes\/pages\/Alain_Borer_mon_Maieute-1273258.html\">,<\/a> mon &laquo; <em>Ma&iuml;eute<\/em> &raquo;<\/span><\/strong><br \/> <strong><span style=\"font-family: times new roman,times;\">Amiti&eacute; d&eacute;finitive<\/span><\/strong><\/span><\/div>\n<p><span style=\"font-size: 12pt;\"><strong><span style=\"font-family: times new roman,times;\">&nbsp;<\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<div style=\"text-align: right;\"><span style=\"font-size: 12pt;\"><strong><span style=\"font-family: times new roman,times;\">&laquo; <em>Le voyage commence quand on est arriv&eacute;<\/em> &raquo;<\/span><\/strong><\/span><br \/> <span style=\"font-size: 12pt;\"><strong><span style=\"font-family: times new roman,times;\"><br \/> <span style=\"font-size: 10pt;\">Alain Borer, <em><br \/> Rimbaud en Abyssinie<\/em><\/span><\/span><\/strong><\/span><\/div>\n<p><span style=\"font-size: 12pt;\"><strong><span style=\"font-family: times new roman,times;\"><\/p>\n<p><\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<div style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong><span style=\"font-family: times new roman,times;\">La Chair de Gertrude<\/span><\/strong><\/span><\/div>\n<p><span style=\"font-size: 12pt;\"><strong><span style=\"font-family: times new roman,times;\"> <br \/> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Alain Borer, po&egrave;te, &eacute;crivain, &eacute;minent rimbaldien, fut mon professeur &agrave; l&rsquo;&eacute;cole des Beaux-Arts.<br \/> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il me fit deux cadeaux. Le premier fut le texte de Balzac, <em>Le chef d&rsquo;&oelig;uvre inconnu<\/em> que je d&eacute;couvris gr&acirc;ce &agrave; lui quand j&rsquo;&eacute;tais &eacute;tudiante ; le deuxi&egrave;me fut un <a href=\"texte-d-alain-borer-p874048.html\"><span style=\"text-decoration: underline;\">texte<\/span> <\/a>qu&rsquo;il &eacute;crivit au sujet de mon travail &agrave; l&rsquo;occasion d&rsquo;une de mes premi&egrave;res expositions quelques ann&eacute;es plus tard.<\/p>\n<p> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Quand je lus <em>Le Chef d&rsquo;&oelig;uvre inconnu<\/em>, ma pratique se concentrait essentiellement sur l&rsquo;exercice de l&rsquo;autoportrait ; une d&eacute;marche initialis&eacute;e&nbsp; plus probablement par un raisonnement intellectuel que par une v&eacute;ritable pulsion picturale. En effet, il me semblait que l&rsquo;autoportrait constituait le passage incontournable &agrave; l&rsquo;entr&eacute;e en peinture, qu&rsquo;il se devait de commencer et de clore chaque cycle de la carri&egrave;re d&rsquo;un peintre, et &agrave; l&rsquo;image du parcours de Rembrandt, en jalonner les &eacute;tapes. Comme si ce face-&agrave;-face &eacute;tait en m&ecirc;me temps le lieu originel, le retour sur soi, la mise au point n&eacute;cessaire, et la renaissance du peintre ph&eacute;nix. C&rsquo;&eacute;tait, &agrave; ce moment de ma vie, l&rsquo;exp&eacute;rience initiatique qui d&eacute;ciderait de mon &eacute;tat de peintre. C&rsquo;est avec une pr&eacute;tention certaine et l&rsquo;arrogance de mes vingt ans que je me donnai l&rsquo;ambition de cette confrontation.<br \/> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ce fut une exp&eacute;rience douloureuse, presque humiliante. Je compris vite qu&rsquo;au-del&agrave; de l&rsquo;exercice apor&eacute;tique de la ressemblance, et qui plus est la sienne, la peinture ne s&rsquo;offrait pas &agrave; n&rsquo;importe quel passant, &eacute;tait-il muni du pinceau le plus luxueux. L&rsquo;avais-je prise pour une catin &agrave; l&rsquo;entreprendre ainsi et &agrave; croire qu&rsquo;elle livrerait ses secrets &agrave; ma na&iuml;vet&eacute; ?<br \/> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; L&rsquo;essentiel m&rsquo;&eacute;chappait : je n&rsquo;avais pas vu le lien organique que la peinture entretenait avec cette repr&eacute;sentation impossible de mon apparence, image qui se d&eacute;robait &agrave; mes yeux chaque fois que je pensais la saisir, oscillant entre le constat objectif n&eacute;cessaire et la tentation du fantasme de mon aspect physique. Je r&eacute;coltai dans ma vanit&eacute; toute l&rsquo;impuissance que me conf&eacute;rait cette entreprise autocentr&eacute;e et complaisante que je confondais avec l&rsquo;autoportrait. Mon pinceau et mon esprit s&rsquo;acharnaient en vain &agrave; la ressemblance que je n&rsquo;imaginais pas autrement qu&rsquo;affaire de surface, sur laquelle la peinture ma&icirc;tris&eacute;e et dompt&eacute;e devait s&rsquo;assembler dans l&rsquo;ordre et les effets que j&rsquo;avais d&eacute;cid&eacute;s.<br \/> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; C&rsquo;&eacute;tait sans compter sur la r&eacute;sistance de la peinture, mati&egrave;re cruelle qui a t&ocirc;t-fait de faire basculer le peintre dans le path&eacute;tique de la &laquo; cro&ucirc;te &raquo;, r&eacute;sidu pitoyable de son impuissance, si bien visit&eacute; par G&eacute;rard Gasiorowski. Fallait-il que j&rsquo;en arrive &agrave; buter sur la min&eacute;ralit&eacute; de la cro&ucirc;te, &laquo; <em>muraille de peinture<\/em> &raquo; du tableau de Frenhofer , sur \u00ab\u00a0<em>l&rsquo;emmurement du sujet dans la peinture\u00a0\u00bb<\/em> &eacute;voqu&eacute; par Georges Didi-Huberman dans <em>La peinture incarn&eacute;e<\/em>, pour entrevoir l&rsquo;incontournable connivence que devait tisser la peinture avec la labilit&eacute; de la physionomie que je tentais de fixer .