13 ans ou bilan de « blogounette ».

 

JC, 2020, Remplissage de Gertrude,
fil de coton écru, provenant d’une filature en faillite et trouvé dans une brocante, sur suédine ( fausse peau) écrue, 25 x 34 cm.
Broderie inachevée, work in progress, mise en scène sur une nappe blanche ancienne ajourée à l’aide d’un appareil photographique numérique installé sur un trépied.

Chers interlocuteurs passés, présents et futurs,
voici treize ans exactement, je créai ce blog dont l’objet central est un crâne, Gertrude, que j’ai acquis lors de mes études à l’école des Beaux-Arts, il y a une quarantaine d’année.
Jeudi 3 janvier 2008 était sûrement un jour un peu vide et la mise en ligne de Gertrude un peu fortuite histoire de combler un petit sentiment d’ennui et de rêverie ; pas véritablement un projet, juste une expérience.

L’entreprise « gertrudienne » sur Internet, improbable à ses débuts, s’est très vite avérée pour moi passionnante et indispensable ; se sont imposés rapidement des protocoles, des rites et des obligations comme la scansion du temps, le jeu avec les mots, l’interaction entre les textes et les objets (dérivés de Gertrude), la mise en scène photographique de ces objets (petites réalisations plastiques), un ancrage plus ou moins étroit dans des références artistiques ou dans des évènements autobiographiques.

Le Blog de Gertrude, malgré son apparence décousue et hasardeuse, répond à une véritable construction structurée et pensée; une solidité qui l’a probablement sauvé du naufrage qu’auraient pu provoquer toutes les turbulences qu’il a traversé entre ramifications et fusions diverses, traversées du désert, changements de plate-forme et c…

J’ai, par ailleurs, renoncé à ranger ou remettre en place les quelques 986 articles et 19829 commentaires mis en vrac par ces péripéties, ou télécharger à nouveau les vidéos devenues inopérantes.
J’ai même attribué à ce désordre, générateur d’une perte de lisibilité des premiers temps du blog, une correspondance avec les mécanismes mémoriels de mon propre cerveau : j’ai, ainsi, de ces treize années de blog, des souvenirs précis de parutions ou de conversations au détriment d’autres quasiment oubliées.

Maintenant, le Blog de Gertrude, bien loin d’être fragilisé par ses errances, est d’autant plus policé, rythmé, structuré par des protocoles précis et identifiables.

Mais l’expérience du Blog de Gertrude n’aurait strictement aucun sens sans interlocuteurs: vous, qui me suivez parfois depuis plusieurs années de près ou de loin et qui n’avez jamais interrompu la conversation.

L’aventure qui dure à présent depuis treize ans, un chiffre à la fois vertigineux et dérisoire au même titre que son objet vaniteux, serait très vite tombée dans une impasse sans les discussions passionnées et passionnantes instaurées dès ses débuts autour de Gertrude, et s’est vite révélée un incroyable medium d’échanges, souvent restés virtuels, parfois aboutissant à des rencontres dans la vie réelle.

Via Gertrude, vous avez joué avec moi, avec les mots, les concepts, les références. Ce fut l’occasion de maintes joutes rhétoriques réjouissantes, de plaisanteries, de calembours et surtout d’un nombre impressionnant de « blagounettes » voire de brèves de comptoir jusqu’à parfois mettre en danger le caractère spirituel et intelligent que j’ambitionnais dans ma démarche.

Car démarche il y a, même si peu ont reconnu ici un dessein artistique (risquons le mot) à cette construction virtuelle toujours sur le fil entre ridicule et effrayant, entre idiotie et autobiographie.

En effet la création du blog de Gertrude survient en 2008 dans ma pratique, à un moment où je suis un peu enlisée dans une recherche picturale qui tourne en rond sans aboutir.

Gertrude, plutôt la réactivation de ce crâne sur Internet, est pour moi une expérience inédite, un moteur incroyable pour mes activités plastiques et ma motivation intellectuelle, une performance aux inventions infinies, le réceptacle (vide !) de toutes les possibilités créatives.

L’expérience Gertrude ,vue en perspective, n’est pas pour autant déconnectée de mon parcours artistique (risquons encore le mot) jamais interrompu depuis plus de quarante ans ; elle est l’issue logique et nécessaire des recherches picturales que je menais depuis des années. Maintenant, avec du recul, j’en prends conscience.

