Vain en vingt impressions

 

Gertrude vous livre ses impressions

sur des évènements

qui dépassent les limites de son os

mais qui resteront gravés

à jamais

sur les lambeaux fragiles de sa mémoire

 

Vain en vingt impressionsJC, janvier 2015, Vain impressions, impressions de linogravures encre rouge et encre blanche sur papiers de soie assemblés, 125 x 107 cm

Vingt est un chiffre

qu’il est vain de compter

mais qu’il faut déplorer

en saignant dix-sept fois

 

 

Vain en vingt impressions

 

Gertrude est morte dans tous les sens sans saigner et vous le savez depuis sept ans et un mois

 

 

Gertrude Rose vire au rouge

et Gertrude Noire creuse le sens

 

Gertrude Kraanex

 

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  Dans cette mise en scène:
Objet offert par un interlocuteur,
boite de mouchoirs jetables détournée,
jus de bitume sur mouchoirs en papier.

 

 

Je pleure.

 

Je pleure sur l’enfermé, l’embrigadé, l’aliéné.

Je pleure sur celui qui ne s’appartient plus, celui qui a verrouillé ses oreilles et laissé fuir son esprit, celui qui se croit maître et qui n’est que suiveur.

 

Je pleure.

 

Je pleure sur celui qui construit sa prison avec ses crocs pour libérer les autres du mal, celui qui se pense intègre en étant intégriste.

 

Je pleure.

 

Je pleure sur le redresseur de tort, le détenteur de vérité.

Je pleure sur celui dont le droit chemin rime avec tordu, celui qui construit des certitudes sur des thèses vacillantes.

 

Je pleure.

 

Je pleure sur le cadenassé, le frustré, l’impuissant.

Je pleure sur celui qui a jeté la clé de ses irrésolutions, celui qui cache son désespoir sous le militantisme, celui qui fustige son plaisir dans des ascèses intenables, celui qui veut tout contrôler mais qui est prêt à tout lâcher.

 

Je pleure.

 

Je pleure sur le bien pensant, le puritain, le vigilant des bonnes mœurs.

Je pleure sur celui dont les bonnes intentions sont des peaux de bananes, celui qui surveille son prochain, celui qui se berce d’idéalisme en exerçant la dictature.

 

Je pleure.

 

Je pleure sur l’aveuglé, le sourd, le faible.

Je pleure sur celui qui se croit lucide et qui a le fond de l’œil illuminé, celui qui n’entend plus le chant de l’amitié, celui qui est trop lâche pour affronter les contradictions.

 

Je pleure.

 

 

Je pleure sur toi.

 

Toi dont l’œil clair était empli de passion et de promesses, toi le revenant qui dévorait l’existence, toi qui chantait l’humanité de ta voix d’or, toi si fort et si fragile à qui rien ni personne ne pouvait résister.

 

Toi qui a immolé ton intelligence au pied des convictions qui séparent, toi qui a mis ta plume vibrante et acérée au service de polémiques radicales.

 

Toi dont la bonne foi a livré le sens critique en pâture aux idéologies sectaires, dont la naïveté a entraîné la raison dans une course effrénée, pourfendant l’imperfection humaine sous prétexte d’humanisme.

 

Toi qui a choisi d’écarter de ton chemin ceux que tu ne pouvais entraîner, ceux dont, tôt ou tard, il t’aurait fallu affronter les contradictions, les faiblesses, les imperfections, ceux dont la liberté, l’irréductible inconnaissable risquait de t’échapper, de te glisser entre les doigts, ceux qui avaient le pouvoir de te faire douter, ceux dont l’opposition inévitable tendait à toucher quelques points douloureux.

 

Je te pleure.

 

 

Et je pleure de joie d’avoir été ainsi jetée, balancée, larguée, lâchée, de rouler ma bosse et mon crâne vide dans le caniveau de mes imperfections, de poursuivre les dérives de mon incertitude, de clamer mon inutilité morveuse.

 

Je suis libre et ne marcherai jamais à tes côtés.

Je continuerai mon chemin à la rencontre de la nature improbable de l’Autre.

 

Gertrude


 

Je dédie cet article à mon amie Hécate, si libre, si rebelle,

qui saura apprécier chaque mot de cette complainte. 

