Le Cahier de Jeanne

Cela fait maintenant sept ans et sept mois

que la Crâneuse

écrit çà et là

en cet espace

Mais il arrive qu’au fil de son écriture

elle délaisse l’Os séant

pour remonter aux sources

 

Le cahier de Jeanne

Le cahier de Jeanne

Tant de pages laissées vierges à jamais, qui m’incitent à écrire à mon tour. Malgré le désir que m’inspire ce cahier ce n’est pas sur ce support que je tracerai mes lignes. L’utiliser serait commettre un sacrilège, car il ne m’appartient pas, il est la transmission de mémoire telle que ma grand-mère l’a voulu. Mais j’écrirai et je n’aurai d’autres choix que d’écrire par fragments épars comme le fit ma grand-mère paternelle Jeanne.

 

Je commence à écrire le 19 juin, jour de l’anniversaire de mon père disparu en mars 99 mais je crois que j’ai pris cette décision au alentours du 13 mai date anniversaire de la naissance de ma grand-mère Jeanne, sa mère. Cette date, je l’ai trouvée sur le faire part de son décès paru à l’époque dans le quotidien local, petit carré de papier encadré de noir soigneusement découpé et collé par ma tante Madeleine à la suite du texte écrit par Jeanne. Ce texte n’est pas un journal, un journal, elle en tenait un et j’en parlerai plus loin, plutôt des bribes de souvenirs venus comme viennent les souvenirs et posés là sur le papier à la fin de sa vie probablement dans une volonté de transmettre.

 

Le cahier n’a rien de remarquable, les pages sont lignées, l’écriture est régulière, appliquée ; cette  dernière s’interrompt à la mort de ma grand-mère laissant 224 pages vides. Juste en dessous des derniers mots de Jeanne quelques lignes tremblées tracées par mon grand-père Baptiste, il devait mourir six mois après. Et puis, comme deux stèles dressées faisant barrière à toute suite, ces deux faire-part découpés et collés côte à côte : deux dates de naissance, deux dates de mort, même épitaphe.

 Juliette Charpentier, Le Cahier de Jeanne, 2015 (extrait)

 

Pendant que la Crâneuse écrit

La Rose est à l’ouvrage

et la Noire toute à la contemplation

Les Chètes de Gertrude

 

CHÈTES: Néologisme*

en glisse au-delà du mouroir

désignant tout ce que Gertrude

ne saurait montrer

et ce que nous ne saurions y voir.

Une notion qui tombe à pic

dans le vide

du décollement irréversible de l’Os

et dans le bleu

qui s’insinue dans l’archipel gertrudien.

 

* Cet article est dédiée à Noëlle Combet qui en a inventé le titre sans en maitriser les conséquences.

 

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JC, Chète 1, traces de pétales de fleurs séchés, aquarelle sur papier, 21 x 29,7cm

 

Il y a Pays(pas)sage sous Rose et encre Noire de passage