Gertrude conte.


Gertrude au Bois Dormant

Il était une fois une Princesse qui s’appelait Gertrude.

Elle était très belle, son os était doré, sa structure était délicate, ses sutures crâniennes étaient comme de la dentelle, ses orbites étaient douces comme le velours, ses dents avaient la couleur des émaux anciens. Elle habitait un magnifique Château dans les quartiers périphériques de la Capitale, dont les pièces monumentales étaient décorées des plus fantastiques bricolages, de riches broderies et d’images pieuses. La Princesse Gertrude avait, rien que pour elle, une étagère de bois dormant, dans laquelle, malheureusement, elle était consignée depuis très longtemps par la force d’un sortilège pseudo-artistique qui l’empêchait de vivre une existence de princesse crânique normale. Malgré sa modestie naturelle, la Princesse se voyait obligée de jouer les Vanités poussiéreuses dans de louches mises en scène qu’elle trouvait parfois humiliantes. Aussi, elle caressait le secret espoir de voir arriver un Prince Charmant susceptible de la délivrer de ces maléfices et de l’amener reposer à ses côtés dans une sépulture décente.

Mais elle essayait de ne pas se faire trop d’illusion sur la beauté de ce futur qu’elle ne pouvait prévoir qu’à l’aune du contexte dans lequel elle se trouvait et de l’étagère de son désespoir…

 


Gertrude conte

derrière son écran de verre

depuis vingt et un mois.

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L’Art du Mensonge.


JC, Autoportrait Virtuel, octobre 2008


EUGÉNIE : Ces leçons seront retenues et mises en action sans doute ; mais approfondissons, je vous prie, cette fausseté que vous conseillez aux femmes de mettre en usage ; croyez vous donc cette manière d’être absolument essentielle dans le monde ?
DOLMANCÉ : Je n’en connais pas sans doute de plus nécessaire dans la vie ; une vérité certaine va vous en prouver l’indispensabilité : tout le monde l’emploie ; je vous demande, d’après cela, comment un individu sincère n’échouera pas toujours au milieu d’une société de gens faux ! Or s’il est vrai, comme on le prétend, que les vertus soient de quelque utilité dans la vie civile,  comment voulez-vous que celui qui n’a ni la volonté, ni le pouvoir,  ni le don d’aucune vertu,  ce qui arrive à beaucoup de gens, comment voulez-vous, dis-je,  qu’un tel être ne soit pas essentiellement obligé de feindre pour obtenir à son tour un peu de la portion de bonheur que ses concurrents lui ravissent ? Et, dans le fait, est-ce bien sûrement la vertu, ou son apparence,  qui devient réellement nécessaire à l’homme social ? Ne doutons pas que l’apparence seule lui suffise : il a tout ce qu’il faut en la possédant. Dès qu’on ne fait qu’effleurer les hommes dans le monde, ne leur suffit-il pas de leur monter l’écorce ? Persuadons-nous bien, au surplus, que la pratique des vertus n’est guère utile qu’à celui qui la possède : les autres en retirent si peu que, pourvu que celui qui doit vivre avec nous paraisse vertueux,  il devient parfaitement égal qu’il le soit en effet ou non. La fausseté, d’ailleurs, est presque toujours un moyen assuré de réussir ; celui qui la possède acquiert nécessairement une sorte de priorité sur celui qui commerce ou qui correspond avec lui : en l’éblouissant par de faux dehors, il le persuade ; de ce moment il réussit.


Marquis Donatien de Sade, La Philosophie dans le boudoir ou Les Instituteurs immoraux, Troisième dialogue.