 

On ne fait pas d’Amer sans casser des Os

 

  Tant va le cochon à l’Os

qu’à la fin, il se casse

 

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        Je dédie cet article à ceux qui rampent silencieusement et quotidiennement dans ma Toile à la recherche des misérables lambeaux de leurs vies défaites.

 

       Ceux-là surveillent Gertrude comme la coupable idéale de leurs impuissances pathétiques ; ils guettent  le moindre commentaire susceptible de nourrir la faim insatiable de leurs paranoïas.

 

Ils impliquent mon crâne, et le rien qu’ils savent de ma personne, dans une violence qu’ils n’infligent qu’à eux-mêmes, tout en caressant le doux pelage de leurs grandes douleurs sacrées. Ils brandissent la morale comme un étendard pour mieux masquer leurs malhonnêtetés ordinaires; trouvant, dans mes jeux, prétextes à leurs perversités, ils lâchent discrètement, çà et là, quelques perfidies enrobées de flatteries; ils croient ainsi combler le vide malodorant de leur désespoir qu’ils tapissent consciencieusement  de rancœurs et de jalousie.

 

Est-il bien nécessaire de leur expliquer en quoi mon entreprise est bien loin des vicissitudes de leur réalité ?

 

Car ceux-là sont aveugles et sourds à force de reluquer le monde par le trou béant de leurs petits nombrils, et leur ignorance à mon égard n’a d’égal que la pitié que j’éprouve à leur sujet.

 

 

       Et c’est bien habitée par ce pénible sentiment, que je leur ferai grâce de ne point les nommer.

Ils se reconnaîtront. 

 

Qu’ils se cassent... 

 

Cela fait exactement trois ans et un mois

que Gertrude est en ligne.

Pour l’occasion,

Gertrude Rose montre sa tête de cochon

et  Gertrude Noire vous offre un verre.

 

Neuf de Mars: Hurler!

Un calme monumental recouvre tout, engloutit tout. Une trace subsiste, une. Seule, ineffaçable, on ne sait pas où d’abord. Mais quoi? ne le sait-on pas? Aucune trace, aucune, tout a été enseveli, Lol avec le tout.

 

Marguerite Duras,

Le ravissement de Lol V. Stein

 

HURLER

 

POUR RESTER

 

 

VIVANTE

 

HURLER
 

POUR MOURIR LIBRE

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Nous sommes le Neuf de Mars

et Gertrude est en Colère !

 

UNE COLÈRE NOIRE

UNE COLÈRE DÉCHIRANTE

UNE COLÈRE DE CHAIR

 

Mais elle se retient…

Oui, elle se retient..

Et son Hurlement

N’en sera que plus fort

N’en sera que plus terrible

Et de

Sa Liberté proclamée

Le seul miroir dans lequel elle

se regarde chaque matin

La seule eau dont elle se

désaltère

Le seul océan dans lequel elle

veut bien se noyer

 

Ne vous attendez pas

à ce qu’elle soit polie, policée,

docile, consensuelle, agréable,

sociable…

 

Non, Gertrude est Misanthrope

Gertrude est insolente

Gertrude se moque de tout

et

Elle se moquera jusqu’au bout…

 

 

Car…

Prochainement :

 

HOMMAGE À LUCIAN FREUD

 

 

En attendant vous pouvez toujours lire

La chair de Gertrude

 

Colère!


Jusqu’où ira Gertrude sur le chemin de la Colère ?
Parviendra-t-elle encore à puiser au fond de la Déception
les forces de la Dérision ?
Aura-t-elle l’élégance de rire dans son Désespoir ?
Trouvera-t-elle l’énergie de Continuer ?

Vous qui échangez des banalités à la scène comme à la ville,
Vous qui congratulez ceux qui vous ressemblent,
Vous qui flattez votre bonne conscience en hurlant avec la meute,
Vous dont l’idéalisme béat se cultive dans un fauteuil,
Surtout ne prenez aucun risque.


La Liberté
vous fait peur ?
Gardez-vous en bien, laissez-la aux fous.

La Mort
vous paraît obscène ?
Gardez les yeux fermés, suivez le troupeau bêlant…
Tout droit devant vous : l’abattoir.

Mais, de grâce, passez votre chemin !