Le jardin Pulmon’air n°8 ou jardin Pulmon’air exotique

 

Cela fait sept ans et deux mois

que Gertrude se prend pour un exosquelette

et qu’elle trémousse ses os sur Internet

Serait-elle le crâne

le plus exotique de la blogosphère ?

 

JC, décembre 2014, Le jardin Pulmon’air de Gertrude n°8 ou Le jardin Pulmon’air exotique

 Ventouse pulmonaire achetée à la Communauté Emmaüs, mousse polyéthylène, tissu imprimé, fleur en tissu, perle en plastique, perle en porcelaine, impressions de photographie numérique sur papier.  

 Hauteur : 7,5cm, diamètre : 6,5cm.

 

Gertrude branche la télé et Gertrude Noire laisse Fer

 

 

 

Cliché en Rose acide

 

 

img_0779.jpg

 

 

           Ami,

 

Où sont passées tes colères, tes guerres à la Guerre, tes hurlements contre les bunkers de la bêtise ?

Qu’as-tu fait des volatiles cramés au réservoir des sens, des feux de joie sous les soleils de plomb, des messes profanes sur le bitume, des mouettes se riant des aliénations ?

Que sont devenus tes haillons provocateurs, ton postérieur en technicolor,  tes performances en bas résille ?

Te souviens-tu des débordements du Fleuve, des beautés pathétiques des cadavres du littoral, des hêtres de l’être ?

Entends-tu le son inexorable de la clepsydre, la tempête qui gronde sur le Vieil Océan, les chiens hurler au loin dans le désert des campagnes ?

 

Comme tes photographies sont belles, René, belles sous le soleil exactement.

 

De cette esthétique impeccable et implacable, aveugle  aux vicissitudes et à l’imperfection, elles sont belles à dissoudre les réalités.

 

L’ombre se désagrège dans cette transparence dorée où Éva rêva  l’Origine, dans l’oubli total de l’horizon des finitudes du Monde. Car le corps évanescent  du bonheur est là, triomphant, offert à notre éblouissement, et la muraille figée de l’Océan nous cache l’idée intolérable de sa disparition.

 

Ces photographies sont belles comme l’illusion de soie bleue, l’illusion du soi à soi spéculaire.

 

Leur luminosité de golfe clair, lavée de tout soupçon, au redoutable rétro éclairage virtuel, ne laisse aucune place au doute, et le photographe, l’objectif empli du champ doré des sirènes, tout à son amnésie des ténèbres, autoproclame son génie obligatoire devant le miracle de la lumière…

Et seulement la lumière.

 

Mais ce serait nier les épousailles nécessaires entre la lumière et l’ombre, celles-là mêmes sur lesquelles j’ai déversé mon encre avec enthousiasme voici deux ans .

Car j’aimais ces images où l’inquiétude des contrastes donne encore abri aux ricanements désespérés et à l’autodérision.

 

Mais, pourtant, Ami, le mystère de tes étrangetés oxymores et de tes pudeurs exhibitionnistes te tente à confronter tes certitudes à mon regard inconnu mais déjà éprouvé, à laisser glisser mon cynisme à la surface de ce miroir au risque de le voir brisé dans mes affichages brutaux.

 

Et c’est bien ce paradoxe qui me rassure sur  les profondeurs que masque cette muraille de limpidité, et qui me fait t’écrire.

 

Je ne le fais que pour les amis.

 

 

Juliette Charpentier,

Paris,

14 novembre 2010

 

 

 

ombilic.jpg

 

 

Sortie de relique: La Relique Magnétique.


HISTOIRE D’UNE RUPTURE

 

Chers amis,


      il y a vingt mois, je décidai de donner à ma pratique autour de Gertrude une nouvelle dimension en la mettant en ligne sur Internet. Depuis cette modeste initiative a pris une ampleur insoupçonnée et, grâce à vous, s’est enrichie de nombreux évènements ; en effet, la substance de cette expérience est essentiellement pétrie des rencontres et des échanges, voire de l’interaction, qui ont pu se produire entre le blog de Gertrude, devenu triple au cours du temps, et mes interlocuteurs sur la Toile. Ce Triblog a ainsi vécu plusieurs époques, certaines intenses, d’autres plus calmes. Des étapes interactives ont été franchies et le jeu de Gertrude a passé plusieurs fois la fragile frontière entre le virtuel et le réel sous forme de correspondances et d’envois d’objets, semant çà et là dans nos réalités respectives les traces tangibles des êtres.

