Le jardin Pulmon’air de Gertrude n°10 ou Le jardin Pulmon’air gentil.

 

Pour finir à défaut d’expirer

Gertrude sort de sa bulle

pour  prendre son inspiration

chez celle*

qui fait jaillir les couleurs du vain

par tous les temps

Mais au fond

on voit toujours

un gentil petit village

 

 

Le jardin Pulmon’air de Gertrude n°10 ou Le jardin Pulmon’air gentil.

JC, mars 2015, Le jardin Pulmon’air de Gertrude n°10 ou Le jardin Pulmon’air gentil.

Une des 12 ventouses pulmonaires achetées à la Communauté Emmaüs, mousse polyéthylène,acrilyque sur toile, crayon de couleur sur papier calque, impressions photo numérique, tissue imprimé. 

Hauteur : 7,5cm, diamètre : 6,5cm.

Le jardin Pulmon’air de Gertrude n°10 ou Le jardin Pulmon’air gentil.

Cela fait sept ans et trois mois que Gertrude est tenue en haleine

 

Suivez le courant d’air par

ICI

 

 

* Toute ressemblance avec une interlocutrice de Gertrude est fondée 

 

Échange encre noire contre mine de plomb

 

Écrire à dessein

et mourir sans dessein

pour mourir en dessin

ou comment la Crâneuse

meurt pour rire pour avoir une image


Merci à

LMG

et ses 365

Épitaphes


N’hésitez pas

Aiguisez votre plume à occire

et envoyez lui votre

Fin 

elle en tracera à jamais les contours

comme vous n’avez jamais osé l’imaginer


Écrire c’est mourir un peu

mais c’est vivre plus fort

Graphite et poésie assurées


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Mort en tête à tête

 

 

Il était évident qu’à force de parler à Gertrude, cela finirait par arriver.

 

Tout a débuté par un fourmillement dans la jambe droite.

Ce picotement discret est devenu une sensation désagréable, particulièrement quand il a aussi gagné la jambe gauche.

Au départ, je marchais normalement, puis ma peau est devenue comme du carton. Je ne sentais plus le sol sous mes pieds et mes orteils ne m’obéissaient plus, ce qui était très gênant dans la rue,  les escaliers et les couloirs du métro.

J’ai commencé à m’alarmer de cet état quand un jour j’ai raté une marche et me suis retrouvée comme un tas d’os en bas d’un escalier de la station Saint Lazare : je pris conscience alors que la réalité terrestre, habituellement matérialisée par le contact entre le sol et mes pieds, n’était plus le fait d’une sensation physique mais d’une compensation cérébrale : je faisais semblant et marchais avec la seule présomption d’une solidité sous mes pieds.

Dans le même temps mes membres supérieurs prenaient le même chemin. Je me réveillais le matin les mains recroquevillées sous ma poitrine et les bras ankylosés. Mes mains, si actives autrefois, se refermaient toutes seules et mes doigts dessinateurs, brodeurs et bricoleurs oubliaient lentement leurs capacités fonctionnelles.

Peu à peu mon corps entier se transforma en buche de bois ; un matin, je ne pus plus me lever. Mes sensations se limitaient à ma tête et s’arrêtaient à ma nuque.

 

L’IRM révéla à la base de mon cou une formation osseuse qui comprimait la moelle épinière jusqu’à couper toute communication sensorielle et motrice entre ma tête et mon corps. Je fus alors déclarée inapte à toute fonction utile et pus enfin me consacrer entièrement à la futilité.

 

Mon corps était devenu une chose étrange, voire étrangère, que mon entourage s’appropria entièrement, le bichonnant, le baignant, le talquant, l’épongeant et le soignant amoureusement, surveillant méticuleusement le dessèchement et le recroquevillement  de sa peau.

Ma tête, elle, regardait cette agitation avec détachement (au sens propre et au sens figuré) car littéralement je me désolidarisais de ce corps dont le destin ne suscitait en moi que peu d’intérêt si ce n’est une certaine satisfaction d’être enfin débarrassée de lui et de ses contingences physiologiques et intestines.

J’avais cependant une certaine compassion pour cette chair qui dans le temps m’avait donné tant de fierté et de plaisir ; à présent, en plein marasme, elle se mourait en dehors de moi comme un cordon ombilical qui, après la plénitude de l’enfantement, se retrouve, entité déchue coupée et desséchée, enveloppée d’un linceul de gaze au fond de la boite à ordures.