<br \/> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; L&rsquo;autoportrait est une entreprise aveugle o&ugrave; il est impossible de se faire &laquo; face &raquo;, de &laquo; s&rsquo;envisager &raquo;. Dans la sym&eacute;trie de l&rsquo;image sp&eacute;culaire, l&rsquo;aspect est fuyant ; ma perception h&eacute;sitait entre la vision d&rsquo;une image capt&eacute;e par surprise non &laquo; reconnue &raquo;, et celle, opportuniste, d&rsquo;une image contr&ocirc;l&eacute;e, donc corrig&eacute;e dans le miroir. Il en &eacute;tait de m&ecirc;me de la couleur de la peau, indissociable de la chair sous-jacente, peau qui ne peut pas &laquo; <em>&ecirc;tre r&eacute;duite &agrave; sa seule surface<\/em> &raquo; (Georges Didi-Huberman ), qui &laquo;&nbsp; <em>h&eacute;site toujours entre le t&eacute;gument et le derme<\/em> &raquo; et dont la couleur&nbsp; &laquo; <em>incarnat<\/em> &raquo;, donc en confusion avec celle de la chair, est un &laquo; <em>entrelacs&nbsp; des trois couleurs primaires<\/em> &raquo;. Cette mouvance du visage et du corps est en m&ecirc;me temps effet et cause de la plasticit&eacute; de cette chair dans sa forme et son coloris. Autant mon &oelig;il perdait les traits de cette physionomie aux mouvements incessants, autant mon pinceau modelait sans rel&acirc;che la mati&egrave;re de la peinture, faisait et d&eacute;faisait la forme, composait et d&eacute;composait la couleur. Combien de fois ai-je r&eacute;p&eacute;t&eacute; la litanie de la phrase de C&eacute;zanne : &laquo;&nbsp; <em>Quand la couleur est &agrave; sa richesse, la forme est &agrave; sa pl&eacute;nitude<\/em> &raquo; ? Combien de fois ai-je &laquo; <em>jet&eacute; l&rsquo;&eacute;ponge<\/em> &raquo; sans obtenir le miracle d&rsquo;Apelle ?<\/p>\n<p> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il me semble que je suis &laquo; entr&eacute;e &raquo; en peinture le jour o&ugrave; j&rsquo;ai confondu la chair et la peinture, o&ugrave;, simultan&eacute;ment, j&rsquo;ai r&eacute;ussi &agrave; faire le &laquo; corps en peinture &raquo; et faire &laquo; corps avec la peinture &raquo;.<br \/> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je tiens &agrave; ce terme &laquo; d&rsquo;entr&eacute;e &raquo; car il sous- entend une p&eacute;n&eacute;tration dans le sens &laquo; s&rsquo;introduire &raquo;&nbsp; mais aussi la fusion amoureuse et &eacute;rotique, et au-del&agrave; de l&rsquo;interp&eacute;n&eacute;tration charnelle, l&rsquo;abandon de soi et l&rsquo;acceptation de se laisser &laquo; poss&eacute;der &raquo;, d&rsquo;&ecirc;tre &laquo; habit&eacute;e &raquo;.<br \/> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je n&rsquo;ai pas la pr&eacute;tention&nbsp; d&rsquo;avoir r&eacute;ussi comme le Titien &agrave; &laquo;<em>peindre avec de la chair<\/em> &raquo; (Lodovico Dolce), mais d&rsquo;avoir juste entrevue la sensation de la peinture en tant que chair, d&rsquo;avoir caress&eacute; les formes avec mon pinceau en suivant les courbes des volumes et &eacute;prouvant leur r&eacute;sistance &eacute;lastique, en laissant aller ma vision au fond de l&rsquo;entrelacs de couleurs pour la d&eacute;composer mentalement.<br \/> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Peindre, pour moi, commence toujours de la m&ecirc;me fa&ccedil;on, c&rsquo;est-&agrave;-dire laborieusement, la peur au ventre ; puis je ne sais comment et pourquoi, un d&eacute;clic se produit, une sorte de basculement o&ugrave; la peinture co&iuml;ncide avec la repr&eacute;sentation, o&ugrave; la peinture se substitue &agrave; la &laquo; chair &raquo; du mod&egrave;le, que ce dernier soit &ecirc;tre anim&eacute; ou objet inerte. Mais ceci pour le meilleur ou pour le pire, car cette &laquo; possession &raquo; de la peinture peut amener ma r&eacute;alisation &agrave; l&rsquo;effet satisfaisant comme elle peut la transformer en naufrage irr&eacute;versible, lui faisant perdre toute sa cargaison de construction de la forme et des valeurs, de justesse du trait et du coloris.<br \/> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Toute la difficult&eacute; r&eacute;side en ce point d&rsquo;&eacute;quilibre o&ugrave; il faut &laquo; arr&ecirc;ter &raquo; la peinture dans sa m&eacute;tamorphose, la suspendre dans un entre-deux, o&ugrave; la vision reste libre de la percevoir soit comme chair repr&eacute;sent&eacute;e soit comme chair de la peinture ; et c&rsquo;est dans cette oscillation entre l&rsquo;image et ce que Georges Didi-Huberman&nbsp; appelle le &laquo; <em>pan<\/em> &raquo; (<em>La peinture incarn&eacute;e<\/em>) que la peinture se produit, se donne. Aller trop dans le sens de la repr&eacute;sentation, &laquo; l&eacute;cher &raquo; la peinture, c&rsquo;est la r&eacute;duire &agrave; un moyen, c&rsquo;est l&rsquo;enfermer dans l&rsquo;image en lui enlevant toute autonomie. Au contraire laisser aller la mati&egrave;re de la peinture, c&rsquo;est pi&eacute;ger ses desseins au profit de la s&eacute;duction r&eacute;tinienne de la d&eacute;goulinure , c&rsquo;est bloquer le regard &agrave; la surface de sa cro&ucirc;te, et en&nbsp; interdire la p&eacute;n&eacute;tration jusqu&rsquo;&agrave; ce point d&rsquo;instabilit&eacute; o&ugrave; la chair h&eacute;site, et o&ugrave; la &laquo; couleur chair &raquo; garde son caract&egrave;re informe essentiel. Car la peinture, tout comme la chair, est indissociable de la couleur ; couleur qui comme sous la peau ne peut se constituer que dans la profondeur du derme de la peinture, dans son &laquo; <em>tressage<\/em> &raquo; et ses &laquo; <em>replis<\/em> &raquo; (<em>ib.<\/em>)&nbsp;<\/p>\n<p> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; La &laquo; d&eacute;couverte &raquo; de la peinture, dans le sens de la &laquo; lev&eacute;e d&rsquo;un voile &raquo;, correspond pour moi &agrave; une conjonction de circonstances qui en sont tout aussi bien les causes que les cons&eacute;quences.<br \/> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ainsi, &agrave; cette crois&eacute;e, je changeai mes proc&eacute;d&eacute;s d&rsquo;autoportrait, &agrave; la m&ecirc;me &eacute;poque, je posais nue pour un cours de photographie pour gagner un peu d&rsquo;argent et je lus le r&eacute;cit du d&eacute;sespoir de Frenhofer .