J’ai ainsi, très dernièrement, gravi un échelon de plus dans cette aventure en rencontrant la personne physique de l’un de mes interlocuteurs virtuels.

Ce fut une véritable Rencontre et probablement une forme d’apogée dans l’histoire de Gertrude et plus particulièrement dans son parcours sur Internet.

 

      Également, il y a un an, presque jour pour jour, se jouait un autre temps fort de cette partition mais se profilait aussi la fin d’une époque. En effet, à la fin du mois d’août deux mille huit, j’entreprenais la publication de la plus sophistiquée de mes réalisations sur Gertrude. Cette réalisation s’intitule La Réelle Relique ou Relique Magnétique.

Elle constituait le point d’orgue de la première période du blog de Gertrude, cristallisant dans sa masse la substance récoltée lors de ces premiers mois de mise en ligne ; elle matérialisait l’épaisseur et le poids de l’échange dans la densité de sa matière et la collision de ses constituants assemblés, offrant à Gertrude son plein spéculaire face au vide de sa mémoire éteinte.

      Elle est composée de neuf « lieux » différents répartis autour d’un support en bois, sorte de tête en matière pleine qui était une ancienne forme à chapeaux, et « orientés » géographiquement selon le Champ magnétique terrestre, lui-même signalé par une boussole, premier chapitre de la Relique.

      J’avais prévu le dévoilement progressif de cette Relique, lieu par lieu, ou station par station, passant de l’un à l’autre dans une certaine logique topographique de l’objet. La publication devait trouver son aboutissement, non seulement dans la révélation de l’image de la Relique dans son entier, mais aussi dans l’achèvement de cette dernière, que je projetais comme l’intervention de l’un de mes interlocuteurs, personne emblématique de la première période du blog. Cette dernière particularité apportait à la Relique sa singularité.

      Hormis le neuvième lieu laissé à sa vacuité et aux possibilités de fantaisie interactive, les huit premiers lieux étaient à la fois présentation et représentation ; présentation d’objets chargés de sens, et représentation symbolique de certaines données de l’aventure Internet. Les éléments inclus dans cette réalisation sont ainsi signifiants par rapport à Gertrude, à son parcours sur le Web ou au mien, la plupart du temps objets de mises en scène antérieures ou de transactions sur la Toile ; la « lecture » en est toujours polysémique.

 

      Le premier « lieu » ou « station » représente ainsi Le Champ Magnétique sous la forme d’une boussole usée, dont l’aiguille flotte dans l’eau, et que j’ai encastré au sommet (au zénith) de la Relique. L’axe Nord-Sud de la boussole est volontairement décalé de deux degré par rapport à l’axe longitudinal de la Relique. Cette orientation détermine la répartition des huit autres lieux.

           Voir l’article ici.

 

      La deuxième station est celle de La Distance ; probablement le paramètre le plus important, et en même temps le plus paradoxal, caractérisant les échanges sur Internet. Cette notion complexe est symbolisée par une empreinte partielle du crâne de Gertrude « enlacée » par un élastique ; l’empreinte réalisée avec une pâte de modelage matérialise le contact, ce rapport aveugle entre individus sur Internet qui nous fait entrer dans une grande proximité fantasmatique au mépris des distances géographiques réelles ; mais aussi la cécité de l’os du crâne de Gertrude, à la fois sujet muet (impuissant) de son histoire et objet (objectif) obscène (et caché) de notre propre devenir. L’empreinte, si elle est contact, parle aussi bien de la présence inévitable de son référent dans son procédé que de son absence quand elle devient visible, presque en tant que son image virtuelle.

