Dissection n°3: Considérations sur la Délocalisation de l’Interface.

Cours de sciences hypophysiques à
un Autruchon blogueur
ou

les élucubrations de Gertrude
sur une côte de mailles bleue
à bruit secret.


(A bruit secret)
    Tel est le titre de ce « ready-made aidé »: une pelote de ficelle entre deux plaques de cuivre réunies par quatre longs boulons. A l’intérieur de la pelote de ficelle, Walter Arensberg ajouta secrètement  un petit objet qui produit un bruit quand on le secoue. Et à ce jour je ne sais ce dont il s’agit, pas plus que personne d’ailleurs.
    Sur les plaques de cuivre, j’inscrivis trois courtes phrases dans lesquelles des lettres manquaient ça et là comme une enseigne au néon lorsqu’une lettre n’est pas allumé et rend le mot inintelligible.


Marcel Duchamp, Duchamp du signe, A propos de moi-même.

Gertrude et les épingles.

Désensablement:
rester à la surface

Relique du monogramme, 2008.
Monogramme brodé, feutre, verre bombé, épingles, pate à cuire photographies découpées.
5 x 18 x 18 cm


Six images spéculaires montées en épingle dans le miroir.

Alors, la lampe au bec d’argent reparaît à la surface, et poursuit sa marche, à travers des arabesques élégantes et capricieuses.


Isidore Ducasse, Comte de Lautréamont,

Les Chants de Maldoror – Chant II


Le Monogramme brodé a été acheté sur Internet le 6 octobre 2007, le verre bombé le 17 juillet 2007.

Gertrude et les trous d’épingle.

Retour à la surface.

 

Profil de Gertrude en trous d’épingle,
2007, papier de soie, dentelle en papier, cadre plasique et verre, 10,5 x 11,5 cm.  

            C’est l’histoire d’une petite fille de cinq ans.
    Elle vient d’arriver avec ses parents dans un petit village de brousse du Sud malgache.
Auparavant, ils vivaient au Soudan, à Khartoum.
À Khartoum, les parents de la petite fille avaient essayé pendant une semaine de la mettre à l’école maternelle française. La maîtresse s’appelait Mme Vilain. La petite fille avait pleuré sans s’arrêter pendant toute la semaine, à tel point que la maîtresse ne pouvait plus la supporter et que ses parents avaient été obligés de la retirer de l’école. La petite fille ne savait pas à ce moment-là que cet événement changerait son destin à jamais. Elle fut ensuite gardée à domicile par une femme soudanaise ; il lui en reste, à présent, le souvenir d’une grande silhouette drapée de noir.
    Dans le village malgache, les parents de la petite fille n’ont encore trouvé personne pour s’occuper d’elle. Quelqu’un leur parle de la Mission des Pères Blancs ; les bonnes sœurs s’y occupent de quelques orphelins. Durant quelques semaines, lorsque ses parents travaillent, la petite fille est donc confiée aux sœurs de la Mission.
    Elle aime bien cet endroit qui ne ressemble pas vraiment à l’école, et où elle retrouve un petit groupe d’enfants malgaches. Il y a des petites maisons blanches couvertes de tôle et une cour en terre rouge avec des arbres. Au milieu de la cour, il y a une grande statue blanche d’une dame avec une longue robe à plis et un bébé dans les bras ; c’est la Sainte Vierge. Les sœurs, elles aussi, habillées de longues robes blanches, sont gentilles. Chaque jour, les sœurs et les enfants se réunissent autour de la statue pour prier : il faut presser ses mains l’une contre l’autre et regarder vers le ciel, là où habite la vraie Sainte Vierge, et il faut réciter des sortes de poèmes pour lui parler.
    Pendant que les enfants plus grands apprennent leurs leçons, la petite fille, elle, dessine beaucoup. Les bonnes sœurs lui ont appris aussi une nouvelle méthode pour découper les images : avec la pointe d’une épingle à nourrice, il faut faire de petits trous tout autour de l’image et quand les trous sont assez rapprochés, on peut délicatement détacher l’image ; C’est plus minutieux et plus précis que les ciseaux; c’est surtout captivant. Devenue adulte, elle éprouvera le même plaisir à pratiquer la broderie.
    Plus tard, quand la petite fille reste à la maison avec sa nourrice Delphine, elle continue à découper les images avec une épingle.
    Mais elle garde aussi un secret que ses parents n’ont pas l’air de soupçonner. Quand elle se promène avec eux le soir au bord du Fleuve, elle regarde le ciel aux étoiles naissantes. Son père, qui est un ancien marin, lui parle des constellations, lui apprend à les reconnaître et à les nommer. Mais la petite fille se garde bien de lui révéler ce que cachent, en vérité, ces petits trous d’épingle dans le ciel, ni ce qui peuple les nuages au loin, chargés de pluie tropicale. Elle seule sait que dans les cieux habitent la Sainte Vierge, le petit Jésus, le Bon Dieu et peut-être bien le Père Noël. L’idée la remplit d’émotion mais aussi de terreur.
    Heureusement, elle a trouvé un endroit dans la maison, au fond de la penderie sous l’imperméable de sa mère, où elle se sent à peu près hors de portée de ces regards célestes.

Le cadre au verre bombé et à l’entourage de plastique contenait à l’origine l’image de Saint François Régis, patron des Jésuites. Il a été acheté sur internet le 20 juin 2007. La dentelle en papier provient d’une des nombreuses boites de calissons d’Aix que JC a mangés; ce sont ses friandises préférées.

Collage Collégial: Une Relique d’exception.

Le Capitaine a déménagé son atelier pendant une semaine et embarqué dix-huit matelots expérimentés sur son frêle* esquif .