<br \/> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Jusque-l&agrave;, j&rsquo;avais abord&eacute; l&rsquo;autoportrait de mani&egrave;re assez classique, dans des mises en sc&egrave;nes un peu lourdes et anecdotiques ; je pris une tout autre direction : je commen&ccedil;ai par photographier en noir et blanc mon corps nu en tension dans des postures contraintes, le mettant en sc&egrave;ne avec des &eacute;l&eacute;ments contrast&eacute;s tels des planches de bois brut, des oreillers ou des drap&eacute;s de tissus. Le corps ou le visage n&rsquo;&eacute;taient ainsi jamais vus en totalit&eacute;, fragment&eacute;s par le cadrage de la photographie ou par l&rsquo;interf&eacute;rence des accessoires. Je cherchais &eacute;galement dans ces prises de vue &agrave; provoquer une ambigu&iuml;t&eacute; de lecture, &agrave; montrer une forme d&rsquo;impudeur et en m&ecirc;me temps &agrave; &eacute;vacuer le narcissisme auquel l&rsquo;exercice de l&rsquo;autoportrait m&rsquo;avait engag&eacute; auparavant. &Agrave; partir de ces photographies, je peignais en couleur sur de petites toiles, repr&eacute;sentant mes fragments &agrave; des &eacute;chelles diff&eacute;rentes, que j&rsquo;assemblais dans un ordre de composition qui n&rsquo;&eacute;tait pas celui du corps. Le r&eacute;sultat &eacute;tait celui d&rsquo;un puzzle &agrave; l&rsquo;aspect hasardeux dont la forme g&eacute;n&eacute;rale &eacute;tait d&eacute;termin&eacute;e par la ligne bris&eacute;e de l&rsquo;assemblage et les formats vari&eacute;s des ch&acirc;ssis. Les contacts entre les toiles provoquaient des rapprochements improbables entre les &laquo; morceaux &raquo; de corps et d&rsquo;&eacute;l&eacute;ments repr&eacute;sent&eacute;s.<br \/> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ce dispositif fort compliqu&eacute; &eacute;tait, il faut bien le reconna&icirc;tre, un excellent pr&eacute;texte &agrave; peindre en se d&eacute;barrassant du poids de la ressemblance ; celle de la forme et de la couleur. Ainsi la fragmentation &eacute;tait &agrave; m&ecirc;me de me faire oublier le sujet. En peignant &agrave; partir de clich&eacute;s noirs et blancs je pouvais, en ne me basant que sur le jeu des valeurs, r&eacute;inventer &laquo; l&rsquo;incarnat &raquo; de la chair et jouer &agrave; ma guise de la balance des trois couleurs primaires.<br \/> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &Agrave; ce propos, un de mes professeurs de couleur avait un terme bien &agrave; lui pour d&eacute;signer la couleur incertaine et instable de ce triple m&eacute;lange d&rsquo;o&ugrave; sont issus tous les marrons, qu&rsquo;ils soient couleurs de terre, couleurs de chair ou couleur de merde. Il employait le mot &laquo; <em>m&eacute;tam&egrave;re<\/em> &raquo; auquel je n&rsquo;ai jamais trouv&eacute; de d&eacute;finition correspondante au ph&eacute;nom&egrave;ne, mais dont la sonorit&eacute; semblait contenir &agrave; elle seule la gamme des m&eacute;tamorphoses d&rsquo;un magma originel.&nbsp; Ce vocable me poursuit depuis comme un secret de fabrication, comme le paradigme du myst&egrave;re de la peinture ; j&rsquo;en ai intitul&eacute; une p&eacute;riode de ma pratique que j&rsquo;aurais s&ucirc;rement l&rsquo;occasion d&rsquo;&eacute;voquer ult&eacute;rieurement.<br \/> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; J&rsquo;exposais donc mon corps et &eacute;prouvais la chair, ou ma chair, de diverses fa&ccedil;ons : poser nue me semblait paradoxalement moins difficile et p&eacute;rilleux que de me repr&eacute;senter ; je ne me suis jamais sentie plus prot&eacute;g&eacute;e du regard des autres que nue, ce qui ne signifie pas &ecirc;tre d&eacute;nud&eacute;e mais juste pr&eacute;senter son corps nu dans la simplicit&eacute; de sa conformation ; non pas dans une pr&eacute;sence de chair sexu&eacute;e ou &eacute;rotique mais en tant que mati&egrave;re anatomique. Ma sensation &eacute;tait concentr&eacute;e dans les lignes de forces qu&rsquo;exigeait la pose, et g&eacute;n&eacute;rait, durant les longues minutes pendant lesquelles il me fallait tenir, une forme de m&eacute;ditation, un vide mental o&ugrave; je n&rsquo;&eacute;tais plus que ce corps dont je ressentais,parfois douloureusement, toutes les parcelles , oubliant compl&egrave;tement les personnes qui m&rsquo;entouraient, devenant totalement inaccessible.<br \/> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Les autoportraits photographiques et picturaux &eacute;taient autrement plus impudiques ; pas seulement par les mises en sc&egrave;nes d&eacute;crites plus haut mais par l&rsquo;acte qui consistait &agrave; me&nbsp; photographier ou &agrave; me peindre ; ce sont deux activit&eacute;s que je n&rsquo;entreprenais que seule, sans pouvoir souffrir le regard des autres. Le r&eacute;sultat garde la trace un peu obsc&egrave;ne de ce sentiment coupable de l&rsquo;exposition extr&ecirc;me de soi, de l&rsquo;ouverture de ma&nbsp; propre chair. Car je per&ccedil;ois l&rsquo;acte de peindre, et m&ecirc;me au-del&agrave; de &laquo; l&rsquo;autorepr&eacute;sentation &raquo;, comme un acte obsc&egrave;ne, lors duquel je me projette en avant, quittant la s&eacute;curit&eacute; de ma sph&egrave;re intime pour accepter de me voir expos&eacute;e sur la toile.<br \/> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ainsi entre la &laquo; pr&eacute;sentation &raquo; de mon corps presque d&eacute;sincarn&eacute;e, la repr&eacute;sentation fragmentaire de ce corps dont je brouillais les pistes, et la constitution du corps de la peinture o&ugrave; je me r&eacute;incarnais, la lecture du texte de Balzac se fit par plusieurs entr&eacute;es : j&rsquo;&eacute;tais <em>Gillette<\/em> la jeune mod&egrave;le mais &eacute;galement la vraie femme qui rougissait de devoir montrer son corps, j&rsquo;&eacute;tais le corps enfoui de <em>Catherine Lescault<\/em> sous la peinture , j&rsquo;&eacute;tais la <em>muraille de peinture<\/em> qui laissait entrevoir la fragilit&eacute; d&rsquo;un &laquo; <em>pied vivant<\/em> &raquo;, enfin, j&rsquo;&eacute;tais Frenhofer le peintre dont le <em>chaos<\/em> pictural &eacute;tait &agrave; l&rsquo;image du d&eacute;sespoir.<br \/> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &Agrave; ce moment de ma pratique, je re&ccedil;us ce texte comme un message visionnaire : tout se passait dans les interstices entre ses diff&eacute;rents niveaux de lecture, dans le feuilletage extraordinaire du texte, en regard du feuilletage de la peinture qui n&rsquo;est que recouvrements successifs, de la mise en ab&icirc;me des &eacute;tats de mon corps o&ugrave; je me trouvais moi-m&ecirc;me &laquo; feuillet&eacute;e &raquo;, en m&ecirc;me temps peintre, mod&egrave;le et peinture, gagnant une sorte d&rsquo;&eacute;paisseur g&eacute;ologique. Et il me semblait que c&rsquo;&eacute;tait dans ce lieu &laquo; entre &raquo; que devait se produire l&rsquo;incarnation de la peinture. Cette conviction ne me quitta plus jamais.