Au bout de ces treize années, il est possible que Gertrude ait perdu un peu de son essentialité dans mes activités : le partage « magique » du virtuel s’est un peu étiolé dans votre probable lassitude d’interlocuteurs gertrudiens, dans l’obsolescence du concept de « blog » au profit des réseaux sociaux qui m’intéressent moins.
Et il est possible que mon travail plastique se déploie à présent davantage dans le réel plutôt que dans le virtuel, plaçant ainsi le blog en arrière plan de ma pratique.

Je me suis interrogée bien des fois sur l’opportunité d’arrêter le blog de Gertrude mais j’ai toujours trouvé de bonnes et mauvaises raisons de poursuivre.

Je n’ai encore rien décidé pour la suite, je pense peut-être à de nouvelles modalités ou protocoles, par exemple à une nouvelle catégorie qui s’intitulerait « Une toute autre histoire »…
Et m’en remets toujours à ma chère devise : rien n’était prévu mais rien ne sera laissé au hasard.

 

Le 03/01/2021
Juliette Charpentier,
plasticienne, créatrice et administratrice du Blog de Gertrude.

 

Aillé*, c’est l’était!

Les activités de la Crâneuse
sont toujours Vanité
qu’elles soient Gertrude ou Nature

Encore faut-il savoir
si le Crâne absent
une nouvelle Erre
s’ouvre au jardin
et si d’était
Gertrude est ou sera

JC, juillet 2019, Étude pour un aillé de mon jardin, crayon aquarellable sur papier kraft, 15 x 21 cm.

JC, juillet 2019, Étude pour un aillé de mon jardin, crayon aquarellable sur papier kraft, 15 x 21 cm.

JC, juillet 2019, Étude pour un aillé de mon jardin, crayon de couleur et sanguine sur papier, 15 x 21 cm.

JC, juillet 2019, Étude pour un aillé de mon jardin, fusain sur papier, 15 x 21 cm.

Cela fait exactement
onze ans et six mois
que Gertrude cultive
l’illusion sur la Toile

JC, juillet 2019, Étude pour un aillé de mon jardin, crayon de couleur sur papier kraft, 15 x 21 cm.

* Aillé: Aïl à l’état jeune à utiliser pour parfumer toutes sortes de plats.

ExpOs temporaire: 50 globes futiles pour le prix d’un blog utile.

Cela fait dix ans et un mois
que La Crâneuse
cherche à exposer sérieusement
ce qui n’est pas sérieux.
Autant être utile à être futile
ou futile à être utile.

IMG_4103ExpOs temporaire n°50: Quarante neuf achetées, la cinquantième offerte.

(Cliquez sur les images pour les voir plus grandes)