*
« Un bateau frêle comme un papillon de mai. » Arthur Rimbaud


Relique Collégiale, mai 2008, technique mixte, 21 x 26 cm

1-    Le 13 mai 2008 à 10h45, un chewing-gum donné par Jean-Luc. Ce chewing-gum est énergétique comme le E de Gertrude ; il est de la même couleur que le T-shirt de la jeune fille inconnue dont le prénom commence par G ;

2- Le 13 mai 2008 à 11h25, un dessin donné par Paul. C’est un portrait d’Oscar, un soupirant de Gertrude ; il lui envoie un message personnel.


3- Le 13 mai 2008 à 11h30, un bijou en cuivre donné par Stéphanie. Ce bijou venu d’ailleurs rappelle beaucoup de souvenirs à Gertrude.


4- Le 13 mai 2008 à 11h40, un dessin donné par Cécile : il s’agit du portrait de dos de la jeune fille inconnue dont le prénom commence par G. On ne connaît pas son visage ; elle assiste au duel entre Oscar et la Madone jaune.


5- Le 13 mai 2008 à 11h45, la Madone jaune donnée par Marina. La Madone est jaune de peur à la vue d’Oscar ; elle n’a que son regard pour l’affronter ainsi que sa longue tresse ornée d’un coquillage venu d’une plage lointaine.


6- Le 13 mai 2008 à 11h47 une étiquette donnée par Patrick. C’est la preuve qu’il achète ses perles en bois dans un magasin de Bricolage.


7- Le 13 mai 2008 à 11h50, l’empreinte du petit cochon rose donnée par Céline. Le Petit Cochon Ailé a bien mis son nez dans cette affaire.


8- Le 13 mai 2008 à 11h55, la citation de Shakespeare* donnée par Stéphane. Aucun commentaire à part la citation.


9- Le 13 mai 2008 à 14h08, les porcelaines données par Eve. Plantées de part et d’autre de la trace du cochon elles gardent l’entrée du Temple.


10- Le 13 mai 2008 à 14h20, le papier cuisson donné par Chantal. Ce papier garde l’empreinte des nourritures terrestres, sous lesquelles se cache l’œil  cerné de dentelles.


11- Le 14 mai 2008 à 9h35, l’œil cerné de dentelle donné par Brigitte. L’oeil est caché dans le papier cuisson et vous regarde.


12- Le 14 mai 2008 à 11h50, le nom de GERTRUDE découpé dans du papier noir donné par Cécile. Il est absolument nécessaire pour prouver que la Madone est bien innocente.


13- Le 14 mai 2008 à 15h05, le petit avion jaune donné par Fred. C’est un nouveau Miracle de l’Aéropostale sous la forme d’un avion miniature qui échappe à notre contrôle.


14- Le 15 mai 2008 à 9h25, le négatif photo donné par Laure. C’est tout ce qui se passe en creux de notre réalité sur une si fine pellicule.


15- Le 15 mai 2008 à 9h45, le cachet d’aspirine donné par Fabienne. C’est un cachet chargé d’affect qui redonne santé au Crâne.


16- Le 15 mai 2008 à 12h50, le petit livre donné par Sophie. Il n’y a pas d’histoire seulement des mots.


17- Le 16 mai 2008 à 9h20, Didier nous donne enfin la clé, mais il faudra casser la vitre pour la récupérer.


18- Le 16 mai 2008 à 14h, Daniel a attendu que la Relique soit scellée pour donner la dernière page de son roman policier en anglais. La dernière page nous raconte le dénouement** de l’histoire, elle se situe, bien sur, à la fin, cachée à l’arrière de la relique.


* « That skull had a tong in it and could sing once (…) Not one now to mock your own grinning?« 
W Shakespeare, La tragique histoire d’Hamlet, prince du Danemark.
** « Not black or white. Just the blue race. »



Le cilice de Gertrude
nous rappelle nos petites culpabilités
et les scelle à jamais dans la Relique.
Les neuf infinis détails du crâne constellent son pourtour de miroir.
Gertrude a les yeux fixés sur l’azur du ciel des Alpes.

Gertrude remercie ses amis et camarades, dix-huit généreux donateurs* qui lui ont confié leurs trésors et fourni matière à cette Relique composée et assemblée par Juliette Charpentier le 16 mai 2008 dans le Val de Marne.

Cet article leur est dédié.


* Aucun d’eux ne connaissait véritablement l’univers de Gertrude. Les miraculeuses connivences des objets avec Gertrude ne sont dues qu’au hasard qui n’existe pas dans les champs magnétiques de l’ entente collégiale.

Le Frêle Esquif de mai a été acheté sur internet le 13 juin 2007.
Il contenait à l’origine une composition florale
réalisée par une dame qui a
 » quatre enfants et un merveilleux mari. »


14 mai 2008: Chronométrage n°5.

« Pour moi le chiffre trois a une importance, mais pas du tout du point de vue ésotérique, simplement du point de vue numération: un, c’est l’unité, deux, c’est le double, la dualité, et trois c’est le reste. Dès que vous  avez approché le mot trois,  vous auriez trois millions c’est la même  chose que trois. »
Marcel Duchamp, Entretiens avec Pierre Cabanne, 1967.

Dissection n°3: de la Délocalisation -4° Nord -2° Est.

72 heures, 666* kilomètres,  -4° Nord  -2° Est. La Relique Bleue photographiée le 7 mai 2008 à Paris par Juliette Charpentier.
La Relique Bleue photographiée le 10 mai 2008 à Agen par Renato Garone.

J’attends vos premières impressions dans l’espace commentaires ci-dessous.

*nota-bene: l’interaction entre Juliette Charpentier et Renato Garone relève du seul domaine du virtuel et de l’écho système Dada