 

D’un autre côté, il me plaisait de développer de nouvelles capacités telles que la communication oculaire ou la peinture avec la bouche. J’acquis très rapidement une grande maitrise de moyens, du crayon aux nouvelles technologies, avec le seul éventail offert par ma sphère ORL.

Le dialogue avec Gertrude devint alors un véritable tête à tête dans une complicité étroite ; et la performance n’en fut que plus spectaculaire. Elle me fit gagner en notoriété auprès d’un public déjà nombreux.

Je fus une curiosité, une femme sans corps, une tête multitâche universelle qui savait tout faire, dont les tenants et les aboutissements n’étaient que tête pour tête sans prise de tête, dont les réalisations se démultipliaient comme autant de mises en abime dans le jeu de miroir avec Gertrude.

Les gens venaient de loin admirer le phénomène et s’extasier devant les prouesses picturales et virtuelles que j’exécutais en public avec beaucoup de complaisance. Ils s’étonnaient également de la décollation quasi miraculeuse de ma tête, de son autonomie par rapport au reste de mon organisme, au mépris de toute théorie scientifique.

Le corps, lui, (je ne le désignais déjà plus comme « mon corps ») se bonifiait comme une antiquité précieuse, prenait l’aspect et l’odeur d’un vieux cuir de Cordoue, tant il était soigné, ondoyé et parfumé par mes fans qui se relayaient jour et nuit pour éviter sa putréfaction.

 

Mais peu à peu ces derniers se firent rares : comme tout engouement, l’intérêt porté à ma personne passa avec le temps. La chair mollit, la peau craquela, l’odeur devint moins agréable pour ne pas dire pestilentielle. De petits morceaux se décomposaient et se détachaient sournoisement de ma carcasse, laissant çà et là l’os à nu.

Les quelques fidèles qui restaient, essayaient bien de me le cacher, mais je voyais bien à leurs mines consternées qu’un processus irrémédiable était engagé et que le fragile équilibre qui maintenait ce corps dans un semblant de forme était définitivement rompu.

 

De mon côté (côté tête), je ressentais les effets négatifs de cette dégradation ; non pas que cette déconfiture corporelle m’affectât, mais mon cerveau étant de moins en moins irrigué, je sentais la torpeur me gagner.

Je perdais lentement le désir et l’énergie de créer. Je passais de longues heures à contempler Gertrude posée sur ma table de nuit ; j’en connaissais les moindres détails et contours et cheminais en boucle le long de ses méandres osseux. Cela devenait une activité réflexe de mon regard, une sorte de mécanisme de l’indifférence. Je pensais tendrement à Marcel et à la roue de bicyclette qu’il regardait tourner comme on regarde un feu de cheminée. Dans un dernier sursaut d’espièglerie je me complaisais dans cet état contemplatif d’un tête à tête avec Feue Gertrude qui ne tournait même pas.

 

Pour la première fois de ma vie je m’ennuyais et en arrivais à espérer quelques ébats de mouches sur l’occiput de Gertrude pour réveiller je ne sais quel avorton de libido qui me sortirait de cette vacuité. Mais le vide me gagnait inexorablement ; il me remplissait et m’étouffait jusqu’à prendre la place de mon ego. Je n’étais plus rien que cette image dans le miroir sombre des orbites de Gertrude dont je ne parvenais plus à détacher mon regard.

Le corps était devenu un amas informe et gluant baignant dans une sanie infecte aux miasmes irrespirables et où sursautait lamentablement les restes d’une pompe cardiaque.

 

À quel moment ou de quelle manière la nuit tomba malgré l’électricité qui brulait en permanence ? Je ne sais plus si ce furent les ténèbres au fond des cavités oculaires de Gertrude qui envahirent l’espace ou si je me retrouvai brusquement dans le noir de ces ombres que j’avais tant dessinées avec mon crayon 4B.

 

Ma dernière pensée, mais était-ce une pensée ou un souvenir, fut pour cette tête aux yeux clos, conservée dans un bocal de formol, présentant à la base du cou une étrange formation osseuse semblable à une tête de mort. Joliment disposés, trônaient également sur l’étagère un magnifique crâne de femme et quelques peintures.

