{"id":37,"date":"2011-10-03T00:02:02","date_gmt":"2011-10-02T22:02:02","guid":{"rendered":"http:\/\/juliettecharpentier.fr\/gertrudes\/2011\/10\/03\/auto-oscopie-n-4-partir-a108953736\/"},"modified":"2011-10-03T00:02:02","modified_gmt":"2011-10-02T22:02:02","slug":"auto-oscopie-n-4-partir-a108953736","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/juliettecharpentier.fr\/gertrudes\/auto-oscopie-n-4-partir-a108953736\/","title":{"rendered":"Auto-Oscopie N\u00b04: Partir&#8230;"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"margin: 3px auto; display: block; clear: both;\" src=\"https:\/\/juliettecharpentier.fr\/gertrudes\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/vhnf9BQE1N4Fb-SD8mii7OfenQg@600x450.jpg\" alt=\"img_2661.jpg\" width=\"600\" height=\"450\"\/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong><span style=\"font-family: times new roman,times;\">C&rsquo;est l&agrave;, nich&eacute; au fond de ma t&ecirc;te, presque oubli&eacute;, mais toujours pr&eacute;sent, pr&ecirc;t &agrave; surgir &agrave; chaque faille de mon quotidien.<\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong><span style=\"font-family: times new roman,times;\">C&rsquo;est un creux dans l&rsquo;encombrement de mes pens&eacute;es, un trou d&rsquo;air, un vide rempli d&rsquo;atmosph&egrave;re.<\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong><span style=\"font-family: times new roman,times;\">Bien plus qu&rsquo;une id&eacute;e, c&rsquo;est un sentiment : vague &agrave; l&rsquo;&acirc;me, ressac qui bat, butant contre la cage &eacute;troite de mon cr&acirc;ne et de mes tripes .<\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong><span style=\"font-family: times new roman,times;\">C&rsquo;est poignant et beau comme la sourde m&eacute;lancolie d&rsquo;un ange grav&eacute; par D&uuml;rer&nbsp;dont l&rsquo;aile repli&eacute;e raconte l&rsquo;impuissance de l&rsquo;envol, et dont seul l&rsquo;&oelig;il fou, point aveugle et blanc au centre de l&rsquo;image, &eacute;chappe &agrave; tout dessein.<\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong><span style=\"font-family: times new roman,times;\">Car je soigne en moi, telle une douce aile malade et douloureuse, un d&eacute;sir&nbsp;: Partir.<\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong><span style=\"font-family: times new roman,times;\">Il est d&rsquo;autant plus puissant que je ne passerai jamais &agrave; l&rsquo;acte&nbsp;; ultime pouvoir dont je me crois dot&eacute;e et que je me complais &agrave; croire plus fort que la mort, celui de laisser derri&egrave;re moi, le jour venu, ce trop plein qui me ronge le temps et l&rsquo;entendement.<\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong><span style=\"font-family: times new roman,times;\">J&rsquo;ignore, de ce d&eacute;sir ou de la certitude de son inassouvissement, quel est le plus rassurant ou le plus inqui&eacute;tant. C&rsquo;est l&agrave;, en moi, comme une fen&ecirc;tre ouverte, et c&rsquo;est ce qui m&rsquo;importe.<\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong><span style=\"font-family: times new roman,times;\">Je ne sais plus quel imb&eacute;cile, tant pis si c&rsquo;est un grand po&egrave;te, a dit que &laquo;&nbsp;partir &eacute;tait mourir un peu&nbsp;&raquo;. Je pense, au contraire, que partir est vivre, se sauver, se garder vivant. Il est d&rsquo;ailleurs &eacute;trange que l&rsquo;expression &laquo;&nbsp;se sauver&nbsp;&raquo; vaille aussi bien pour &laquo;&nbsp;fuir&nbsp;&raquo; que pour &laquo;&nbsp;vivre&nbsp;&raquo;.<\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong><span style=\"font-family: times new roman,times;\">Rester dans la m&eacute;lasse des journ&eacute;es qui s&rsquo;&eacute;coulent, dans la scansion absurde d&rsquo;&eacute;v&egrave;nements et de gestes renouvel&eacute;s jusqu&rsquo;&agrave; leur parfaite inconscience, laisser l&rsquo;&eacute;rosion de l&rsquo;habitude m&rsquo;aveugler et m&rsquo;asphyxier, est la plus sure fa&ccedil;on de mourir.