<\/p>\n<p> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &Agrave; la p&eacute;riode durant laquelle je r&eacute;alisais mes peintures fragment&eacute;es, entrait en sc&egrave;ne dans mon paysage &eacute;tudiant un jeune professeur parisien, f&eacute;ru d&rsquo;art contemporain, et qui avait la ferme intention de bousculer les st&eacute;r&eacute;otypes provinciaux et poussi&eacute;reux que trimballait encore mon &eacute;cole dans ses collections de moulages antiques. Je me heurtai imm&eacute;diatement avec lui ; cela se passa d&egrave;s le premier regard : contrairement &agrave; mes relations avec Alain Borer qui savait instaurer un climat de complicit&eacute; avec les &eacute;tudiants, le contact avec cet enseignant fut toujours conflictuel, probablement passionn&eacute;, certes douloureux. Mais nous ne pouvions pas &eacute;viter de &laquo; nous chercher &raquo; ; il ne se passait pas un jour sans que, sous un pr&eacute;texte ou un autre, il ne v&icirc;nt &agrave; l&rsquo;atelier voir mon travail. Pourtant, il me semblait que ma peinture, mais r&eacute;flexion faite, peut-&ecirc;tre encore plus ma personnalit&eacute; que ma peinture, le h&eacute;rissait. J&rsquo;affichais &agrave; son &eacute;gard une hostilit&eacute; et un m&eacute;pris non dissimul&eacute;s, ce qui ne m&rsquo;emp&ecirc;chait pas d&rsquo;attendre, arm&eacute;e jusqu&rsquo;aux dents, sa venue avec impatience. Je produisais dans cette optique. Les sarcasmes fusaient, le ton montait tr&egrave;s vite. Un jour, sans le vouloir, lors d&rsquo;un &eacute;pisode particuli&egrave;rement violent, il me mit sur la piste d&rsquo;une d&eacute;couverte qui fut pour moi&nbsp; compl&egrave;tement d&eacute;cisive et infl&eacute;chit d&eacute;finitivement ma pratique.<br \/> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je raconte cet &eacute;v&eacute;nement dans le texte &laquo; <span style=\"text-decoration: underline;\"><em>Judith ou l&rsquo;histoire d&rsquo;une collision initiale<\/em><\/span> &raquo; ; un &eacute;v&eacute;nement dont le premier avantage fut de me sortir du carcan de mon syst&egrave;me d&rsquo;autoportrait et du circuit ferm&eacute; et un peu ass&eacute;chant de ce face-&agrave;-face sp&eacute;culaire. Je ne saurais trop remercier ce professeur que je ne nommerai pas par &eacute;gard pour lui, de l&rsquo;&eacute;lectrochoc involontaire qu&rsquo;il produisit dans ma pratique.<br \/> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<br \/> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; En effet, &agrave; partir de l&agrave;, le &laquo; feuilletage &raquo; essentiel de la peinture, son caract&egrave;re charnel, prit tout son sens pour moi.<br \/> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<br \/> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; La reproduction noir et blanc de la <em>Judith I<\/em> de Klimt fut le point de d&eacute;part de ce nouveau parcours. L&rsquo;image et le dispositif dont je l&rsquo;entourai contenaient tous les possibles de la s&eacute;dimentation de sens et de mati&egrave;res que j&rsquo;allais mettre en &oelig;uvre.<br \/> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Dans le tableau de Klimt, le corps en partie d&eacute;nud&eacute; de Judith offre frontalement aux regards sa chair diaphane, en m&ecirc;me temps intacte et lascive ; il se substitue &agrave; celui d&rsquo;Holopherne d&eacute;capit&eacute;, dont la t&ecirc;te dispara&icirc;t, doublement sectionn&eacute;e par le cadre, dans le hors champ du coin inf&eacute;rieur droit,&nbsp; ; le carr&eacute; que forme le collier d&rsquo;or de Judith d&eacute;solidarise du corps la t&ecirc;te de cette derni&egrave;re, et la maintient, telle une figure de madone extatique, dans la partie sup&eacute;rieure du tableau. Les cheveux, aur&eacute;ole de t&eacute;n&egrave;bres, d&eacute;coupent la courbe tranchante d&rsquo;un cimeterre en n&eacute;gatif qui s&rsquo;enfonce derri&egrave;re l&rsquo;or de la surface. Le d&eacute;cor, dor&eacute; comme celui d&rsquo;une ic&ocirc;ne, joue de la confusion des plans, glissant du paysage aux motifs du voile de Judith, et se joue de la profondeur illusionniste de la peinture.&nbsp;<br \/> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le sens &eacute;nigmatique de la&nbsp; reproduction noir et blanc de ce tableau (que j&rsquo;eus la possibilit&eacute; de voir bien plus tard en vrai) &eacute;tait renforc&eacute; par l&rsquo;opacit&eacute; du texte allemand de l&rsquo;ouvrage dans lequel je l&rsquo;avais trouv&eacute;e. Je superposai sur cette image le sens du texte de <em>Judith<\/em> lu dans la <em>Bible<\/em>, livre&nbsp; aux pages fines et innombrables en &laquo; papier bible &raquo; ; papier qui n&rsquo;&eacute;tait pas sans rappeler le papier de soie des pages du livre de comptes dans lequel j&rsquo;avais soigneusement coll&eacute; les reproductions de l&rsquo;ouvrage sur Klimt.<br \/> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mes premi&egrave;res approches picturales furent tout de suite de l&rsquo;ordre de la superposition , du recouvrement et du palimpseste : je commen&ccedil;ai ainsi &agrave; peindre mes premi&egrave;res Judith sur des photocopies de cette image. Je retrace les &eacute;tapes de ce travail dans le texte &laquo; <span style=\"text-decoration: underline;\"><em>Judith ou l&rsquo;histoire d&rsquo;une collision initiale<\/em><\/span> &raquo;.<br \/> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Du simple usage de la peinture &agrave; l&rsquo;huile sur des supports traditionnels, je m&rsquo;int&eacute;ressai rapidement &agrave; des mat&eacute;riaux et des supports diff&eacute;rents. Je jouais ainsi de l&rsquo;interaction des mati&egrave;res, et des extr&ecirc;mes dans les natures, les poids et les formats des supports.Ces mat&eacute;riaux furent des rencontres sur mes chemins exploratoires, ou &eacute;taient directement en r&eacute;f&eacute;rence au tableau de Klimt ou au texte de <em>Judith<\/em>. Je ne savais pas &agrave; quel point leur usage, et les tensions que je provoquais dans leur mise en &oelig;uvre, allaient marquer ma pratique et deviendraient pour moi embl&eacute;matiques de la peinture.