 

Juliette Charpentier, texte envoyé le 12 aout 2013 à LMG

 


ICI

 


Les Fileuses de Gertrude

 

 

Honneur

à mes interlocutrices qui

sans jamais rompre le Fil

tissent l’histoire de Gertrude

 

 

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JC, Le Fil de la Glaneuse (collection particulière),

broderie, fil, aiguille, anneau de papier sur toile,

dimensions encadré 13 x 18 cm.

 

Pour le Fil rouge d’une Glaneuse Ambuleuse

Allant son chemin

munie de son aiguille

elle a capturé mon crâne à l’écheveau

et piqué 498 fois

l’orbite de Gertrude dans son ouvrage

 

 

 

 

 

 

 

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Cela fait exactement six ans et un mois

que Gertrude est au bout de votre Fil

 

 

La Rose sera toujours cousue de fil blanc

et la Noire de fil noir

 

 

 

 

Retour de pensées


 

Cinq ans et cinq mois de Web

cela vaut bien un interlude en pensées

et un hommage à

Marguerite

 

Les Pensées en pétales d’amitié

de Marguerite

pour une tête d’os à la pensée évaporée

 

Promesses poétiques

pour panser le noir d’hiver

et penser le bleu de l’été

 

Promesses de printemps

 

 

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  Pétales de pensée,
collage, dessins, textes
réalisés par Marguerite pour Le Capitaine.
Marguerite est membre actif
de l’éminente Société Française d’Illustration Botanique.

 

 

 

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Gertrude rose et Gertrude noire

se planquent dans les fleurs

en attendant le printemps.

 

Hors blog

 

Ceci est bien réel !

 

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JC, avril 2013, Pique-Gertrude n°6 (collection particulière),
canevas, fil, satin, rembourrage synthétique,
3 x 9 x 9 cm.

 

 

D’habitude Gertrude expose

les effets de sa matérialité

de manière virtuelle.

Aujourd’hui elle expose

les effets du virtuel

dans un lieu très matériel,

surplombant l’Enfer,

entre les sept péchés capitaux

et le Coin des Hasards.

lantitete.overblog.com

 

Il serait tout à fait inapproprié et réducteur,

en ces courants d’air impalpables d’Internet,

de vous conter quoi que ce soit

de la réalité de cet espace

et des belles rencontres qui s’y font.

 

Aussi, chers amis,

où que vous soyez dans votre réalité,

je vous laisse à votre imaginaire.

 

Et si vous êtes encore en ligne,

allez donc lire l’histoire incroyable

d’une disparue à la raison décapitée

et au calepin bien rempli,

qui flotte entre les eaux du virtuel

et les ossements du réel :

 

Le Calepin de Dolorès Machefort

par le Maître sérialblogueur

Sébastien Armengol.

 

Proximité n’est pas coutume

 

Aujourd’hui 27 mai 2012*,

je dédie cet article à Mathieu Simonet, écrivain.

 

 

copie de 3

Gertrude et Juliette, vues de dos à vingt ans.

 

 

Je ne voulais pas lire celui-là et pourtant c’est bien celui-là que j’ai acheté.

 

Il y a environ quatre semaines, je suis entrée dans une librairie parisienne, je cherchais Les Carnets blancs de Mathieu Simonet1 ; je ne les ai pas trouvés, mais j’ai trouvé La Maternité2, celui que je ne voulais surtout pas lire. Curieusement je n’ai pas cherché plus loin, j’ai donc acheté La Maternité.

 

Le livre est resté deux semaines dans sa poche plastique, posé sur une chaise dans le couloir de mon appartement. Puis j’ai fini par le sortir ; je l’ai posé sur ma table de chevet à côté de mon lit. Je le regardais tous les soirs sans l’ouvrir : blanc, lisse, cerné de rouge, comme un faire-part de deuil qui se serait trompé de couleur. Je n’avais même pas lu la quatrième de couverture, je savais ce que le livre contenait et j’avais peur de l’ouvrir.

Pendant quinze jours, j’ai relu Marguerite Duras : je lisais La Vie tranquille et je gardais le livre de Mathieu Simonet à côté de moi.

 

Il y a deux jours, je l’ai enfin ouvert: je l’ai lu d’un trait presque sans respirer. Le texte respirait pour moi, souffle par souffle, touche par touche. Je suis descendue tout au fond, de marche en marche, de palier en palier; j’ai plongé sans retour. J’ai déchiffré, presque prononcé tout haut, ce mot « Maman » scandé au fil brisé du texte, comme pour morceler un peu plus cette écriture qui s’égrène comme le temps, simple, plaçant l’émotion et le factuel médical au même niveau d’asepsie.