<\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong><span style=\"font-family: times new roman,times;\">Et des fers du quotidien, l&rsquo;attachement le plus terrible reste bien l&rsquo;amour que je porte aux miens&nbsp;: vivre &agrave; leur c&ocirc;t&eacute; est aussi indispensable que leur passer &agrave; c&ocirc;t&eacute; devient in&eacute;vitable&nbsp;; et seuls la perte et l&rsquo;absence peuvent restituer toute la dimension de cette d&eacute;pendance &agrave; l&rsquo;autre qui est devenu soi.<\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong><span style=\"font-family: times new roman,times;\">Pourtant, partir avant qu&rsquo;il ne soit trop tard, que l&rsquo;&acirc;ge m&rsquo;ali&egrave;ne &agrave; la d&eacute;cr&eacute;pitude de ma carcasse et me condamne &agrave; une passivit&eacute; immobile, est bien plus qu&rsquo;une id&eacute;e .<\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong><span style=\"font-family: times new roman,times;\">En effet, ce ne peut &ecirc;tre qu&rsquo;un sentiment, avec toute l&rsquo;exaltation qu&rsquo;il comporte, et les possibles extases qu&rsquo;il promet.<\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong><span style=\"font-family: times new roman,times;\">Il est un amour impossible, je sais que cela n&rsquo;arrivera jamais&nbsp;; mais cela me fait r&ecirc;ver, de ces r&ecirc;ves plus forts que la r&eacute;alit&eacute;.<\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong><span style=\"font-family: times new roman,times;\">Il ne s&rsquo;agit pas de fuir, mais de m&rsquo;affranchir de la pesanteur des amarres qui peu &agrave; peu m&rsquo;entrainent au fond de ma torpeur, et m&rsquo;enl&egrave;ve toute passion.<\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong><span style=\"font-family: times new roman,times;\">Et partir, l&agrave;, ne vise aucune destination r&eacute;elle ou connue, mais un lieu qui tiendrait plus de l&rsquo;utopie, <em>topos<\/em> <span style=\"font-style: normal;\">qui est un ailleurs qui n&rsquo;existe nulle part pour exister partout, qui fait image dans ma t&ecirc;te, petite cabane au milieu de l&rsquo;oc&eacute;an des vagues ou des montagnes, dont la qualit&eacute; premi&egrave;re serait ma solitude.<\/span><\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong><span style=\"font-family: times new roman,times;\"><span style=\"font-style: normal;\">Cependant, cette case vide des autres, que je m&eacute;nage dans l&rsquo;&oelig;il du cyclone, que j&rsquo;isole du bruit du monde, a, parfois, quelque vell&eacute;it&eacute; de se r&eacute;incarner dans ma cervelle.<\/span><\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong><span style=\"font-family: times new roman,times;\"><span style=\"font-style: normal;\">Car une odeur y flotte.<\/span><\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong><span style=\"font-family: times new roman,times;\"><span style=\"font-style: normal;\">Bien r&eacute;elle, elle en habite l&rsquo;espace &agrave; la mani&egrave;re d&rsquo;un parfum, et, telle une sir&egrave;ne au chant puissant, fait couler ma m&eacute;lancolie dans l&rsquo;amer de la nostalgie.<\/span><\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong><span style=\"font-family: times new roman,times;\"><span style=\"font-style: normal;\">Odeur qui remonte, et brutalement claque dans ma m&eacute;moire&nbsp;: Odeur du bois blanc des caisses des d&eacute;m&eacute;nagements de mon enfance.<\/span><\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong><span style=\"font-family: times new roman,times;\"><span style=\"font-style: normal;\">Partir est, en effet, une maladie que j&rsquo;ai attrap&eacute;e &agrave; l&rsquo;&acirc;ge de trois ans, un &acirc;ge o&ugrave; il est pourtant d&eacute;testable de partir. Et telle une fi&egrave;vre tropicale, je sais qu&rsquo;elle brulera dans mes veines jusqu&rsquo;&agrave; la fin.