      L’élastique, quant à lui, conjugue la distance sous un autre point de vue : il est en même temps « mémoire de forme » et distorsion ; ou encore distanciation et lien ; de ces liens qui paraissent si forts entre les êtres virtuels et qui s’avèrent si ténus, si fragiles sous le souffle du temps accéléré du Web. Ces différentes facettes de la notion de Distance s’interpénètrent et participent les unes des autres, comme dans ces deux objets enchâssés au « Sud » de la Relique qui sont des éléments particuliers ayant joué un rôle antérieur dans le parcours de Gertrude, l’un dans une vidéo, l’autre en tant que fragment de réalité ayant « voyagé » selon une distance géographique mesurable. 

      Voir l’article ici.

 

      La troisième station, située au Nord, est celle de L’Éternité, terme aussi énorme que vide de sens, quête illusoire et sans terme possible et dont l’espoir a le mince éclat d’une minuscule médaille en métal léger, témoignage des modestes pèlerinages d’une mémoire éparse liée à mes légendes personnelles ; seule offrande possible à l’inconnue Gertrude et en opposition à son effroyable réalité.

      Voir l’article ici.

 

      La quatrième station, à l’Est, représente Le Temps qui contrairement à l’Éternité voit l’aube se lever dans la marche inexorable de son extinction. C’est un décompte absurde, dont le découpage en unités est tout aussi dérisoire que les balises chiffrées auxquelles nos existences se raccrochent, aussi dérisoire que le vocable numérique « neuf », œuf creux et arbitraire des enfantements fantasmés du crâne Gertrude, de la maïeutique de sa pensée ; aussi dérisoire que l’emblème de nos peurs superstitieuses, treizième arcane de notre terrible Faucheuse mentale ; aussi dérisoire que les commémorations sans fin d’une mémoire qui se mord la queue et se nourrit d’elle-même.

      Cette montre à gousset au mécanisme arrêté a été achetée par hasard sur Internet ; les aiguilles désignent la neuvième heure d’une histoire inconnue, mais que l’on devine violente dans la blessure de l’émail laissant émerger le tracé du chiffre 9. Elle repose, sous la vitre scellée par le mastic, comme embaumée dans le bitume de notre compte ultime.

      Voir l’article ici.

 

      La cinquième station est celle du Poids, poids de nos boulets, qu’ils soient Gertrude ou autres, poids sur nos cœurs des délicates manipulations de la Mort. Le poids est en même temps pesanteur de l’expérience comme légèreté du propos ; il est également le tangible de nos réalités face à l’éther du virtuel, le palpable face à l’insaisissable, la densité de l’émotion face à l’illusion fuyante des sentiments. À l’opposé du temps, orienté à l’Ouest, contemplant impavide la finitude terrestre, les vingt grammes étalonnés du laiton, additionnés au gramme supposé de la plume, exposent leur inaccessibilité dans leur logement hermétique, telle une âme faisant grâce des vingt et un grammes dont elle nous accable.

      Voir l’article ici.

 

      La sixième station est l’Élégance du Désespoir, expression cousue de fil blanc ou fil ténu de l’humour tendu sur les absurdités et le néant de Gertrude. Gertrude, dont les semblants d’existence sont un fin tissage brodé du monogramme G, initiale soignée et élégante de son intitulé ridicule, et la trame d’un mouchoir étincelant dans lequel j’entrepose mes larmes. Le mouchoir est exposé sur le dessus de la Relique, sous son écran de verre transparent, en monstration de ses apparences ordonnées.

      Voir l’article ici.

 

      La septième station est celle de Gertrude, ou plutôt de ses Représentations, représentations sans lesquelles son Triblog ne pourrait exister. Elle se situe dans la partie inférieure de la Relique Magnétique, sous la station Éternité ; elle est constituée d’un très petit portrait de Gertrude peint à l’huile ; le regard de Gertrude est tourné vers l’Est et ses promesses d’aurore.

 

      La huitième station est le dessous de la Relique, au nadir de son orientation. Elle est la Face Cachée de la Relique Magnétique ; elle repose à l’ombre des signes, elle abrite dans ses cavités et ses puits d’obscurité des messages occultes et garde au secret les citations et signatures gravées dans son bois brut, tels d’irréductibles bastions soustraits à l’œil pourtant redoutable et indiscret d’Internet.

 

      Enfin la neuvième station est la partie inférieure de la Relique ; elle s’enroule autour de son ovale, séparée des autres lieux par un mince sillon ; elle échappe à toute orientation par son parcours circulaire qui bute juste sur le minuscule accident du portrait de Gertrude. Cet espace reste inachevé, mais trouve son accomplissement dans l’idée des possibles et dans l’inévitable suspension de son devenir.