<\/p>\n<p> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Un des mat&eacute;riaux ou m&eacute;dium le plus important fut le bitume. Je le d&eacute;couvris d&rsquo;abord sous forme de &laquo; feutre bitumineux &raquo;, mati&egrave;re isolante dont on m&rsquo;avait donn&eacute; quelques &eacute;chantillons, puis sous forme de p&acirc;te que j&rsquo;achetais par pots de dix kilos. C&rsquo;est une mati&egrave;re pesante, collante et instable, jamais totalement s&egrave;che, pr&ecirc;te &agrave; se liqu&eacute;fier &agrave; la chaleur, &agrave; reprendre vie ; chair putrescente aux facult&eacute;s expansives et contaminantes, le bitume a une couleur inimitable, transparente et profonde dans laquelle le regard se perd, une couleur d&eacute;voreuse de t&eacute;n&egrave;bres.<br \/> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; La cendre, contraire du bitume, se r&eacute;f&egrave;re directement &agrave; la mort, &agrave; la combustion, la purification. Elle couvrait la t&ecirc;te de Judith avant que celle-ci ne se couvre d&rsquo;or. La cendre est pulv&eacute;rulente, volatile, quasiment achrome. Elle est s&egrave;che et attire l&rsquo;humidit&eacute; du bitume qu&rsquo;elle absorbe, mais dont elle se teinte. La cendre et le bitume se saturent mutuellement jusqu&rsquo;&agrave; atteindre une certaine stabilit&eacute;.<br \/> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; L&rsquo;or est le deuxi&egrave;me attribut de Judith ; il est sa s&eacute;duction. Judith se pare d&rsquo;or pour provoquer le d&eacute;sir d&rsquo;Holopherne. Dans le tableau de Klimt, l&rsquo;or parcours le corps d&eacute;nud&eacute; de Judith comme pour en souligner la chair lascive. L&rsquo;or surnage &agrave; la surface de la chair du bitume,dans une &eacute;treinte opportuniste, cachant la putr&eacute;faction sous ses r&eacute;flexions &eacute;blouissantes . L&rsquo;or nous renvoie notre reflet, opposant notre image &agrave; la mort sous-jacente. Ce n&rsquo;est pas vraiment une couleur ; les feuilles d&rsquo;or, &eacute;paisses de quelques microns, presque immat&eacute;rielles, comme les feuilles d&rsquo;or jet&eacute;es &agrave; la Seine par Yves Klein (<em>Cession de l&rsquo;Immat&eacute;riel<\/em>), s&rsquo;envolent au moindre souffle, mais adh&egrave;rent irr&eacute;sistiblement &agrave; la mati&egrave;re, &eacute;pousant parfaitement ses moindres asp&eacute;rit&eacute;s, comme une peau. Elles d&eacute;posent leur pellicule infime sur une &laquo; assiette &raquo;. Est ainsi d&eacute;sign&eacute;e la couche de peinture rouge en appr&ecirc;t sous la feuille d&rsquo;or et apportant sa couleur chaude &agrave; l&rsquo;intensit&eacute; lumineuse de cette derni&egrave;re. L&rsquo;assiette &eacute;tait autrefois compos&eacute;e de sang de b&oelig;uf ; le sang, celui de la d&eacute;capitation r&eacute;appara&icirc;t &ccedil;a et l&agrave; dans les interstices et les blessures des feuilles, &agrave; leurs bords tranchants.<br \/> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ces diff&eacute;rents mat&eacute;riaux toujours associ&eacute;s &agrave; la peinture &agrave; l&rsquo;huile, se conjugu&egrave;rent dans un travail s&eacute;riel qui dura plusieurs ann&eacute;es, accumulation de centaines de pi&egrave;ces, dont une multitude de petits formats ponctu&eacute; de tr&egrave;s grands (les plus grands ont mesur&eacute; 3 x 4 m&egrave;tres). Les mat&eacute;riaux des supports allaient du papier de soie au feutre bitumineux, les poids variaient du &laquo; l&eacute;ger comme l&rsquo;air &raquo; aux quatre-vingts kilos des plus lourds.<br \/> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le papier de soie, &eacute;cartel&eacute; par la tension et la lourdeur du bitume, rendu transparent par l&rsquo;huile raconte sa vuln&eacute;rabilit&eacute; dans sa d&eacute;chirure imminente. Peindre sur le papier de soie, et d&rsquo;autant plus en grand format, me demandait une sorte de retenue du geste, de tension permanente qui m&rsquo;obligeait &agrave; chercher les limites du point de rupture sous mes outils.<br \/> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Au contraire, travailler sur le feutre enduit de bitume &eacute;tait une sorte de corps &agrave; corps, de lutte &eacute;puisante qui se produisait autant dans le creusement de la mati&egrave;re que dans son rajout ; je travaillais par terre, &agrave; genoux dans le goudron, y laissant mes traces de mains et de pieds. Accrocher les pi&egrave;ces au mur &eacute;tait comme hisser un cadavre, le feutre, satur&eacute; de bitume, ayant tendance &agrave; s&rsquo;&eacute;crouler sur lui-m&ecirc;me, &agrave; revenir vers l&rsquo;informe. Le feutre bitumineux, &agrave; l&rsquo;origine, est un mat&eacute;riau isolant ; les pi&egrave;ces de grands formats suspendues verticalement ont une pr&eacute;sence de corps devant lesquels les perceptions du son et de la temp&eacute;rature sont modifi&eacute;es.<\/p>\n<p> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; En m&ecirc;me temps que je rejouais le drame de Judith et Holopherne dans la mati&egrave;re, que je me laissais aller au fantasme de la transsubstantiation, je dessinais et peignais la chair ouverte des morts &agrave; la morgue de l&rsquo;h&ocirc;pital. J&rsquo;en relate les circonstances dans la premi&egrave;re partie du texte &laquo; <span style=\"text-decoration: underline;\"><em>La v&eacute;rit&eacute; en Gertrude<\/em><\/span> &raquo;.