<\/span><\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong><span style=\"font-family: times new roman,times;\"><span style=\"font-style: normal;\">J&rsquo;ai une pens&eacute;e &eacute;mue pour mes parents, si jeunes partis, avec deux enfants petits. Deux instituteurs, pleins d&rsquo;id&eacute;aux dans la t&ecirc;te, et quelques objets soigneusement pli&eacute;s dans une cantine m&eacute;tallique verte, le nom de mon p&egrave;re sur le couvercle, trac&eacute; au pinceau de fa&ccedil;on appliqu&eacute;e par ma m&egrave;re.<\/span><\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong><span style=\"font-family: times new roman,times;\"><span style=\"font-style: normal;\">D&rsquo;ann&eacute;e en ann&eacute;e, de mutation en mutation, d&rsquo;un poste outre-mer &agrave; un autre, le bagage grandit en m&ecirc;me temps que nous. De la cantine, nous pass&acirc;mes vite &agrave; deux, puis trois, et tr&egrave;s vite, mes parents firent fabriquer des caisses en bois qui nous suivirent ensuite durant tous nos p&eacute;riples, et ce, jusqu&rsquo;&agrave; leur retour d&eacute;finitif en France, bien apr&egrave;s le mien, &agrave; l&rsquo;&acirc;ge de dix-huit ans.<\/span><\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong><span style=\"font-family: times new roman,times;\"><span style=\"font-style: normal;\">Ces caisses doivent encore trainer quelque part dans un d&eacute;barras, si elles ne sont pass&eacute;es au feu de quelque nettoyage de printemps. Mais elles font partie de la l&eacute;gende familiale, rythmant de leurs &eacute;pisodes de remplissage nos s&eacute;jours en diff&eacute;rents points du globe&nbsp;; et quand elles ne servaient pas de containers &agrave; nos bagages, elles se pliaient &agrave; l&rsquo;ing&eacute;niosit&eacute; de ma m&egrave;re qui les transformait en banquettes ou en &eacute;tag&egrave;res dans des logements de fonctions d&eacute;nu&eacute;s de confort et bien souvent meubl&eacute;s du strict minimum&nbsp;; ma m&egrave;re, &agrave; l&rsquo;occasion, glosait sur ses coll&egrave;gues qui faisaient venir &agrave; grands frais des meubles &laquo;&nbsp;de style&nbsp;&raquo; de la m&eacute;tropole, et tirait beaucoup de fiert&eacute; &agrave; d&eacute;clarer que nous &eacute;tions, nous, log&eacute;s en &laquo;&nbsp;Louis Caisse&nbsp;&raquo;.<\/span><\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong><span style=\"font-family: times new roman,times;\"><span style=\"font-style: normal;\">Ainsi ces caisses accompagnaient notre vie quotidienne en pr&eacute;servant une certaine atmosph&egrave;re provisoire dans la maison&nbsp;: un &laquo;&nbsp;partir&nbsp;&raquo; accroch&eacute; &agrave; ces bouts de bois qui ne se faisait jamais oublier des &laquo;&nbsp;oiseaux sur la branche&nbsp;&raquo;, autre expression maternelle, que nous &eacute;tions.<\/span><\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong><span style=\"font-family: times new roman,times;\"><span style=\"font-style: normal;\">Mais &laquo;&nbsp;faire les caisses&nbsp;&raquo; restait le moment crucial, excitant et redoutable &agrave; la fois&nbsp;: de grandes disputes parentales &eacute;clataient autour du meilleur agencement des objets dans les caisses, ma m&egrave;re pr&eacute;tendant tout organiser en maitresse femme, mon p&egrave;re, pessimiste, pr&eacute;disant la catastrophe de devoir abandonner derri&egrave;re nous une partie de nos affaires par manque de place.<\/span><\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong><span style=\"font-family: times new roman,times;\"><span style=\"font-style: normal;\">Je tremblais que ce sacrifice tomb&acirc;t sur mes quelques jouets, moi qui vivais d&eacute;j&agrave; ces pr&eacute;paratifs de d&eacute;part comme la s&eacute;paration douloureuse des petites choses construites lors de toujours trop courts s&eacute;jours et la privation momentan&eacute;e mais bien trop longue de mes menus biens.