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ExpoS temporaire n°1: Quand il me tombe un œil.
ExpOS temporaire n•2: Poupée Os doux et son papier d’aluminium à pointes contre les rayonnements comiques.
ExpOS temporaire n•3: Les vraies fausses clés du moulin à os et du moulin à vain. À moins que ce ne soit la clé Duchamp.
ExpOS temporaire n•4: Les boules de mimosa séchées à l’air de Paris. On dirait le Sud ou pas.
ExpOS temporaire No5: La Belle Évaporée.
ExpOS temporaire n•6: Un pirate qui se prend pour Gertrude ou Gertrude qui se prend pour un pirate ? Tout ce que je sais, c’est qu’ils n’ont toujours pas trouvé la clé.
ExpOS temporaire n•7: Le sommet du goûter lors duquel on escalade la montagne dans sa tête en faisant du gras pour l’hiver tout en se disant que ça fait un bon pot pour la peinture .
ExpOS temporaire n•8: La sculpture que j’ai volée ; je ne vous dirai pas à qui, je ne vous dirai pas où, je ne vous dirai pas quand.
ExpOS temporaire n•9: Le petit ticket des longs trajets qui paraissent si courts et des courts circuits qui durent.
ExpOS temporaire n•10: LeS trois GertrudeS en conserve.
ExpOS temporaire n•11: Le dé de Mélanie la couturière. Mélanie l’a transmis à Jeanne qui l’a transmis à Madeleine qui l’a transmis à Juliette.
ExpOS temporaire n•12: Le souvenir des mers du Sud, so far away…
ExpOS temporaire n•13: Le chiffon affreux, sale et puant qui crie Peinture chaque fois qu’il me voit.
ExpOS temporaire n•14: La photo du beau mec. Je ne dirai rien même sous la torture.
ExpOS temporaire n•15: Ceci n’est pas un mètre étalon.
ExpOs temporaire n•16: Le cadeau sincère cent pour cent art plastic qui brille comme de petites étoiles dans les yeux des enfants.
ExpOS temporaire n•17: Souvenir des îles, et non du Paradis
ExpOS temporaire n•18, spéciale artiste invité. Aujourd’hui Stephane Fenaillon: Le Chien Boulon ou le Chef-d’œuvre de l’Art canin boulonesque.
ExpOS temporaire n°19: Les lunettes de star ou comment contempler Gertrude avec un ver fumé pour enfumer son monde.
ExpOS temporaire n•20: Les sucres rient dans la Gertruderie.
ExpOS temporaire n•21: L’Air de Paris car de temps en temps il faut bien respirer avec un air inspiré.
ExpOS temporaire n•22: Après l’Air, la laine.
ExpOS temporaire n•23: Après la laine en-dessous, le brouillard.
ExpOS temporaire n•24, spéciale artiste invité. Aujourd’hui Basile Paclas: Un des nombreux carnets de ma modeste contribution sans faux pas à son fabuleux Club du Faut pas.
ExpOS temporaire n•25: Le taille-crayon Centre Pompidou gagné lors d’une tombola au bal des pompiers il y a 25 ans. Ça m’amuse de tailler ma mine au musée .
ExpOS temporaire n•26: Ma seule sculpture revendiquée. Taillée dans un fond de pot de peinture desséchée, elle représente la mythique « tête de Judith  » celle qui précède la tête en Os. Elle fut réalisée à l’époque pour faire un clin d’œil espiègle au sculpteur Peter Briggs qui était mon professeur aux beaux-arts.
ExpOS temporaire n•27, spéciale artiste invité.
Aujourd’hui Eckate Lefil: Les plumes de corps beau ou le plumage qui se rapporte au magnifique ramage d’une magicienne drapée d’obscurité.
ExpOS temporaire n•28: Roulez jeunesse !
ExpOS temporaire n•29: Le premier cadeau qu’il m’a fait.
ExpOS temporaire n•30: Une vraie expo à la noix.
ExpOS temporaire n•31: Ma petite collection de fleurs
ExpOS temporaire n•32: La coiffe du Fol Gertrubu.
ExpOS temporaire n•33: Dites 33.
ExpOS temporaire n•34: Le tricot 3/4 ou le Facebookparlequellepullarrive au trois-quarts fait.
ExpOS temporaire n•35: Les démêlés de l’emmêlement, ou les désordres ordonnés, ou la désorganisation organisée, ou le bordel bien-pensant , ou la débrouille de l’embrouille, ou …
ExpOS temporaire n• 36: Le ver sous verre, ou Le casse-os sous globe, ou Le bris sous cloche .
ExpOS temporaire n• 37: Jouer à pigeon qui s’en dédit ou cochon vole.
ExpOS temporaire n• 38: Quand les huiles sont sous globe, la peinture devient cloche.
ExpOS temporaire n•39: Quand Gertrude fait tapisserie. Mais quels sont ses motifs ?
ExpOS temporaire n• 40: Peau de balle ou Gertrude en bandoulière.
ExpOS temporaire n• 41: Surface de travail à géométrie variable ou l’atelier mis en boule.
ExpOS temporaire n• 42: Plus je les regarde, plus elles pourrissent ; plus elles pourrissent, plus je les regarde.
ExpOS temporaire n•43: Plus pourries qu’hier, moins pourries que demain.
ExpOS temporaire n•44: Les boules conventionnelles.
ExpOS temporaire n•45: Illumination circonstanciée.
ExpOS temporaire n•46: Ras le bolduc.
ExpOS temporaire n•47: La Tombe Os Là!
ExpOS temporaire n•48: FB sans partage.
ExpOS temporaire n•49: Les marrons du Feu où le péché mignon qui dessert mon corps beau.
ExpOs temporaire n°50: Quarante neuf achetées, la cinquantième offerte.