 

Mathieu Simonet écrit la mort de sa mère, la maladie et les derniers instants ; sans détours si ce n’est ceux de la mémoire qui fait des boucles jusqu’à en boucler le cycle de l’existence. Il nous livre cet amour absolu et intime entre un fils et sa mère sans nous inviter une seule fois à quelque compassion.

 

Je pense aux « Derniers portraits », à L’enfant malade de Munch, à Valentine peinte par Ferdinand Hodler.

 

Je lis les lignes de Mathieu Simonet et la peur m’abandonne, j’ai pourtant failli m’y abandonner…

 

Et je n’aurais jamais dû les lire, car je ne connais pas Mathieu Simonet. Quelques semaines auparavant, je n’avais aucune idée de son existence, je n’avais jamais entendu parler de cet auteur.

J’ai juste reçu un courriel vers le vingt avril, transmis par une amie ;

le courriel écrit par un certain Mathieu Simonet était adressé à un groupe de personnes et proposait une expérience, presque une performance : il s’agissait d’aller visiter l’exposition « Intense Proximité » au Palais de Tokyo3 en compagnie d’un(e) inconnu(e) (tiré(e) au sort par Mathieu Simonet) et de lui tenir la main (minimum pendant une minute) lors de la visite. Le rendez-vous et les modalités de la rencontre devaient être fixés par SMS.

Puis, pour le lendemain au plus tard, il fallait écrire et envoyer un texte sur l’expérience. Mathieu Simonet utiliserait des fragments des textes dans un article pour le Magazine Littéraire.

 

Je ne faisais pas partie de la liste de diffusion de départ, mais je posai ma candidature, étant munie de l’essentiel pour y participer, c’est-à-dire d’Internet, d’un téléphone portable, d’assez de curiosité pour jouer le jeu de l’inconnu ou le jeu (virtuel) d’un inconnu, et surtout de suffisamment de peur de « l’intense proximité » qu’impliquait ce contact physique et réel de la main d’un(e) inconnu(e).

Je participai donc à l’expérience. Voici le texte que j’envoyai à Mathieu Simonet :

 

 

Des expositions, j’en ai vues, avec des inconnus j’en ai visitées, je n’étais jamais venue dans une exposition pour tenir la main d’un(e) inconnu(e).

 

De cet(te) inconnu(e) je ne dirai rien car ma main garde bien mieux que les mots le souvenir de cette étrange intimité.

De la visite de l’exposition, je ne retiens que les tiraillements de mes sensations, la polarisation de mon attention sur ces quelques centimètres carrés de peau contre une autre peau, mon regard comme « shunté » par ce contact de paumes qui le temps du parcours s’est imposé comme interface entre le Monde et moi.

Homme ou femme, jeune ou vieux, qu’importe ; seul le trouble de cette « proximité » de l’autre, dont je ne sais rien ou presque, persiste à mon réveil à chaud, en ce lendemain… sans distance.

 

Tout a commencé comme une histoire d’amour, pas de celles que l’on vit, mais de celles que l’on raconte ou que l’on se raconte ; presque un roman pour midinette.

Tout est là pour réveiller la petite chose palpitante, cette émotion mièvre et un peu honteuse prête à céder à quelque stratégie du facétieux entremetteur, à se laisser aller au jeu de l’amour et du hasard : instructions, petits messages et mystères suspendus à l’attente de la Rencontre…

La proposition est ciselée au détail près, détail qui en fait basculer toute banalité ; elle va jusqu’à préciser l’imprécision sans l’imposer : Tenez vous la main une minute ou … ? Le doute est terrible et se mue en sentiment : M’aimerez-vous assez pour me tenir la main ? La minute réglementaire sera-t-elle la limite  de notre amour ou de notre détestation ? Ou pire, sera-elle le temps imparti à notre indifférence ?

 

Prendre la main de l’autre devient alors un acte conscient, d’autant plus charnel qu’il est cérébral. Acte qui scelle un pas et un regard siamois, parallèle mais pas forcément conjoint, un abord ensemble mais pas obligatoirement concerté de l’espace et des choses. Promenade côte-à-côte, main à main, qui tente d’intégrer les signes extérieurs, d’objectiver son but, dans le circuit d’une double subjectivité qui tend au face-à-face. Le « nous » se noue et se dénoue au gré de cette recherche de distance essentielle à son équilibre.

