{"id":344,"date":"2008-08-21T19:30:02","date_gmt":"2008-08-21T17:30:02","guid":{"rendered":"http:\/\/juliettecharpentier.fr\/gertrudes\/2008\/08\/21\/philippe-soupault-a108953340\/"},"modified":"2008-08-21T19:30:02","modified_gmt":"2008-08-21T17:30:02","slug":"philippe-soupault-a108953340","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/juliettecharpentier.fr\/gertrudes\/philippe-soupault-a108953340\/","title":{"rendered":"Philippe Soupault."},"content":{"rendered":"<p>&nbsp; <\/p>\n<p> <strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp; <span style=\"font-size: 12pt;\"><span style=\"font-family: times new roman;\"><em>C&rsquo;est &agrave; cette &eacute;poque que je lus les Chants de Maldoror, qui demeurent pour moi la plus grande r&eacute;v&eacute;lation.<\/p>\n<p> &nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp; Isidore Ducasse. Ces quelques syllabes suffisent &agrave; me r&eacute;concilier pendant une heure avec moi-m&ecirc;me. Il m&rsquo;importe peu de d&eacute;couvrir, ici ou l&agrave;, d&rsquo;autres intercesseurs. Un seul suffit &agrave; un seul homme. On parle toujours de l&rsquo;&eacute;toile, de la bonne ou de la mauvaise, d&rsquo;un &ecirc;tre : on ne parle pas d&rsquo;un firmament. Il me semble que Lautr&eacute;amont m&rsquo;emp&ecirc;che d&rsquo;admirer.<br \/> &nbsp;&nbsp;&nbsp; Cette joie que tout &agrave; coup je recueille pour mes sens endormis est une joie sans qualificatif, une joie enfin que je d&eacute;sire et que j&rsquo;attends. Lautr&eacute;amont. &Ocirc; d&eacute;sespoir de ma vie, ma ch&egrave;re fronti&egrave;re, borne miraculeuse ! J&rsquo;apprends gr&acirc;ce &agrave; lui &agrave; me d&eacute;cider &agrave; vivre, comme le dernier des crabes. Tout ce qui, autrefois, pin&ccedil;ait mon c&oelig;ur et fouillait mon cerveau se fane et ach&egrave;ve de mourir, sans m&ecirc;me que j&rsquo;y prenne garde.<br \/> (&hellip;)<br \/> &nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp; &nbsp; N&rsquo;est-ce pas qu&rsquo;il faut avoir du chagrin, beaucoup de chagrin parce que l&rsquo;on est n&eacute; trop tard ? Je me console de la mort de mon ami qui fut, dit-on, pr&eacute;matur&eacute;e, mais non de ma naissance tardive&hellip; Il suffisait d&rsquo;une seule g&eacute;n&eacute;ration. Me voici (moi et les autres) mis&eacute;rablement r&eacute;duit &agrave; fouiller dans les souvenirs, &agrave; gratter les pages d&rsquo;un livre. Un homme, un homme, est-ce que l&rsquo;on rencontre cela si souvent ? Est-ce que vous en voyez beaucoup autour de vous ? Est-ce que la pourriture qui pue est si f&eacute;conde ?<br \/> &nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp; Il faut chercher longtemps. Et lui vivait il y a &agrave; peine cinquante ans. Je suis arriv&eacute; trop tard et mon ami est mort. Il s&rsquo;en fallait de trente ans ! Quelle tristesse d&rsquo;&ecirc;tre oblig&eacute; d&rsquo;imaginer la derni&egrave;re crispation de cette bouche pour pouvoir se souvenir d&rsquo;un visage moribond et ch&eacute;ri !<br \/> (&hellip;)<br \/> &nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp; Ce n&rsquo;est pas &agrave; moi, ni &agrave; personne (entendez-vous, messieurs, qui sont mes t&eacute;moins ?) de juger M. le Comte. On ne juge pas M. de Lautr&eacute;amont. On le reconna&icirc;t au passage et on le salue jusqu&rsquo;&agrave; terre. Je donne ma vie &agrave; celui ou &agrave; celle qui me le fera oublier &agrave; jamais.<br \/> &nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp; J&rsquo;&eacute;tais couch&eacute; dans un lit d&rsquo;h&ocirc;pital lorsque je lus pour la premi&egrave;re fois les Chants de Maldoror. C&rsquo;&eacute;tait le 28 juin. Depuis ce jour-l&agrave; personne ne m&rsquo;a reconnu. Je ne sais plus moi-m&ecirc;me si j&rsquo;ai du c&oelig;ur.<br \/> &nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp; &laquo; Allez-y voir vous-m&ecirc;me si vous ne voulez pas me croire. &raquo;<\/em><\/span><br \/><\/span><\/p>\n<p><\/strong><\/p>\n<div style=\"text-align: right;\"><strong>Philippe Soupault, <em>Histoire d&rsquo;un blanc, M&eacute;moires de l&rsquo;Oubli.<\/em> 1927<\/p>\n<p><\/strong><\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp; C&rsquo;est &agrave; cette &eacute;poque que je lus les Chants de Maldoror, qui demeurent pour moi la plus grande r&eacute;v&eacute;lation. &nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp; Isidore Ducasse. Ces quelques syllabes suffisent &agrave; me r&eacute;concilier pendant une heure avec moi-m&ecirc;me. Il m&rsquo;importe peu de d&eacute;couvrir, ici ou l&agrave;, d&rsquo;autres intercesseurs. 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