Os brouillé.

 

« Approchez-vous, tout se brouille, s’aplatit et disparaît ; éloignez-vous, tout se recrée et se reproduit. » écrivait Denis Diderot à propos des natures mortes, particulièrement de La Raie dépouillée, du grand Jean Siméon Chardin lors du Salon de 1763.

La Crâneuse
elle
loin d’être Siméon
a beau s’éloigner de Gertrude
constate que l’os reste brouillé
et dans son aveuglement
ne peut qu’objectiver subjectivement
un crâne qui ne sera toujours
qu’une nature morte
aux lignes mouvantes
mais non vivantes

JC, avril 2015, Réalité augmentée de Gertrude,
vidéo d’animation à partir de lignes tracées à l’aide d’un stylo 3D initialement publiée dans ce blog le 3 mai 2015.


JC, octobre 2021, petites natures mortes d’atelier, peinture à l’huile sur papier de récupération, chaque élément environ 16 x 21 cm.

Mais il semblerait
que malgré sa nature bien morte
Gertrude cherche ses limites
depuis maintenant treize ans et dix mois
c’est dans l’os des choses


Devoirs de vacuité.

 

Ce trois septembre
la Crâneuse en grande vacance
se vide la tête
en remplissant des crânes.

Le problème du jour: 
Les bateaux ont-ils des pieds ?

JC, aout 2021,
Devoirs de vacuité,
crayons graphites sur papier, chaque élément 15 x 21 cm.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cela fait exactement treize ans et huit mois que Gertrude se fait un devoir d’être en état de vacuité sur les rives du Web.

Les contre-vanités de Gertrude.

Gertrude serait-elle une contre-vanité ?
Avec sa tête en os et ses faux airs de tête de mort, est-elle la mieux placée pour nous alerter sur les futilités de ce bas-monde face au néant ?
Ce reste humain, initialement destiné à la Science, instrumentalisé dans une démarche pseudo artistique, ne serait-il pas un simulacre de « memento mori » un « souviens-toi » de « ça été » plutôt que de « ce qui sera », une esquisse grossière de figuration de la mort dans le refus obstiné de correspondre au stéréotype du crâne?
L’os, quel qu’il soit, est un constat figé, un arrêt sur image dans le processus de décomposition du corps, une étape après la chair, après la peau, après tout ce qui donne physionomie, après tout ce qui dégouline. Contempler son immobilité, sa minéralité, sa face aveugle et sans histoire, revient à se dispenser de toute digression sur le véritable travail de la mort, à s’aveugler sur la défaite en marche de l’être.

La vanité est ailleurs :
Elle est peut-être dans l’acte de peindre…
Elle est peut-être dans ce texte…
Elle est peut-être dans cette photographie…

Photographie numérique montrant l’atelier de JC.

Cela fait exactement douze ans et onze mois que Gertrude se la joue mortelle sur Internet.

Les intérieurs de Gertrude

Confinée
Cas contact
Contactée
Sans contact
La Crâneuse
Se vide la tête
En un seul souffle
Et fantasme
À distance
De l’extérieur
Les intérieurs de l’Os
Par quelques procédés plastiques
Modestes
Au creux
Du papier chiffon
D’une Gertrude en forme

Cela fait exactement douze ans et dix mois que Gertrude se plaint du vide en vidant son plein sur la Toile.

JC, novembre 2020, Les intérieurs de Gertrude, diverses techniques et matériaux sur papier Arche pressé en creux selon la forme
du profil du crâne de Gertrude. Neuf éléments de 9 x 13 cm.

 

Gertrude pique assiette* (ou Gertrude pharmacie*).

Cela fait douze ans et six mois
que Gertrude s’invite gratis
sur le Web
pour tenter en vain
de recoller les morceaux
de son passé disparu
avec les moyens du bord
et quelque louche pharmacie*
porcelainière

Elle reste définitivement
CRÂNE
et
BRUT*
de décoffrage

JC, juillet 2020, Gertrude pique assiette* (ou Gertrude pharmacie*), installation éphémère sur une surface de béton brut de tessons en porcelaine, faïence et céramique trouvés sur le terrain du Moulin Deschamps.

*Encore quelques références ready-made.

L’os qui roule.

JC, octobre 2017, L’Os qui roule, 9 feuilles de papier format A4 imprimées, découpées et collées sur papier,  0,5 x 19 x 28 cm.

Pourquoi ce texte ? Il me plait de prétendre que je l’ai choisi par hasard.

