Os en réseau.

 

JC, mai 2017, Série des Embrouilles, troisième version ou Le RésOs, filaments de stylo 3D, 6 x 17 x 32 cm

Voici neuf ans et cinq mois, je créai un blog, autrement dit une sorte de journal intime absurde en ligne sur internet, potentiellement au vu et au su de tous. Ce blog concernait ma pratique plastique autour d’un crâne familièrement, facétieusement, affectueusement prénommé Gertrude. Mais bien plus que de faire part de ma pratique plastique il s’agissait d’intégrer cette mise en ligne à ma démarche. Et même d’en faire un des piliers majeurs. Cela en devint très vite le moteur et la raison d’être. Rythmes et rites s’instaurèrent dans l’exposition virtuelle de Gertrude, me contraignant à toujours pousser plus loin cette aventure et ne jamais déroger aux obligations que je m’étais données.

Dès les débuts de cette expérience, je m’interrogeai sur les rapports complexes qu’entretenaient réel et virtuel : entre la réalité du crâne et les images dématérialisées de Gertrude, les filtres et les mises en scène à travers lesquels je la donnais à voir en cet espace. Également sur le regard supposé voire fantasmé de l’autre invisible et potentiellement infini, des interactions souvent fulgurantes avec des interlocuteurs inconnus, parfois fugaces, parfois durables. Certaines débouchant même sur des rencontres dans le monde réel.

Très vite je jouai des potentialités de cette mise en ligne, des échanges qu’elle suscitait.

J’en nourris ma pratique : plutôt que de raconter une histoire autour de Gertrude, je laissai l’histoire se dérouler au gré des rencontres. Ces dernières alimentaient l’entreprise, dans une fausse idée de remplissage d’un creux de plus en plus vide. Le blog connut des périodes fastes et tumultueuses comme des temps calmes, voire des traversées du désert.

Internet est un océan. On peut y naviguer des mois entier sans rencontrer quiconque, puis brusquement débarquer sur une terre peuplée d’inconnus. La quête en devient infinie mais surtout insatiable.

Le concept du blog, n’échappant pas à l’obsolescence des objets virtuels, amène rapidement à la recherche d’autres voies d’information encore plus efficaces, mais encore plus véloces, encore plus éphémères.

C’est ainsi qu’en 2013, je passai aux réseaux sociaux pour y faire rouler mon crâne encore plus vite. D’abord Twitter que j’abandonnai rapidement puis enfin Facebook.

Pour la rapidité, la diffusion et la circulation des informations, la facilité d’établir des contacts, passer d’un blog à Facebook était comme passer de la conduite d’une 2CV à celle d’une Ferrari.

Ainsi Gertrude, du petit bonhomme de chemin s’est brusquement retrouvée sur un circuit supersonique.

Enfin, en théorie…

Facebook est un fleuve qui coule en continu à une vitesse vertigineuse, charriant toutes sortes d’objets hétéroclites ; les contacts se font avec une grande facilité et se défont tout aussi rapidement ; se mêlent vrais et faux amis, nouvelles et anciennes connaissances, vieilles réminiscences, rancœurs rances d’une autre époque et toutes sortes de malentendus.

Tout cela défile sous notre regard en même temps fasciné et indifférent.

Et surtout addicte.

Car recharger la page est un acte compulsif à la hauteur du sentiment de non-maitrise que nous ressentons face à ce flux. Le besoin d’y participer nous tenaille et il devient vite impérieux de partager aussi des « informations », d’alimenter cette chose insatiable quotidiennement, voire plusieurs fois par jour, de récolter à son tour un maximum de petits signes de reconnaissance ou de commentaires élogieux. Car aimer, « liker » est le maitre mot sur Facebook, aimer jusqu’à la perte de sens ; c’est juste au nombre d’émoticônes que la satisfaction se mesure, mais également la frustration. L’effet en est fugace, et s’évapore comme le souvenir de toute publication.

Rapidement le rythme gertrudien, le concept même de sa mise en ligne ne suffirent ni ne correspondirent plus à cette urgence ; force fut de constater ma tentation de publier, comme beaucoup, tout et n’importe quoi pour nourrir le monstre affamé et amnésique, et de déroger à mes premières résolutions, celle de montrer en ces lieux uniquement ma pratique plasticienne.

Gertrude, elle, est conçue pour fonctionner sur une rythme particulier ; celui d’une immobilité qui avance ; ou l’illusion d’une avancée. Depuis sa mise en ligne en 2008, l’expérience se construit comme une sculpture, selon la logique d’un « Merzbau » ou d’un « Palais idéal », pierre par pierre, poussant les murs mais assise sur une base unique et inébranlable, essentielle à sa compréhension.

D’où ce blog , ses espaces et ses lois si définis, son rythme immuable et la taxinomie incontournable à sa structuration.

 

Autant un blog est une construction relativement pérenne que l’on peut parcourir de la cave au grenier, autant Facebook est l’instantanée d’un temps dont il est impossible de remonter le fil.

Le crâne Gertrude y a plongé tant bien que mal, émergeant çà et là , dans une cacophonie de plus en plus assourdissante, dans une perte de sens encore plus folle.

