Gertrude à l’époque de sa reproductibilité technique*

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  JC, Gertrude tapisse Marcel, brie-collage numérique.

 

 

Nous sommes le dernier Neuf de Dix et Gertrude continue à faire tapisserie

Pourtant elle est aussi belle

qu’un Porte-bouteilles*

 

 

 

 

 

*W. Benjamin, L’oeuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique

 


 

 

Si l’art se débarrassait de l’illusion de la durée, s’il intégrait son caractère éphémère
par sympathie pour le vivant éphémère, ce ne pourrait être qu’en vertu d’une conception de la vérité qui ne s’acharne pas à considérer celle-ci comme abstraite, mais prend conscience de son moyen temporel

 

Theodor Adorno, Théorie esthétique

 

 

 

*Article ready-made

  (Trouvé, par le plus grand des hasards qui n’en est pas un sur un site appeau-névrotique)  


Os de Paris

 

Sans faire trop cas d’Éros

Cela fait deux ans et onze mois

Que Gertrude a fait le pari

D’être Os de Paris

En tête Capitale

D’une dame de faire

 

Les-Reliques-0838-copie-1.JPG

JC, décembre 2010,
La Relique de l’Os de Paris,
photographie sous loupe, acrylique, crayon de couleur sur chromo sous verre bombé achetée sur Internet,
2 x 9 x 12 cm

 

Prenez le métro et faites quelques stations:

gertrudenoire

gertruderose

 

Os fondant

 

 

Presque trois ans de web

Gertrude va bientôt entamer son quatrième

 


 

gertrude-2-0821.JPG

JC,

Os fondant,

pate à modeler, papier de soie, boite de chocolat détournée d’un épicier parisien célèbre,

2 x 5 x 16 cm

 

 

 

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Hommage à la Tête sans sens

 

La Femme Cent têtes* a un corps aux pieds

Qui s’entête à être sens

Et à lui faire la tête en sang

 

Dans tous les sens

La femme sans tête

Sent de ses cent têtes pensantes en sang

 

gertrude-0801.JPG

JC, 2010,
La femme Cent têtes
tirage photographique sur papier de soie mannequin en bois désarticulé,
dimensions variables.

 

 

Sachez

que la Rose et la Noire

ont perdu la tête

et se décarcassent


 

 

*Le plagiat est nécessaire, le progrès l’implique (ID, Poésie II)

 

Parce que je le vaux d’où…

 

Ce n’est pas la peine de pleurer

comme un veau doux

Le Capitaine ne sait plus

où cela fait mal

 

img_0769.jpg

JC, novembre 2010,
Le Capitaine Veau Doux*,
toile à peindre, ruban, fil, coton, petites photographies de Gertrude, éléments de seringues hypodermiques,
9 x 12 x 21 cm

 

*Avertissement: cet objet n’est pas une poupée Vaudou; la figurine ressemble au Capitaine mais ne la représente pas, Gertrude n’est pas la Mort, mais le crâne d’une femme assez pragmatique pour avoir fait don de son corps à la Science.

 

Très important!

La Noire

sort les cadavres du placard

La Rose

dissèque à l’acide

 

Cliché en Rose acide

 

 

img_0779.jpg

 

 

           Ami,

 

Où sont passées tes colères, tes guerres à la Guerre, tes hurlements contre les bunkers de la bêtise ?

Qu’as-tu fait des volatiles cramés au réservoir des sens, des feux de joie sous les soleils de plomb, des messes profanes sur le bitume, des mouettes se riant des aliénations ?

Que sont devenus tes haillons provocateurs, ton postérieur en technicolor,  tes performances en bas résille ?

Te souviens-tu des débordements du Fleuve, des beautés pathétiques des cadavres du littoral, des hêtres de l’être ?

Entends-tu le son inexorable de la clepsydre, la tempête qui gronde sur le Vieil Océan, les chiens hurler au loin dans le désert des campagnes ?

 

Comme tes photographies sont belles, René, belles sous le soleil exactement.

 

De cette esthétique impeccable et implacable, aveugle  aux vicissitudes et à l’imperfection, elles sont belles à dissoudre les réalités.

 

L’ombre se désagrège dans cette transparence dorée où Éva rêva  l’Origine, dans l’oubli total de l’horizon des finitudes du Monde. Car le corps évanescent  du bonheur est là, triomphant, offert à notre éblouissement, et la muraille figée de l’Océan nous cache l’idée intolérable de sa disparition.

 

Ces photographies sont belles comme l’illusion de soie bleue, l’illusion du soi à soi spéculaire.

 

Leur luminosité de golfe clair, lavée de tout soupçon, au redoutable rétro éclairage virtuel, ne laisse aucune place au doute, et le photographe, l’objectif empli du champ doré des sirènes, tout à son amnésie des ténèbres, autoproclame son génie obligatoire devant le miracle de la lumière…

Et seulement la lumière.

 

Mais ce serait nier les épousailles nécessaires entre la lumière et l’ombre, celles-là mêmes sur lesquelles j’ai déversé mon encre avec enthousiasme voici deux ans .

Car j’aimais ces images où l’inquiétude des contrastes donne encore abri aux ricanements désespérés et à l’autodérision.

 

Mais, pourtant, Ami, le mystère de tes étrangetés oxymores et de tes pudeurs exhibitionnistes te tente à confronter tes certitudes à mon regard inconnu mais déjà éprouvé, à laisser glisser mon cynisme à la surface de ce miroir au risque de le voir brisé dans mes affichages brutaux.

 

Et c’est bien ce paradoxe qui me rassure sur  les profondeurs que masque cette muraille de limpidité, et qui me fait t’écrire.

 

Je ne le fais que pour les amis.

 

 

Juliette Charpentier,

Paris,

14 novembre 2010

 

 

 

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