<br \/> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; La mort est l&rsquo;instant o&ugrave; la chair bascule, o&ugrave; elle n&rsquo;est plus ma&icirc;tris&eacute;e. Le corps humain n&rsquo;a pas de &laquo; <em>forme substantielle stable<\/em> &raquo; (Georges Didi-Huberman, <em>La ressemblance informe<\/em>, analyse des textes de Bataille dans <em>Documents<\/em>) il est en proie &agrave; &laquo; <em>l&rsquo;&oelig;uvre d&rsquo;une discorde violente des organes<\/em> &raquo; (Bataille). La chair est ainsi vaincue quand la conscience, la vie ne sont plus l&agrave; ; elle est l&rsquo;objet d&rsquo;une effroyable d&eacute;bandade, une obsc&eacute;nit&eacute; insoutenable et inenvisageable pour soi ou ceux que l&rsquo;on aime. La mort est une sorte de d&eacute;figuration &agrave; l&rsquo;&oelig;uvre : un cadavre n&rsquo;est plus &laquo; reconnaissable &raquo;, il n&rsquo;est plus &laquo; <em>qu&rsquo;une confusion de chairs, la carcasse &eacute;chou&eacute;e de quelque b&ecirc;te informe<\/em> &raquo; (E. Zola, <em>L&rsquo;Oeuvre<\/em>). La chair est l&agrave;, mais elle ne permet plus de faire &laquo; face &raquo;, d&rsquo;&eacute;tablir le contact. Les traits d&rsquo;un cadavre sont peut-&ecirc;tre l&rsquo;empreinte d&eacute;risoire et fig&eacute;e d&rsquo;une derni&egrave;re sensation, mais ne sont plus expression ; ils r&eacute;pondent essentiellement, dans un rel&acirc;chement impudique, aux lois de la pesanteur. Les membres disloqu&eacute;s peuvent rester dans les positions improbables o&ugrave; la mort les a abandonn&eacute;s. Confront&eacute;s aux cadavres, il ne nous reste que la chair en son &eacute;tat, sans humanit&eacute;. Une chair qui a perdu ses qualit&eacute;s tactiles et structurelles. Toucher un cadavre est une sensation &eacute;trange non reconnaissable : la peau est tout &agrave; la fois flasque, raide et froide ; le &laquo; son &raquo; m&ecirc;me&nbsp; du contact est diff&eacute;rent de celui que produit une caresse sur une peau vivante. Une chair qui s&rsquo;appr&ecirc;te &agrave; se d&eacute;faire, &agrave; se r&eacute;pandre, &agrave; tout l&acirc;cher, en devenir de d&eacute;composition. &laquo; <em>la terreur extr&ecirc;me de la mort est li&eacute;e &agrave; la phase de pourriture<\/em> &raquo; (Bataille, <em>le Masque<\/em>).<br \/> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Dessiner les morts fut pour moi une exp&eacute;rience unique. &Agrave; la morgue, les morts, &agrave; la s&eacute;pulture incertaine, sont en sursis. Le processus qui les am&egrave;ne naturellement &agrave; la d&eacute;sagr&eacute;gation est suspendu, comme mis en stase. Le destin de leur chair n&rsquo;est pas encore d&eacute;cid&eacute;. S&ucirc;rement finiront-ils comme objets d&rsquo;&eacute;tude, perdant tout espoir de reposer &agrave; l&rsquo;ombre humide des cypr&egrave;s ; corps anonymes qui ne dormiront pas sous la pierre grav&eacute;e &agrave; leur nom, &eacute;parpill&eacute;s dans diverses pr&eacute;parations scientifiques. Je les dessinais, me plaisant &agrave; l&rsquo;id&eacute;e de les restituer au souvenir. Ces morts sont comme dans un &laquo; entre-deux &raquo; , ni compl&egrave;tement humain dans leur temps arr&ecirc;t&eacute;, ni compl&egrave;tement choses dans leur abandon path&eacute;tique. Les dessiner me faisait leur porter attention, me rapprocher de leur humanit&eacute; &eacute;vapor&eacute;e, leur transmettre la mienne ; je pensais &agrave; Ferdinand Hodler qui avait peint et dessin&eacute;&nbsp; Valentine, la femme qu&rsquo;il aimait, durant sa longue agonie, jusqu&rsquo;&agrave; la fin, s&ucirc;rement&nbsp; pour apprivoiser l&rsquo;inconcevable de sa disparition.<br \/> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Les morts, qu&rsquo;ils soient vou&eacute;s &agrave; la d&eacute;composition ou &agrave; la d&eacute;coupe de la dissection, sont destin&eacute;s &agrave; perdre l&rsquo;int&eacute;grit&eacute; de leur chair. La repr&eacute;sentation, bien que la mort soit &laquo; <em>un tr&egrave;s pi&egrave;tre portraitiste<\/em> &raquo; (Goethe), est comme une suspension de cette perte d&rsquo;int&eacute;grit&eacute;, comme le dernier souvenir de leur &eacute;tat d&rsquo;humain et d&rsquo;individu. Depuis l&rsquo;&Eacute;gypte antique, garder une image des morts a &eacute;t&eacute; de tradition, de mani&egrave;res diff&eacute;rentes selon les &eacute;poques et les rites. Notre soci&eacute;t&eacute; occidentale actuelle est peut-&ecirc;tre celle qui nie le plus la mort dont l&rsquo;image est devenue taboue ; pourtant cette derni&egrave;re image du d&eacute;funt, derni&egrave;re station dans le monde des vivants avant sa d&eacute;composition physique, est espoir d&rsquo;&eacute;ternit&eacute; face &agrave; l&rsquo;horrible sentiment de cette d&eacute;b&acirc;cle qui sera la n&ocirc;tre un jour.<br \/> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Accepter de regarder les morts en face apaise mes appr&eacute;hensions &agrave; envisager Celle dont &laquo; <em>chaque jour j&rsquo;observe (la mort &agrave;) l&rsquo;&oelig;uvre dans le miroir<\/em> &raquo; (Cocteau), les dessiner me rassure, me les rend familiers. Durant de longs mois, je venais &agrave; la morgue toutes les semaines, j&rsquo;avais mes habitudes, c&ocirc;toyer les morts devint une habitude. Je posais mes affaires au m&ecirc;me endroit, j&rsquo;avais ma chaise, mes rites et donc ma place en ce lieu o&ugrave; je me sentais particuli&egrave;rement bien. Un jour, il fallut partir ; il me fallut d&eacute;cider de ne plus revenir en cet endroit o&ugrave; j&rsquo;avais mes a&icirc;tres, o&ugrave; j&rsquo;&eacute;tais dans une situation de plus en plus confortable, o&ugrave; l&rsquo;&eacute;motion me donnait de moins en moins rendez-vous. Il me fallait quitter ces personnes qui m&rsquo;accueillaient si chaleureusement sur leur lieu de travail et dont je connaissais toute la vie. Je devais tourner le dos &agrave; ce vieux pavillon de l&rsquo;h&ocirc;pital dont pourtant je n&rsquo;avais pas explor&eacute; tous les recoins ; il y avait, par exemple, ce petit r&eacute;duit au fond de la salle, que je n&rsquo;avais fait qu&rsquo;entrevoir &agrave; la r&eacute;ticence des pr&eacute;parateurs, qui refusaient de m&rsquo;y laisser entrer : bouillaient sur d&rsquo;&eacute;normes becs de gaz, tels les chaudrons de l&rsquo;enfer, des immenses marmites pleines de morceaux de cadavres et qui d&eacute;gageaient une odeur incongrue de nourriture. Op&eacute;ration qui consistait &agrave; faire cuire les chairs jusqu&rsquo;&agrave; nettoyer parfaitement les os pour les squelettes d&rsquo;&eacute;tude.<br \/> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Quand je fis mes adieux, les pr&eacute;parateurs m&rsquo;ouvrirent une salle que je n&rsquo;avais encore jamais vue : c&rsquo;&eacute;tait une petite pi&egrave;ce lumineuse ; des rayonnages couraient sur tout son pourtour. Rang&eacute;s c&ocirc;te &agrave; c&ocirc;te, des cr&acirc;nes, des dizaines de cr&acirc;nes ; je restai sans voix ; j&rsquo;avais l&rsquo;impression de venir adopter un enfant ; Un de ces cr&acirc;nes m&rsquo;attendait, je le vis ; j&rsquo;appris que c&rsquo;&eacute;tait celui d&rsquo;une femme ; il &eacute;tait beau, c&rsquo;&eacute;tait Gertrude. Je l&rsquo;achetai un prix d&eacute;risoire, un prix d&rsquo;ami. J&rsquo;eus en cadeau une minuscule &eacute;prouvette contenant les trois plus petits os de notre squelette, les trois os de l&rsquo;oreille interne. J&rsquo;emportai Gertrude chez moi dans un sac en papier.