 

Et, à mesure que « notre » proximité prend de l’assurance dans un parcours dont nous finissons par accepter l’indécision et les repentirs sur lui-même, et que nous cherchons les connivences que tissent et doivent tisser les objets exposés entre eux et avec notre couple improbable, notre regard, soudain, se retourne : des œuvres il glisse vers ceux qui les regardent, puis vers ceux qui nous regardent.

Nous ne regardons plus, nous sommes regardé(e)s ; de sujets regardeurs nous devenons objets de regard et nous sommes fier(e)s de nos mains jointes et manifestes, de ce sentiment partagé, de cette histoire d’amour racontée par les yeux des autres.

 

Histoire d’une proximité, jouée et exposée en un lieu et un temps par un tiers qui, lui, se tient à distance et sera le seul apte à mesurer l’expérience.

Il s’agit en effet de comprendre à quel point un tel dispositif, autorisant le trouble de l’intimité,  forçant la proximité et faussant les distances, permet d’aborder les infimes subtilités de cette exposition ; une exposition qui, à travers un choix d’objets allant du domaine ethnologique à une certaine expression hors frontières, se donne à voir plus dans « l’entre » et l’interstice que dans le factuel, plus dans la surface parfois grinçante et aveugle des contacts que dans le visible, plus dans la dissonance de ses accords que dans l’harmonie d’un bel accrochage…

 

Mais ceci ferait l’objet d’un autre texte…

 

Merci à Mathieu Simonet.

 

Juliette Charpentier, Paris, 22/04/12

 

 

L’article de Mathieu Simonet, en relation avec cette expérience, est publié dans le Magazine Littéraire4 du mois de Juin sous le titre Duos en Triennale.

 

Quant à moi, je referme le livre La Maternité, un mois après avoir vécu cette aventure.

 

Ce vingt et un avril, je n’ai pas seulement tenu la main de Polina le temps de la visite, je crois aussi avoir accompagné Mathieu au Palais de Tokyo comme sa mère a pu le faire auparavant. Je pourrais avoir le même âge que cette « maman » qui, avant de mourir, écrivait des textes sur son enfance à son fils, comme une ultime transmission.

 

À présent la lecture et la visite se confondent comme un même et seul acte ; je prends acte de cette continuité, de cette « intense proximité », d’autant plus intense qu’elle se produit avec l’inconnu.

 

Juliette Charpentier, 27 mai 2012

 

 

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1- http://mathieusimonet.com/sommaire.html

et  http://matthieux.blog.lemonde.fr

2-  http://www.mathieusimonet.com/Mathieu_Simonet_-_Site_officiel.html

3- http://www.palaisdetokyo.com

4- http://www.magazine-litteraire.com

 

 

* Quand j’ai publié cet article, j’ai envoyé un courriel à Mathieu Simonet pour lui en signaler la parution; il m’a dit que le 27 mai était le jour de son anniversaire.

 

Gertrudomètre N°19: Cézanne par Mézigue

 

Cézanne par Mézigue:

Le Capitaine risque la croûte

en fromage à Cézanne.

 

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Des vertus de la vision  daltonienne et de l’approche couillarde sur les révélations de

La Vérité en Peinture :

 

Cassez vos bésicles et écartelez-vous l’œil sur la résistance du Maître.

Mesurez l’écart entre le Modèle et ses représentations.

Rouge à babord, vert à tribord,

gardez le cap

de la Sainte Victoire.

 

Article dédié à V. remarquable oculiste, promeneur daltonien sans adhérence.

 

le-blog-a-vincent.blogspot.com

&

sites.google.com/a/excentric-news.info/sous-le-clavier/accueil/cezanne

 

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JC, 2011, Cézanne par Mézigue,
Huile sur toile d’après Nature morte, crâne et chandelier de Paul Cézanne,
ancienne paire de lunettes cassée du Capitaine, chaînettte en métal, photographie numérique,
16 x 22 cm

 

 

Quel que soit le maître que vous préfériez, ce ne doit être pour vous qu’une orientation. Sans cela, vous ne seriez qu’un pasticheur.

 

Paul Cézanne, Lettre à Charles Camoin, décembre 1904

 

Et petit clin d’oeil amical à JK, si elle passe. 