Elle est vidée et vide. Elle flotte parmi les bribes de ce que je laisse paraître de moi et d’elle sans aucune ambition de revenir ni d’aller si ce n’est pousser toujours plus loin la vanité d’y être.

Rien n’était prévu, mais rien ne sera laissé au hasard…. Plus que jamais.

Juliette Charpentier, mai 2017

Fusion ou trois Os dans le même bateau

Après bientôt huit ans et demi de locations bon marché chez des logeurs improbables votre Crâneuse Juliette Charpentier s’offre un Domaine et met ses trois Os dans le même bateau

JC, Fusion, vidéo réalisée le 29 avril 2016.

En effet les petits lutins Ver(t)s*de la planète Geek ont réussi l’exploit de réunir et d’embarquer les quelques 918 articles et 19426 commentaires que comptait l’entreprise tricéphale de Gertrude sur un seul rafiot :

Le blog de GertudeS

Malgré son caractère unique le nouveau navire reste pluriel et se lance à l’os chargée d’une cargaison de trois personnalités crâniques bien distinctes qui s’exprimeront non plus simultanément mais à tour de rôle.

La Crâneuse espère que la cacOsphonie n’en sera que meilleure.

Par exemple aujourd’hui c’est Gertrude        (la Seule, l’Unique, la Vraie) qui a le privilège de vous parler pour la première fois dans ce nouvel espace et de vous signaler que cela fait exactement huit ans et quatre mois qu’elle s’exprime sur Internet.

Juliette Charpentier, quant à elle, reçoit à toute heure dans son vestibule pour toujours donner à ses interlocuteurs le choix de perdre la tête dans les méandres de ses activités multiples:

juliettecharpentier.fr

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* Je remercie tout particulièrement et chaleureusement le Maitre Geek Vincent V. pour le travail considérable et admirable d’architecture navale qu’il a effectué dans la construction du rafiot flambant neuf de la Crâneuse, ainsi que Judith V. pour sa patience sans faille.

 

 

Os-Shore: L’exception au Capitaine n°9

 

Os-Shore: L'exception au Capitaine n°9

 

D’habitude les Noeufs du mois d’Avril, la Crâneuse, pour marquer son changement d’âge, écrit un petit texte texceptionnel.

Ainsi elle aurait pu vous parler de sa passion pour la photographie ou de ses difficultés avec le concept d’exposition.

Ou encore aurait-elle pu évoquer encore une fois la volatilité de cet espace virtuel et immatériel d’internet, de ces paroles dites et aussitôt envolées, de l’amitié illusoire, consommable et jetable.

Mais aujourd’hui la Crâneuse, fière Capitaine du Triblog Gertrude n’en fera rien : elle n’a plus la foi de hisser Os en ces lieux car son chair Os séant s’est transformé en marécage à publicités douteuses*.

Voici pourquoi le navire à trois mats va faire route vers une autre île et entreposer son crâne ailleurs, chez un autre hébergeur, quitte à payer un petit impôt afin d’être maitre de son domaine.

Mais la Crâneuse réussira-t-elle pour autant à garder la mémoire de ces huit années et trois mois passées en votre compagnie?

 

*L’hébergeur Eklablog vient de changer ses modalités et impose désormais à ses blogueurs des publicités surgissantes et autres dans leurs espaces.

 

Le lointain Os séant

 

Gertrude cherche ses origines

dans les os les plus lointaines

mais n’a que les moyens du bord

pour prouver son OSthenticité

 

 

P7230001.JPG

Juillet 2014, Le Tapa de Gertrude,
technique mixte, toile de jute, 110 x 130 cm,
chaque détail : 34 X 25 cm,
réalisation en voyage pour la Polynésie Française.

 

P7230028.JPG

 

 

P7230022

  JC, Le Tapa de Gertrude, détail Gertrude à la noix
brou de noix sur papier de soie,
34 X 25 cm

 

Six ans et sept mois,

toujours plus loin, toujours plus fort

 

 

La Rose et la Noire font dans le détail

 

 

L’esprit tort tue de Gertrude

 

 

Gertrude est tort tueuse

L’Os serait-il tortue ?

 

 

 

P7230029.JPG

 JC, Juillet 2014, Le Tapa de Gertrude, détail Gertrude tort tue,
Pigments sur « non-tissé »,
34 X 25 cm,
réalisation en voyage pour la Polynésie Française.
Pour voir la totalité cliquez sur Gertrude

 

 

 

Cela fait six ans et sept mois

que Gertrude avance doucement

mais pas tout droit

 

 

 

 

 

Émergences

Cela fait un moment

que Le Capitaine accumule

le charbon dans la cale

sans se fixer de véritables objectifs

de navigation.

 

Que va-t-il encore émerger

des marées noires de l’Os séant?

 

Pour avoir des réponses

qui ne vous seront pas données,

cliquez

ICI*

  *Parce que Gertrude,

bien que coupée en trois

pour des raisons obscures,

est unique.

 

 

img_7173.jpg

JC, février 2014,

Émergences,

craie non fixée sur carnet papier vergé.

Carnet ouvert: 20 x 33 cm.