<\/p>\n<p> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le squelette, construction structurelle du corps humain, est le stade ultime de la transformation de ce corps apr&egrave;s la mort. Les os, reste min&eacute;ral, ont seuls la capacit&eacute; de traverser le temps, de se fossiliser pour la plus grande joie des pal&eacute;ontologues, leur transmettant la m&eacute;moire de l&rsquo;esp&egrave;ce humaine. Le cr&acirc;ne y occupe une place toute particuli&egrave;re. V&eacute;ritable mine de renseignements sur notre &eacute;volution, il n&rsquo;est cependant pas rest&eacute; dans les seules mains des scientifiques ; il a aussi roul&eacute; sa bosse chez les philosophes et les artistes. Il a pris &eacute;paisseur de symbole, ; personnification de la Mort, il est devenu le masque effrayant de la T&ecirc;te de Mort. Il est objet de m&eacute;ditation, Vanit&eacute; miroir des vanit&eacute;s humaines d&eacute;risoires. Il a peupl&eacute; la peinture de son rappel d&rsquo;&eacute;ternit&eacute;, &eacute;tirant son <em>inqui&eacute;tante &eacute;tranget&eacute;<\/em> aux pieds des &laquo; <em>Ambassadeurs<\/em> &raquo; d&rsquo;Holbein.<br \/> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mais ce que le cr&acirc;ne est avant tout, c&rsquo;est absence de chair. La chair sans laquelle la vie ne peut circuler. Le cr&acirc;ne est la mort certifi&eacute;e ; mais contrairement &agrave; la chair mouvante pr&ecirc;te &agrave; se d&eacute;faire dans l&rsquo;informe, il a la min&eacute;ralit&eacute; d&rsquo;un fossile. Si &laquo; <em>les chairs en d&eacute;composition<\/em> &raquo; ont &laquo; <em>un aspect intol&eacute;rable<\/em> &raquo;, &laquo; <em>les os blanchis ont le sens d&rsquo;un apaisement<\/em> &raquo; (G. Bataille, <em>Le Masque<\/em>, cit&eacute; par G. Didi-Huberman). Pourtant tout dans le cr&acirc;ne parle de chair, la moindre asp&eacute;rit&eacute; en raconte les adh&eacute;rences. Les os du cr&acirc;ne sont n&eacute;s de chair ; ils sont situ&eacute;s, dans la composition de la t&ecirc;te, entre deux chairs, celle du cerveau et la chair ext&eacute;rieure qui forme notre aspect visible. Le cr&acirc;ne est en m&ecirc;me temps bo&icirc;te et structure. L&eacute;onard de Vinci compare la t&ecirc;te humaine &agrave; un oignon que l&rsquo;on &laquo; <em>peut fendre en son milieu<\/em> &raquo; pour &laquo; <em>en compter toutes les tuniques et les pelures<\/em> &raquo;. Le cr&acirc;ne est la couche dure de ce feuilletage qui conserve la topographie du cerveau dans son int&eacute;rieur (topographie explor&eacute;e par l&rsquo;artiste Giuseppe Penone &agrave; travers sa s&eacute;rie de frottages de l&rsquo;int&eacute;rieur de la bo&icirc;te cr&acirc;nienne, et dont la r&eacute;flexion sur cette <em>c&eacute;cit&eacute; tactile<\/em> de l&rsquo;empreinte, est cit&eacute;e par G. Didi- Huberman dans &laquo; <em>&Ecirc;tre Cr&acirc;ne<\/em> &raquo;) et les points d&rsquo;insertion des muscles et des apon&eacute;vroses &agrave; l&rsquo;ext&eacute;rieur. Pourtant si un cr&acirc;ne est &laquo; empreinte &raquo; de la chair, il a perdu la physionomie de l&rsquo;individu, &agrave; qui cette chair appartenait et que cette derni&egrave;re permettait ; il conserve toute la m&eacute;moire de sa croissance et de son parcours en tant qu&rsquo;organisme vivant, mais ne poss&egrave;de plus les rep&egrave;res permettant son identification visuelle. Faire face &agrave; un cr&acirc;ne passe par ce constat d&rsquo;impossible reconnaissance, et par l&agrave; m&ecirc;me d&rsquo;impossible face-&agrave;-face avec quelque chose d&rsquo;inconcevable qui est en nous , qui nous regarde mais que nous ne voulons pas regarder. Un aveuglement d&rsquo;autant plus fort que s&rsquo;interpose devant chaque cr&acirc;ne la face grima&ccedil;ante de la \u00ab\u00a0t&ecirc;te de mort\u00a0\u00bb et les miasmes de terreur qu&rsquo;elle suscite.<br \/> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<br \/> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Gertrude a emport&eacute; dans sa mort ce qu&rsquo;elle a &eacute;t&eacute;. Elle laisse &agrave; mon regard et &agrave; mon toucher les magnifiques dessins de son cr&acirc;ne. Sa chair n&rsquo;a plus que l&rsquo;&eacute;paisseur de mes fantasmes, sa substance est ma peinture, son histoire se construit dans mes mises en sc&egrave;ne. Son aventure sur Internet en est une.<\/p>\n<p> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Quelques ann&eacute;es apr&egrave;s ma sortie de l&rsquo;&Eacute;cole, Alain Borer &eacute;crivit un tr&egrave;s beau <a href=\"texte-d-alain-borer-p874048.html\"><span style=\"text-decoration: underline;\">texte<\/span><\/a> sur mon travail, pour le catalogue d&rsquo;une exposition organis&eacute;e par <em>Le Confort Moderne<\/em> de Poitiers.<\/p>\n<p> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Outre cette exposition, je pr&eacute;parais aussi la naissance de mon premier enfant. Quand nous v&icirc;mes ce nouveau-n&eacute; aux yeux grands ouverts, &laquo; <em>&agrave; l&rsquo;abandon de soi &eacute;mouvant<\/em> &raquo; (G. Didi- Huberman, <em>&Ecirc;tre Cr&acirc;ne<\/em> ), nous s&ucirc;mes imm&eacute;diatement qu&rsquo;elle se pr&eacute;nommait Judith.<br \/> Judith eut l&rsquo;&eacute;l&eacute;gance de na&icirc;tre juste avant le vernissage.