 

Cela fait trois ans et demi

que Gertrude est en ligne.

Commencerait-elle à s’encroûter?

 

Gertrude Rose

casse la croûte

Gertrude Noire

croque la Pomme 

 

Gertrude à la scène comme réponse à la poésie douce à mer

 

Ou comment

une bouteille jetée

sur l’amer à Marseille

se retrouve mise en Seine à

Paris

 

 

 

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Cette Bouteille à jeter sur l’amer a été réalisée par Plaiethore pour le Capitaine de ce blog

« Cette Bouteille à jeter sur l’amer est une Liberté, totale. Car jetée ou non, elle est le Symbole de ce qui ne peut mourir. »

 

Une bouteille… Cette bouteille.

 

Ronde et pas très grande, adaptée au creux de mes mains, juste assez bouteille pour évoquer un bu oublié, juste assez flacon pour laisser flotter une ivresse parfumée.

 

La bouteille est fermée, scellée.

Son ouverture est hermétique au regard, enrobée de cire ; mon œil, butant sur ce goulot sans issu, est pris dans la glu d’une mate opacité.

La coulure prend la bouteille au col, dans un envahissement qui me signale l’éphémère de ma vision ; elle s’arrête à temps , suspendue au-dessus de mes ténèbres à venir, me noyant des effluves de la combustion d’une flamme éteinte.

 

Mais la clarté du verre lui livre une lutte sans merci, offrant sa minéralité transparente à l’informe de la paraffine.

Les lueurs fumées où courent les insaisissables diffractions soufflées par sa naissance se jouent du noir durci dans une solidité dérisoire.

 

La bouteille bien droite, fière de ses épaules et de sa tournure irréprochable,  fait fi du nuage noir de la tempête qui s’annonce .

Elle se vêt en petite écolière d’une étiquette  sage, calligraphiée à l’encre de pupitre; les lignes consciencieuses annoncent en lettres rondes et innocentes l’indicible du contenu, et la docilité des caractères délivrent toute la déraison de l’espace qu’ils semblent délimiter dans l’évidence de leur délié.

 

Le verre est la frontière ; ce millimètre de verre me sépare d’un espace à jamais coupé du mien, espace minuscule d’atmosphère enfermée, ouvert aux infinis possibles, espace scellé si loin, mais là, dans mes mains.

 

La bouteille tourne, sans cesse retournée entre mes doigts ; j’en perçois le poids, la stabilité, la forme parfaite qui contient cet air capturé en un instant dont je n’aurai jamais l’instantané.

 

Ce lieu inaccessible présente ses desseins dans la lumière tout en dérobant à ma frustration l’aboutissement d’un toucher.

Mes sens s’arrêtant au lissé du verre, lâchent mon émotion dans ces quelques centimètres cubes d’infini qui se dilatent autour des deux objets exposés au centre de la bouteille.

 

Si visibles, si offerts et pourtant si peu montrés : deux rouleaux occupent la scène, l’emplissent de leur présence tout en gardant dans leurs replis leur indéfectible secret.

L’un roide et contraint, au papier serré, noué d’une noire faveur, vibre d’une sombre écriture à la plume incisive, signes pressés d’une colère enfouie dans la spirale des maux, douloureux et étouffé comme le mal.

L’autre protégé, lové, niché dans la douceur de la soie, perlé de nacre à chaque extrémité, enrubanné de lumière, s’abandonne dans la mollesse confiante de sa blanche innocence, abolissant d’un souffle d’ailes toute noirceur d’encre.

 

Ces deux-là sont destinés, inexorablement, à une étreinte douce-amère, que jamais personne ne pourra démêler.

 

 

Je sais, Âmi Plaiethore, qu’un peu de vous est là, dans cette bouteille, que, dans cette espace libre à jamais, un petit bout de votre âme palpite pour toucher la mienne ; je devine chaque geste accompagnant la splendeur de ce message, les pensées qui en composent la moindre parcelle.

 

Je sais surtout que dans cet impossible contact, dans cette infinie coïncidence, se constitue notre inévitable rencontre.

 

 

Pour vous, Plaiethore, cette dérive sur l’os séant, la musique du ressac de l’amer…

 

 

Juliette Charpentier

Paris

22 janvier 2011

 

Sainte Gertrude

se manifeste sur

 gertruderose