Et pourtant n’est-il pas le texte même des enroulements compulsifs : histoire de cordons, d’étouffement, d’entrailles et de nombril, de regard tourné vers soi-même ; ou encore de quelque grouillement intérieur en boucle.

Le texte s’intitule « Naitre » (cliquez ici) ; je l’ai écrit en 2011   pour je ne sais quelle obscure raison. Comme tous les textes que j’écris, peu l’ont lu ou le liront malgré sa mise en ligne et sa publication, potentiellement au vu et au su de tous, et dont je ne développerai pas ici le paradoxe.

Je choisis (ou pas) ce texte « Naitre » et, cette fois-ci, je décide de l’imprimer recto-verso avec la police la plus proche du manuscrit, avec les marges les plus étroites afin que le maximum de la feuille soit rempli. Et comme la dernière fois je découpe le texte ligne par ligne, le réduisant ainsi à une série de bandelettes de papier imprimé et ôtant au récit sa cohérence. Chaque bande de papier mesure 21 cm, la largeur d’une feuille A4 sur à peu près ½ cm ; cet « à peu près » se révèle vite intéressant car les spirales que je vais former vont être de hauteurs légèrement différentes et ces petites variations vont animer la surface de ma réalisation.

Mais revenons à mes bandes de papier : cette fois-ci je ne les colle plus bout-à-bout et décide de les utiliser brutes à longueur égale pour avoir des modules équivalents ; les seules variations se faisant sur les hauteurs des spirales et sur leurs capacités de « déroulement ».

Car j’enroule chaque bande de papier autour d’une baguette de bois dans laquelle j’ai pratiqué une petite fente. J’y engage l’extrémité de chacune et je tourne la baguette jusqu’à obtenir une spirale de papier très serrée ; saisissant fermement cette dernière entre le pouce et l’index, je la dégage pour ensuite relâcher légèrement la pression de mes doigts et libérer le petit ressort de papier qui se détend , se déroule jusqu’à ce que je décide de sa taille. Pour la fixer, je colle l’extrémité de la bandelette sur elle-même. La spirale peut ensuite être « modelée » à la forme voulue, ou aplatie ou pincée en pointe afin de mieux s’insérer dans un espace vacant : Chacune va trouver sa place dans l’enceinte du dessin régulateur de la face de Gertrude. Les contours en sont matérialisés au préalable avec d’autres bandes de papier formant barrière à la prolifération des spirales. Le tout est comme une matrice contenant les enroulements du texte. Ce dessin de Gertrude n’est autre que la énième version d’une représentation directement décalquée d’une seule et même photographie du crâne vue de face. Les spirales de papier sont placées une à une, s’adaptant les unes aux autres, prenant à chaque fois la forme adéquate pour s’insérer dans les interstices en attente. Le remplissage suit le schéma de l’os laissant en réserve les orifices et le vide du support. L’ensemble a priori constitué de la matière fragile du papier est d’une solidité et d’une résistance étonnante sous ma main. Le toucher en expérimente une épaisseur d’autant plus tangible qu’elle enferme le texte dans ses plis et rejoue les alvéoles de l’os.

Un os toujours en devenir de ses déroulements.

Cela fait neuf ans et dix mois que Gertrude roule, s’enroule, déroule mais n’amasse pas d’os.

 

Le Bas de l’Aine.

 

Gertrude Rose a toujours rêvé avoir un bas de l’aine pour conserver ses économies de moyens.

D’où l’intérêt de fricoter à l’aiguille une spirale de laine à deux sous autour de l’os.

Sans commune mesure avec la Pénélope que l’Os disait, Gertrude, elle, est définitivement détachée de tout parlement terrestre, son emploi étant déclaré douteux et sans aucune utilité publique.

 

JC, Le Bas de l’Aine (work in progress), laine, aiguilles sans tête, crayon sur papier calque, dimensions variables, actuellement environ 20 x 20 x 4 cm.

Cela fait exactement neuf ans et un mois que Gertrude vous parle de ses dessous sans toucher un seul sou.

 

Le corps raccord de Gertrude.

On a beau vouloir prendre corps*,

découper les Je veux en quatre est facile

mais faire des parties un Tout

est une autre histoire.

Histoire partielle ou fragmentaire?

 

La Crâneuse tente de recoller les morceaux

depuis huit ans et huit mois.

* Toujours en pleine rodinade

JC, juillet 2016, Le corps des corps, vidéo d’animation à partir de petits modelages en plastiline.