Le costume de Vain.

L’était arrive et l’amer monte .

Il est temps, chair Gertrude, d’enfiler ton costume de Vain.

JC, juin 2017, Le Costume de vain, acrylique sur papier, photo numérique, dimensions variables.

Cela fait exactement neuf ans et six mois que Gertrude vous fait croire à son incarnation et que personne n’est dupe.

La Crâneuse, elle, aime jouer avec des silhouettes en papier, ça lui rappelle son enfance.

La série des Embrouilles, première version.

Ou l’impossible exercice de superposition des traits.

Cela fait neuf ans et deux mois que Juliette et Gertrude s’embrouillent tout en mesurant l’écart de leurs profils.

Peuvent-elles pour autant en démêler les contours sans perdre la face ?

Série des Embrouilles, première version, crayon au graphite ou décalquage au stencil sur pages de carnet, 21 cm x 29,7 cm.

(Cliquez sur les images pour les voir plus grandes)

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Fumée sans Feue

 

Cela fait sept ans et huit mois

que la Crâneuse fume de l’os

pour produire de la cendre

 

La tabatière

 

La tabatière

 

 

Avant de fermer la porte définitivement sur les lieux où avait vécu ma tante Madeleine et qui dans quelques jours seraient vidés par des mains indifférentes, je ramassai à la hâte tous les napperons. Ils ponctuaient çà et là tables et guéridons, témoins de la patience de la brodeuse crocheteuse, indispensables à ce cocon feutré. Au dernier moment je pris la petite tabatière en bois, celle que j’avais toujours vue dans la salle à manger de mes grands-parents.

 

 Juliette Charpentier, Le Cahier de Jeanne, 2015 (extrait)

 

Gertrude Noire ouvre son livre de compte

en se demandant si Rose est encore Rose

 

 

Le Cahier de Jeanne

 

Cela fait maintenant sept ans et sept mois

que la Crâneuse

écrit çà et là

en cet espace

Mais il arrive qu’au fil de son écriture

elle délaisse l’Os séant

pour remonter aux sources

 

Le cahier de Jeanne

 

Le cahier de Jeanne

 

Tant de pages laissées vierges à jamais, qui m’incitent à écrire à mon tour. Malgré le désir que m’inspire ce cahier ce n’est pas sur ce support que je tracerai mes lignes. L’utiliser serait commettre un sacrilège, car il ne m’appartient pas, il est la transmission de mémoire telle que ma grand-mère l’a voulu. Mais j’écrirai et je n’aurai d’autres choix que d’écrire par fragments épars comme le fit ma grand-mère paternelle Jeanne.

 

Je commence à écrire le 19 juin, jour de l’anniversaire de mon père disparu en mars 99 mais je crois que j’ai pris cette décision au alentours du 13 mai date anniversaire de la naissance de ma grand-mère Jeanne, sa mère. Cette date, je l’ai trouvée sur le faire part de son décès paru à l’époque dans le quotidien local, petit carré de papier encadré de noir soigneusement découpé et collé par ma tante Madeleine à la suite du texte écrit par Jeanne. Ce texte n’est pas un journal, un journal, elle en tenait un et j’en parlerai plus loin, plutôt des bribes de souvenirs venus comme viennent les souvenirs et posés là sur le papier à la fin de sa vie probablement dans une volonté de transmettre.

 

Le cahier n’a rien de remarquable, les pages sont lignées, l’écriture est régulière, appliquée ; cette  dernière s’interrompt à la mort de ma grand-mère laissant 224 pages vides. Juste en dessous des derniers mots de Jeanne quelques lignes tremblées tracées par mon grand-père Baptiste, il devait mourir six mois après. Et puis, comme deux stèles dressées faisant barrière à toute suite, ces deux faire-part découpés et collés côte à côte : deux dates de naissance, deux dates de mort, même épitaphe.

 

 Juliette Charpentier, Le Cahier de Jeanne, 2015 (extrait)

 

Pendant que la Crâneuse écrit

La Rose est à l’ouvrage

et la Noire toute à la contemplation