<\/p>\n<p><\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<div style=\"text-align: right;\"><span style=\"font-size: 12pt;\"><strong><span style=\"font-family: times new roman,times;\">Paris le neuf avril deux mille neuf<\/span><\/strong><\/span><br \/> <span style=\"font-size: 12pt;\"><strong><span style=\"font-family: times new roman,times;\">Juliette Charpentier,<\/span><\/strong><\/span><br \/> <span style=\"font-size: 12pt;\"><strong><span style=\"font-family: times new roman,times;\">Capitaine du vaisseau cyber-galactique Gertrude<\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p> <\/p>\n<div style=\"text-align: left;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"float: left; margin: 3px;\" src=\"https:\/\/juliettecharpentier.fr\/gertrudes\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/JPJu5M5L6J-dMv8pCBxxDhAE8Hw@168x121.jpg\" width=\"168\" height=\"121\" alt=\"\"\/> <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"float: left; margin: 3px;\" src=\"https:\/\/juliettecharpentier.fr\/gertrudes\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/cWlRhd_Jd4c162Ud2RBDCwf8ZGs@110x144.jpg\" width=\"110\" height=\"144\" alt=\"\"\/> <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"noAlign\" src=\"https:\/\/juliettecharpentier.fr\/gertrudes\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/2gOBv1DPhFKnPHSzFhemjpGeV0E@108x156.jpg\" width=\"108\" height=\"156\" alt=\"\"\/> <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"noAlign\" src=\"https:\/\/juliettecharpentier.fr\/gertrudes\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/mr-ji4MVblDN9wJ2L22ZC0Fdol0@77x222.jpg\" width=\"77\" height=\"222\" alt=\"\"\/> <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"noAlign\" src=\"https:\/\/juliettecharpentier.fr\/gertrudes\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/fkCe7yDiVmRakTYKdjsrrDQeUKk@99x136.jpg\" width=\"99\" height=\"136\" alt=\"\"\/>  <\/p>\n<div style=\"text-align: right;\"><strong><span style=\"font-family: times new roman,times;\">Juliette Charpentier, <em>Autoportraits fragment&eacute;s<\/em><\/span><\/strong><br \/> <span style=\"font-family: times new roman,times;\"><span style=\"font-size: 8pt;\"><strong>Huile sur toiles<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p> <\/p>\n<div style=\"text-align: left;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"noAlign\" src=\"https:\/\/juliettecharpentier.fr\/gertrudes\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/bra6ZjP4YOmc4yAOdDiHd3LWcDY@407x539.jpg\" width=\"407\" height=\"539\" alt=\"\"\/>  <\/p>\n<div style=\"text-align: right;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><span style=\"font-family: times new roman,times;\"><strong>Judith attend Juliette<\/strong><\/span><\/span><\/div>\n<p> <\/p>\n<div style=\"text-align: right;\"><span style=\"font-size: 8pt;\"><span style=\"font-family: times new roman,times;\"><strong>Reproduction noir et blanc du tableau <em>JudithI<\/em> de Gustav Klimt<\/strong><\/span><\/span><br \/> <span style=\"font-size: 8pt;\"><span style=\"font-family: times new roman,times;\"><strong>sur page en papier de soie d&rsquo;un registre de compte, 21 x 29,7 cm<\/strong><\/span><\/span><\/div>\n<p> <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"noAlign\" src=\"https:\/\/juliettecharpentier.fr\/gertrudes\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/VLCh5k17q0BtBG_qdvayK9gUVpU@209x310.jpg\" width=\"209\" height=\"310\" alt=\"\"\/> <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"noAlign\" src=\"https:\/\/juliettecharpentier.fr\/gertrudes\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/4SnAA5bjguq0JP36T9G0AeN_Qmc@374x251.jpg\" width=\"374\" height=\"251\" alt=\"\"\/>  <\/p>\n<div style=\"text-align: right;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><span style=\"font-family: times new roman,times;\"><strong><br \/> Juliette attend Judith<br \/><\/strong><\/span><\/span> <span style=\"font-size: 8pt;\"><span style=\"font-family: times new roman,times;\"><strong><br \/> Quinze jours avant la naissance de Judith. Photographie: DV<\/strong><\/span><\/span> <\/p>\n<div style=\"text-align: left;\">\n<div style=\"text-align: right;\"> <\/div>\n<\/p><\/div>\n<p> <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"margin: 3px auto; display: block; clear: both;\" src=\"https:\/\/juliettecharpentier.fr\/gertrudes\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/fgZQoepailBW9yr7o7gW5XSmEsA@300x251.jpg\" width=\"300\" height=\"251\" alt=\"\"\/><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&Agrave; Alain Borer, mon &laquo; Ma&iuml;eute &raquo; Amiti&eacute; d&eacute;finitive &nbsp; &laquo; Le voyage commence quand on est arriv&eacute; &raquo; Alain Borer, Rimbaud en Abyssinie La Chair de Gertrude &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Alain Borer, po&egrave;te, &eacute;crivain, &eacute;minent rimbaldien, fut mon professeur &agrave; l&rsquo;&eacute;cole des Beaux-Arts. &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il me fit deux cadeaux. Le premier fut le texte de Balzac, &hellip; <a href=\"https:\/\/juliettecharpentier.fr\/gertrudes\/neuf-d-avril-l-exception-au-capitaine-n-2-a108953406\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;Neuf d&rsquo;Avril: l&rsquo;Exception au Capitaine n\u00b02&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[122],"tags":[],"class_list":["post-295","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-les-revelations-du-capitaine"],"post_mailing_queue_ids":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/juliettecharpentier.fr\/gertrudes\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/295","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/juliettecharpentier.fr\/gertrudes\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/juliettecharpentier.fr\/gertrudes\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliettecharpentier.fr\/gertrudes\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/juliettecharpentier.fr\/gertrudes\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=295"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/juliettecharpentier.fr\/gertrudes\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/295\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/juliettecharpentier.fr\/gertrudes\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=295"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/juliettecharpentier.fr\/gertrudes\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=295"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/juliettecharpentier.fr\/gertrudes\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=295"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}