<\/span><\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong><span style=\"font-family: times new roman,times;\"><span style=\"font-style: normal;\">Je savais que les caisses s&eacute;journeraient de longues semaines en mer dans les cales d&rsquo;un cargo dont elles garderaient &agrave; l&rsquo;arriv&eacute;e cette odeur caract&eacute;ristique d&rsquo;huile et d&rsquo;embruns m&ecirc;l&eacute;s. J&rsquo;imaginais mes poup&eacute;es compress&eacute;es entre les casseroles et les lampes &agrave; p&eacute;troles, affrontant les dangers des temp&ecirc;tes, ballot&eacute;es dans ces contenants de bois &agrave; l&rsquo;apparence pourtant solide, mais qui, livr&eacute;es aux &eacute;l&eacute;ments pouvaient se disloquer comme des f&eacute;tus de paille.<\/span><\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong><span style=\"font-family: times new roman,times;\"><span style=\"font-style: normal;\">Cette travers&eacute;e aussi circonstancielle que temporelle de nos objets, qui faisait parall&egrave;le &agrave; chaque fois &agrave; notre d&eacute;part pour une situation nouvelle, prenait dans mon esprit une dimension quasi surnaturelle dont l&rsquo;&eacute;vocation a toujours le pouvoir de me serrer le c&oelig;ur&nbsp;; mais rien n&rsquo;&eacute;galait en &eacute;motion le moment tant attendu de l&rsquo;arriv&eacute;e des caisses&nbsp;: outre quelques mauvaises surprises pour mes parents d&rsquo;objets cass&eacute;s ou ayant pris l&rsquo;eau, c&rsquo;&eacute;taient pour moi une red&eacute;couverte &eacute;mue de choses qui, dans ce p&eacute;riple &eacute;chappant &agrave; ma vigilance, avaient acquis un suppl&eacute;ment de myst&egrave;re.<\/span><\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong><span style=\"font-family: times new roman,times;\"><span style=\"font-style: normal;\">Je confiais ainsi &agrave; l&rsquo;inconnu un objet auquel je tenais beaucoup, un petit voilier que j&rsquo;avais eu pour mes huit ans, v&eacute;ritable mod&egrave;le r&eacute;duit de trois-m&acirc;ts, dot&eacute; d&rsquo;un gr&eacute;ement complet, qui naviguait tout comme un grand. C&rsquo;&eacute;tait probablement le jouet le plus sophistiqu&eacute; et le plus pr&eacute;cieux de ma collection, jouet dont mon p&egrave;re, ancien marin, s&rsquo;amusait autant que moi&nbsp;; je le soup&ccedil;onne d&rsquo;ailleurs d&rsquo;avoir eu quelque influence sur mes choix.<\/span><\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong><span style=\"font-family: times new roman,times;\"><span style=\"font-style: normal;\">Le petit bateau devenait, d&egrave;s lors qu&rsquo;il se trouvait pos&eacute; sur l&rsquo;eau, un vrai navire de forbans&nbsp;: il affrontait courageusement les intemp&eacute;ries, sa coque craquait dans les creux gigantesques des d&eacute;ferlantes indomptables, ses voiles se gonflaient, ses cordages grin&ccedil;aient dans d&rsquo;&eacute;pouvantables ouragans, le bateau chavirait, l&rsquo;&eacute;quipage se noyait r&eacute;guli&egrave;rement non sans avoir au pr&eacute;alable combattu jusqu&rsquo;&agrave; la mort des monstres effroyables et des requins sanguinaires&nbsp;; parfois, il avait la chance de croiser un banc de dauphins qui venaient &agrave; son secours.<\/span><\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong><span style=\"font-family: times new roman,times;\"><span style=\"font-style: normal;\">Quelque fut l&rsquo;issu du drame, tout pouvait recommencer le lendemain.<\/span><\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong><span style=\"font-family: times new roman,times;\"><span style=\"font-style: normal;\">Ces aventures rocambolesques &eacute;taient &agrave; l&rsquo;aune de mon imagination enfantine et ne d&eacute;passaient pas en r&eacute;alit&eacute; la zone de petits clapots qu&rsquo;il m&rsquo;&eacute;tait permis de franchir dans l&rsquo;oc&eacute;an&nbsp;; au-del&agrave; commen&ccedil;ait le lieu des v&eacute;ritables dangers, hauts fonds et gouffres sous-marins peupl&eacute;s d&rsquo;innombrables b&ecirc;tes f&eacute;roces et de gigantesques mur&egrave;nes capables en quelques secondes de happer l&rsquo;innocent baigneur pour l&rsquo;entrainer dans des antres sombres.