      Pour une raison imprévue et extérieure à ma volonté, la parution progressive de la Relique Magnétique a été brusquement interrompue à la sixième station, laissant dans l’ombre les trois dernières ainsi que l’image de la réalisation dans sa globalité. La « sortie de route » brutale du dispositif fut mise en scène, en cohérence avec l’expérience « Gertrude en ligne » qui dans sa « non-prévision » volontaire ne laisse pourtant rien au hasard, en faisant feu de tout bois placé en travers de sa route. Je mis donc la Relique Magnétique à l’écart, ne sachant pas si les circonstances de sa publication se représenteraient un jour ; je l’oubliai sur la dernière planche de mon étagère où je cultive quelques élevages de poussière.


      Depuis, le vaisseau de Gertrude a tracé son chemin prenant des distances confortables avec cet épisode, l’eau a coulé sous sa coque, et son voyage a évolué vers d’autres brisées ; des étapes décisives ont été franchies et ont mené très loin cette mise en ligne. Rien n’annonçait pourtant la réactualisation de cette relique, si ce n’est un minuscule signe remarqué récemment sur l’objet même et qui, tel un « effet papillon », fit remonter à la surface tout l’enchaînement à rebours de la conception de cette réalisation. En effet, au cours d’un banal inventaire et époussetage de l’étagère, je constatai la rupture de l’élastique inclus dans la deuxième station, événement on ne peut plus anodin et prévisible dû à l’auto dégradation naturelle du caoutchouc. Cette Relique, que j’avais particulièrement conceptualisée, continuait à « parler » d’elle-même et offrait sa conclusion en mettant en avant, à travers son usure d’objet, la fragilité de son référent virtuel et la facilité de détachement des liens qui s’y tissent. La Relique, rompant ses faibles anévrismes, sortait ainsi du carcan chronologique des choses qui alignent leur début en fonction de leur fin, entrait dans l’intemporel du symbole, se détachant à jamais de sa charge émotionnelle.

 

Je décidai de la publier.

 


Paris, le 03/09/09

 Juliette Charpentier,

Capitaine du cyber-vaisseau Gertrude

 

 

 

JC, La Réelle Relique ou Relique Magnétique, Juin 2008,

objets divers, plaques de verres, mastic, peinture à l’huile sur forme à chapeaux en bois, 

11 x 14 x 18 cm.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Aout 2008  /  Aout 2009

 

 

 

 

Histoire d’une Rencontre sur

gertrude.over-blog.org/article-35578529.html


Petites révolutions sur

gertrudenoire.over-blog.com/article-35586377.html

 

 


 

 

 

 


L’Élégance du Desespoir: Tambours décalés.

Broder Gertrude
ou
Comment se piquer
au Jeu de la Peinture à L’aiguille
ou
Comment suivre le Fil en décalant le Point
ou
Comment filer du Mauvais Coton
en mettant du Coeur à l’Ouvrage.

Performance réalisée le 10/09/08 au matin durant laquelle Gertrude et son Équipage ont entendu les Cloches de l’Enfer; Assez Décés!


Branchez votre casque…

Décrochez moi ces gousses d’ail qui deshonorent mon portail….

Éternité.

GERTRUDE FOR EVER

Collage de photocopies, encre:
Topographie du Crâne à la mine de plomb, Zurbaran, St François dans sa tombe (détail), images de petits cochons.


Contemplation pour l’Éternité.
8
Pour l’Infini.

On peut entendre le chant des cloches dans le lointain, et peut-être même, quelques rires d’enfants, mais là, je ne suis pas très sûr…

Calcul de Distance.


Étant donné
une Tirelire
venue
de deux cents kilomètres au Nord.
Étant donné
une Tirelire
venue
de six cents kilomètres au Sud.

JC- Sans titre, pate à cuire, 9 x 6 cm

Combien* d’empreintes
de sabots de Cochons
y a-t-il entre les deux?

*Avertissement:
L’usage de la calculette n’est pas autorisé;
seul la fronde à l’élastique est tolérée.