<\/span><\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong><span style=\"font-family: times new roman,times;\"><span style=\"font-style: normal;\">L&rsquo;id&eacute;e de ce monde que seuls Nemo et Achab &eacute;taient &agrave; m&ecirc;me de fr&eacute;quenter me faisait fr&eacute;mir de terreur, le soir, sous mon abri de moustiquaire, id&eacute;e que j&rsquo;entretenais &agrave; la lecture des <em>Merveilles de la Nature<\/em>, ouvrage abondamment illustr&eacute;&nbsp;dont l&rsquo;image la plus effroyable &eacute;tait une toute petite vignette en noir et blanc repr&eacute;sentant un tsunami au Japon&nbsp;: on y voyait des &ecirc;tres humains &agrave; peine plus grands que des fourmis fuyant devant une vague noire haute comme une montagne. L&rsquo;image m&rsquo;obs&eacute;dait au point que je m&rsquo;&eacute;veillais au milieu de la nuit, croyant entendre l&rsquo;oc&eacute;an avancer dans le jardin dont le fond donnait sur la plage, et que j&rsquo;&eacute;prouvais le besoin imp&eacute;rieux de contempler &agrave; nouveau ces trois centim&egrave;tres carr&eacute;s de chaos &agrave; la lueur de ma lampe de poche.<\/span><\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong><span style=\"font-family: times new roman,times;\"><span style=\"font-style: normal;\">Si longtemps apr&egrave;s, alors que j&rsquo;habite si loin de la mer, je revois encore cette image avec autant de nettet&eacute;&nbsp;; elle surgit dans ma m&eacute;moire aussit&ocirc;t que j&rsquo;&eacute;voque de pr&egrave;s ou de loin l&rsquo;id&eacute;e de l&rsquo;oc&eacute;an.<\/span><\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong><span style=\"font-family: times new roman,times;\"><span style=\"font-style: normal;\">Probablement n&rsquo;ai-je m&ecirc;me pas besoin de l&rsquo;&eacute;voquer, car l&rsquo;oc&eacute;an, depuis mon enfance, ne m&rsquo;a jamais quitt&eacute;, et il reste l&rsquo;objet central de mon d&eacute;sir, d&rsquo;autant plus grand que je m&rsquo;en trouve &eacute;loign&eacute;e&nbsp;; enfant, je courrais &agrave; sa rencontre d&egrave;s que mes parents avaient le dos tourn&eacute;, je ne m&rsquo;en lassais jamais. L&rsquo;oc&eacute;an est au c&oelig;ur de ce &laquo;&nbsp;partir&nbsp;&raquo; qui m&rsquo;habite, il en est l&rsquo;indicible, irr&eacute;sistible et terrifiant &agrave; la fois, espace incommensurable qui emporte mon petit bateau d&rsquo;enfant pour une destination d&eacute;sorient&eacute;e, sans retour.<\/span><\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong><span style=\"font-family: times new roman,times;\">Sur cet oc&eacute;an int&eacute;rieur, un jour de mars, il y a douze ans, j&rsquo;ai vu partir mon p&egrave;re, le marin, dans une caisse en bois. Sa travers&eacute;e ne finira jamais.<\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><span style=\"text-align: right;\"><strong><span style=\"font-family: times new roman,times;\">Gertrude<\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong><span style=\"font-family: times new roman,times;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"margin: 3px auto; display: block; clear: both;\" src=\"https:\/\/juliettecharpentier.fr\/gertrudes\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/B6qKbMeAQx0VqPTRr0WL-cYc9KY@225x300.jpg\" alt=\"melencolia21.jpg\" width=\"225\" height=\"300\"\/><\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-size: 14pt; font-family: arial black,avant garde;\"><strong>Cela fait trois ans et neuf mois que Gertrude navigue vers un lieu qui n&rsquo;existe pas.<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-size: 14pt; font-family: arial black,avant garde;\"><strong>&nbsp;<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-size: 14pt; font-family: arial black,avant garde;\"><strong>Pr&eacute; en bulle sur la Rose.<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-size: 14pt; font-family: arial black,avant garde;\"><strong>Nostalgie embu&eacute;e sur la Noire<br \/><\/strong><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; &nbsp; C&rsquo;est l&agrave;, nich&eacute; au fond de ma t&ecirc;te, presque oubli&eacute;, mais toujours pr&eacute;sent, pr&ecirc;t &agrave; surgir &agrave; chaque faille de mon quotidien. 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